À force de présenter la peau comme le trésor nutritionnel de la pomme, on finit par transformer l’économe en mauvais choix. L’entretien du Dr Jean-Michel Lecerf publié par Top Santé, mis à jour le 16 octobre 2026, invite à déplacer la question : que perd-on réellement en pelant le fruit, et que gagne-t-on du côté des résidus ? Les travaux qu’il évoque sont antérieurs à cette actualité : leur publication en ligne remonte à 2022, dans un numéro de revue daté de 2023. [1, 2]
Une peau riche ne fait pas toute la valeur du fruit
La peau contient notamment davantage de polyphénols que la chair. Mais comparer la richesse de deux parties ne suffit pas à mesurer ce qui change dans la pomme entière. Dans l’entretien, le nutritionniste rappelle que la peau ne représente que 5 à 10 % du poids du fruit. Sa formule situe l’enjeu : « Sur le plan nutritionnel, manger la peau présente un intérêt relativement mineur ». [1]
L’étude de Lecerf et de ses collègues compare des pommes pelées et non pelées pour quatre ensembles de nutriments ou composés : fibres, polyphénols, magnésium et vitamine C. Les auteurs décrivent des différences nutritionnelles marginales pour les éléments mesurés. Retirer la peau n’a donc pas entraîné, dans ces échantillons, la perte nutritionnelle majeure que l’on pourrait imaginer. [2]
Ce résultat répond à une inquiétude précise : faut-il se forcer à manger une peau que l’on n’aime pas ? Il donne une raison de ne pas dramatiser l’épluchage. Il ne fait pas de la peau un aliment inutile : l’étude porte sur certains composants et certaines pommes, pas sur toutes les variétés, toutes les préparations ou tous les effets de leur consommation sur la santé.

Peler diminue les résidus, mais le chiffre d’exposition a un cadre
Sur le versant des pesticides, la comparaison va dans un sens clair : les pommes pelées contenaient moins de résidus, à des concentrations plus faibles. Dans les deux groupes, les expositions estimées restaient comprises entre 0,04 % et 2,10 % de la dose journalière admissible chez l’adulte. Cette valeur toxicologique sert de repère pour apprécier une exposition quotidienne sur la durée. [2]
Les chercheurs ont établi ces estimations avec une consommation de 277 grammes de pommes par personne et par jour, correspondant au 95e percentile de consommation retenu, donc à un niveau élevé dans leur modèle. Ce chiffre n’est ni une portion recommandée ni une mesure de ce qu’un lecteur absorbe réellement. L’estimation dépend des résidus retrouvés dans les pommes testées et des hypothèses de consommation.
Le résultat rassurant et l’intérêt de l’épluchage peuvent donc coexister : les niveaux estimés étaient faibles dans cette étude, et retirer la peau les réduisait encore. En revanche, une analyse d’échantillons ne délivre pas de certificat pour toutes les pommes du commerce. Mesurer une exposition n’est pas non plus établir un diagnostic individuel.
Le lavage peut-il remplacer l’épluchage ?
Pas exactement : les deux gestes n’agissent pas de la même façon. Laver vise ce qui peut être détaché ou éliminé de la surface. Peler retire une partie du fruit. Une expérience publiée en 2017 illustre cette différence : après application de deux pesticides sur des pommes Gala, une solution de bicarbonate éliminait les résidus de surface mesurés dans ce protocole, mais restait insuffisante contre ceux qui avaient pénétré dans la peau. [3]
Ce travail de laboratoire n’installe pas une recette universelle pour la cuisine. La revue publiée en avril 2026 dans Frontiers in Environmental Health souligne aussi combien les résultats varient selon les pesticides, les fruits, les concentrations et les durées de lavage. Un bain ne peut donc pas être présenté comme l’équivalent garanti d’un épluchage, ni l’un ou l’autre comme une promesse de fruit sans résidu. [4]

Même si la peau est retirée, laver vient avant de couper
Pour une pomme croquée telle quelle ou servie en quartiers, le choix de texture conserve sa place. Une peau épaisse peut déplaire, une peau fine être appréciée. Le geste utile commun aux deux options se situe avant la découpe. L’agence américaine FDA recommande, pour préparer les fruits et légumes : [5]
- de commencer avec des mains propres et du matériel de préparation propre ;
- de laver le fruit à l’eau courante, même si l’on prévoit de le peler ;
- de le sécher avec un linge propre ou du papier essuie-tout, sans utiliser de savon ou de détergent sur l’aliment.
Cette chronologie a une raison concrète : pendant l’épluchage ou la découpe, les saletés et bactéries présentes sur la surface peuvent être transférées vers la chair. Le lavage réduit la contamination microbienne sans l’éliminer entièrement. Cette mesure d’hygiène répond à un autre problème que celui des résidus chimiques : retirer la peau ne dispense pas de laver le fruit au préalable. [5]
Sources et références
Sources
- Jean-Michel Lecerf, entretien avec Anne-Sophie Glover-Bondeau — Peau de pomme : peut-on vraiment la manger sans risque ?. Entretien mis à jour le 16 octobre 2026.
https://www.topsante.com/nutrition_et_recettes/bien_choisir_ses_aliments/peau-de-pomme-peut-on-vraiment-la-manger-sans-risque-993692 - Lecerf et al. — Comparison of pesticide residue and specific nutrient levels in peeled and unpeeled apples. Publication en ligne en 2022 ; numéro de janvier 2023, Journal of the Science of Food and Agriculture. DOI : 10.1002/jsfa.12159.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36468616/ - Yang et al. — Effectiveness of Commercial and Homemade Washing Agents in Removing Pesticide Residues on and in Apples. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2017. DOI : 10.1021/acs.jafc.7b03118.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29067814/ - Reducing pesticide residues on produce: a scoping review of household produce washing methods. Frontiers in Environmental Health, 30 avril 2026. DOI : 10.3389/fenvh.2026.1768399.
https://www.frontiersin.org/journals/environmental-health/articles/10.3389/fenvh.2026.1768399/full - FDA — Selecting and Serving Produce Safely. Consignes américaines de préparation et d’hygiène des fruits et légumes.
https://www.fda.gov/food/buy-store-serve-safe-food/selecting-and-serving-produce-safely
LA SANTÉ À VOTRE PORTÉE





