Dormir davantage, mais ne plus avoir envie de retrouver ses amis : tout ne se joue pas dans le nombre d’heures passées au lit. Le 9 octobre 2026, sur RTL info, le somnologue Albert Lachman a insisté sur une différence entre la petite baisse d’énergie de saison et les symptômes qui dérangent réellement la vie quotidienne. Quand la concentration, le travail et les relations en pâtissent, le mot « fatigue » peut ne raconter qu’une partie du problème. [1]
La perte de plaisir apporte une information que la fatigue ne donne pas
Manquer d’énergie, c’est trouver une activité plus coûteuse en effort. Perdre l’intérêt ou le plaisir, c’est ne plus retrouver l’envie ou la satisfaction qu’elle apportait. Cette seconde expérience porte un nom : l’anhédonie. Elle peut concerner les loisirs, les échanges avec les proches ou d’autres moments habituellement appréciés. Elle figure parmi les symptômes de la dépression décrits par le National Institute of Mental Health américain, le NIMH. [2]
Les deux peuvent se mêler. On peut aussi avoir besoin d’un soir tranquille sans perdre le plaisir des rencontres. Ce qui compte est le changement par rapport à son fonctionnement habituel : les sorties deviennent-elles seulement fatigantes, ou cessent-elles d’attirer ? Le retrait est-il choisi et reposant, ou accompagne-t-il une humeur triste, vide ou irritable qui s’installe ?
Dans sa fiche sur la dépression saisonnière, révisée en 2023, le NIMH décrit notamment, pour la forme hivernale, un sommeil plus long et un retrait social. Il ne s’agit pas de nouveaux résultats de recherche publiés cet automne, ni d’un portrait que toutes les personnes concernées devraient partager. Ces manifestations s’inscrivent dans un ensemble de symptômes dépressifs. [2]

Le repère n’est pas seulement la durée, mais ce qui devient difficile
« Quand on franchit la porte de mon cabinet, avec une plainte qui dérange vraiment le fonctionnement et la vie des gens, pour moi, ça c’est la limite. »
Albert Lachman, dans son entretien avec RTL info du 9 octobre 2026. [1]
Cette gêne peut être concrète : ne plus réussir à se concentrer sur une tâche habituelle, abandonner les échanges avec ses proches ou se sentir incapable d’accomplir son travail comme auparavant. Elle aide à décrire la souffrance sans exiger que la personne trouve elle-même son diagnostic. Dans un article de Hartford Hospital publié le 29 septembre, Rebecca Kaplan, professionnelle en pratique infirmière avancée, invite précisément à parler des changements persistants d’humeur, de motivation ou des activités appréciées lorsqu’ils accompagnent la fatigue. [3]
Le NIMH mentionne une humeur triste, anxieuse ou vide présente presque chaque jour pendant au moins deux semaines parmi les signes de dépression. Ce repère n’est ni un diagnostic à lui seul, ni une durée à attendre avant de demander de l’aide. Une difficulté déjà importante mérite d’être abordée, même si elle est récente. La consultation s’intéresse à l’ensemble des manifestations, à leur évolution et à leurs conséquences.
Parler du sommeil reste utile : dormir plus n’équivaut pas forcément à mieux récupérer, et des nuits interrompues peuvent ajouter leur propre fatigue. Les changements de sommeil, d’énergie et d’intérêt sont donc à raconter séparément, plutôt que de les faire entrer dans une seule explication.
Une mauvaise semaine d’octobre ne suffit pas à établir une dépression saisonnière
La dépression à récurrence saisonnière correspond à des épisodes dépressifs qui suivent un rythme saisonnier. La forme hivernale commence le plus souvent à la fin de l’automne ou au début de l’hiver et s’atténue au printemps et en été. Le diagnostic ne repose pas simplement sur le fait que les jours raccourcissent au moment où l’on va moins bien.
Le NIMH décrit trois éléments à réunir pour ce diagnostic : [2]
- Des symptômes de dépression, avec les manifestations propres à la forme hivernale ou estivale lorsqu’elles sont présentes.
- Des épisodes survenant dans une saison précise pendant au moins deux années consécutives.
- Des épisodes plus fréquents pendant cette saison qu’à d’autres moments de l’année.
Raconter les automnes et les printemps précédents apporte donc une information différente de la description de la semaine écoulée. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir deux années de recul pour être pris en charge pour une dépression : ce recul sert à caractériser sa récurrence saisonnière. Le NIMH distingue aussi ce trouble des difficultés liées à une rentrée chargée, à des fêtes ou à d’autres contraintes répétées du calendrier.
La prise en charge peut agir sur plusieurs aspects de la dépression
Lorsque le trouble est identifié, plusieurs options peuvent être proposées seules ou ensemble. Le NIMH cite notamment la psychothérapie, les antidépresseurs et, pour la forme hivernale, la luminothérapie. Le choix dépend de la situation, des bénéfices attendus et des risques de chaque option. [2]
La thérapie cognitivo-comportementale adaptée au trouble saisonnier travaille notamment sur les pensées négatives associées à la saison. Elle utilise aussi l’activation comportementale : repérer puis organiser des activités engageantes ou agréables pour travailler sur la perte d’intérêt. Ce n’est pas demander à la personne de « se motiver » davantage, mais construire ce travail dans un cadre thérapeutique.

La luminothérapie est, elle aussi, un traitement défini, pas simplement une lampe de bureau plus lumineuse. Le dispositif décrit par le NIMH filtre les ultraviolets. Certaines maladies oculaires et certains médicaments qui augmentent la sensibilité à la lumière demandent un encadrement médical ou une autre option. Les antidépresseurs, de leur côté, n’agissent pas immédiatement : le NIMH indique habituellement quatre à huit semaines pour leur effet. Leur début ou leur arrêt se discute avec le prescripteur. [2]
Une activité créative peut offrir un espace d’expression, mais elle n’a pas le même rôle qu’une psychothérapie destinée à traiter une dépression. Cette différence de cadre permet de garder une place aux activités appréciées sans leur confier, à elles seules, la réponse à une perte de plaisir persistante.
Pour une personne ayant déjà une dépression à récurrence saisonnière connue, la discussion porte aussi sur le moment de commencer le traitement, parfois avant la période habituelle des symptômes. Le NIMH souligne que peu d’études ont examiné la prévention : le calendrier se construit avec le professionnel à partir des épisodes antérieurs, et ne se déduit pas d’une date identique pour tout le monde. [2]
Sources et références
Sources
- RTL info — Entretien original avec Albert Lachman, 9 octobre 2026.
https://www.rtl.be/actu/belgique/societe/comment-le-manque-de-lumiere-impacte-notre-sommeil-ce-somnologue-livre-ses/2026-10-09/article/802783 - National Institute of Mental Health — Seasonal Affective Disorder, révision 2023.
https://www.nimh.nih.gov/health/publications/seasonal-affective-disorder - Hartford Hospital — Why Am I So Tired in the Fall? 6 Possible Reasons, 29 septembre 2026.
https://hartfordhospital.org/about-hh/news-center/news-detail?articleId=75536&publicid=461
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