Pesticides, pollution, hormones : les trois mots circulent ensemble dans le débat sur les cancers du sein pendant Octobre rose. Dans l’entretien publié le 14 octobre par Lyon Capitale, Béatrice Fervers évoque notamment les résultats du programme XENAIR sur plusieurs polluants de l’air. Pour comprendre ce que ces recherches apportent, il faut d’abord séparer des notions que l’actualité rapproche trop vite. [1]
Trois mots qui ne classent pas les substances de la même manière
Un pesticide est désigné par son usage, par exemple pour lutter contre un organisme indésirable. Un polluant atmosphérique est décrit ici par le milieu où l’on y est exposé : l’air. Un perturbateur endocrinien est caractérisé par une action susceptible de dérégler le système hormonal et de provoquer un effet nocif. L’ANSES souligne à la fois la diversité des sources d’exposition et la difficulté d’évaluer ces effets. [2]
Ces catégories peuvent se recouper, mais elles ne sont pas interchangeables. On ne peut donc pas conclure que tous les pesticides ont le même effet hormonal, ni que tous les polluants de l’air agissent par ce mécanisme. La substance précise, l’exposition et l’effet étudié changent le sens de l’affirmation.

Pourquoi les hormones sont une piste de recherche pour le sein
Les hormones sont des messagers chimiques : elles transmettent des signaux qui participent au fonctionnement du corps. Certaines substances extérieures peuvent interférer avec ce système. Cela peut passer par une modification de la production, du transport ou de l’action des hormones. Ce mécanisme général explique l’intérêt de la recherche, mais ne constitue pas à lui seul une preuve qu’un produit donné cause un cancer du sein. [2]
Dans XENAIR, les chercheurs ont notamment étudié des polluants possédant des propriétés dites xénoestrogènes, c’est-à-dire pouvant produire des effets de type œstrogénique. La présentation d’E3N cite le benzo[a]pyrène, les PCB, le cadmium et les dioxines parmi les huit polluants étudiés. Ils n’ont ni les mêmes sources ni nécessairement les mêmes effets. [3]
Les PCB illustrent aussi un décalage entre usage et exposition. E3N rappelle leur persistance dans l’environnement malgré l’interdiction de leur utilisation industrielle en France en 1987. Chercher la cause uniquement dans les objets achetés récemment ferait donc perdre une partie de l’histoire des expositions. [3]
Des années d’exposition reconstituées, pas une analyse du produit utilisé hier
Les travaux comparent 5 222 femmes ayant développé un cancer du sein entre 1990 et 2011 à 5 222 témoins issus de la cohorte E3N. Les expositions atmosphériques sont estimées à partir des lieux de résidence au fil du temps. Les analyses prennent en compte plusieurs facteurs de risque connus afin de mieux isoler les associations étudiées. [3]
Ce dispositif permet d’examiner des liens dans une population. Il ne dit pas si la maladie d’une femme vient d’un cosmétique, d’un ancien logement ou d’un autre facteur. La recherche sur des groupes et l’explication d’un cas individuel ne disposent pas du même niveau de réponse. Une personne peut avoir plusieurs facteurs de risque ; leur présence ne permet pas de partager son diagnostic en pourcentages de responsabilité.
L’entretien d’octobre remet aussi en avant les mélanges de polluants. Il serait trompeur d’additionner les hausses relatives rapportées pour chaque substance, comme si chacune apportait un supplément fixe de risque. Les coexpositions doivent être analysées comme telles, avec leurs propres comparaisons. [1]

La prévention n’a pas à devenir une enquête culpabilisante
Prendre au sérieux les expositions environnementales ne devrait pas conduire une personne malade à chercher seule le « mauvais choix » qu’elle aurait fait. Une partie des émissions et des contaminations dépend de décisions collectives : procédés industriels, transports, chauffage, réglementation des substances. L’ANSES décrit précisément un travail d’évaluation destiné à proposer des mesures de gestion des risques. [2]
Une autre distinction compte : une substance qui interfère avec les hormones n’est pas assimilable, par ce seul fait, à un médicament hormonal prescrit pour une indication précise. Le traitement, sa dose et son bénéfice attendu se discutent dans le parcours médical. Le débat sur la pollution n’apporte pas une consigne générale d’arrêt ou de remplacement des traitements.
Pour une personne suivie pour un cancer du sein, les inquiétudes suscitées par ces informations peuvent être abordées avec l’équipe soignante. Le bilan médical garde ses propres objectifs : établir le diagnostic, caractériser la maladie et choisir les soins. Les caractéristiques des cellules recherchées lors de l’analyse des tissus servent notamment à orienter les traitements ; elles ne constituent pas un relevé des produits auxquels la personne a été exposée. [4]
Sources et références
- Lyon Capitale — Entretien de Béatrice Fervers et retranscription écrite, 14 octobre 2026
https://www.lyoncapitale.fr/actualite/cancer-sein-recherche - ANSES — ANSES’s work and involvement in the area of endocrine disruptors (en anglais)
https://www.anses.fr/en/content/ansess-work-and-involvement-area-endocrine-disruptors - E3N-Générations — La pollution atmosphérique favorise l’apparition du cancer du sein, présentation des travaux XENAIR, octobre 2022
https://www.e3n-generations.fr/la-pollution-atmospherique-favorise-lapparition-du-cancer-du-sein - Institut national du cancer — Diagnostic d’un cancer du sein
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/sein/comprendre-les-cancers-du-sein/diagnostic
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