Une amélioration rapide est précieuse quand la dépression résiste aux traitements. Mais, pour la personne qui en souffre, une autre question compte tout autant : combien de temps ce soulagement tient-il ? Avec la psilocybine, la réponse dépend du résultat mesuré et du protocole suivi. L’essai publié en 2022 et les données à six mois annoncées par Compass Pathways le 7 juillet 2026 éclairent cette question à des étapes différentes. Les lire comme une seule promesse de guérison ferait perdre l’information la plus utile.
En 2022, le résultat principal portait sur trois semaines
L’étude de Guy Goodwin et de ses collègues, publiée dans le New England Journal of Medicine, a inclus 233 adultes présentant un épisode dépressif résistant aux traitements. Les participants ont reçu une administration d’une formulation synthétique de psilocybine, à 25, 10 ou 1 mg, avec un accompagnement psychologique. La dose de 1 mg servait de contrôle. [1]
Les chercheurs évaluaient en premier lieu la variation du score MADRS à trois semaines. Cette échelle mesure la sévérité des symptômes dépressifs : plus le score est élevé, plus les symptômes sont importants. Dans le groupe à 25 mg, la baisse moyenne ajustée atteignait 12 points, contre 5,4 points dans celui à 1 mg. L’écart entre ces groupes était de 6,6 points en faveur de la dose élevée. Le groupe à 10 mg n’a pas montré de différence statistiquement significative par rapport au contrôle. [1]
C’est un résultat encourageant pour des patients difficiles à traiter. Il établit un bénéfice sur les symptômes à trois semaines, face à une très faible dose de psilocybine. Il ne répond pas à la question d’une supériorité sur un antidépresseur courant, puisque ce n’était pas la comparaison réalisée.
« Réponse », « rémission » et maintien ne désignent pas la même chose
Une baisse du score moyen ne dit pas combien de personnes franchissent un seuil d’amélioration, ni combien gardent cette amélioration. L’étude distinguait trois repères :
- La réponse à trois semaines : une diminution d’au moins 50 % du score MADRS par rapport au départ.
- La rémission à trois semaines : un score MADRS de 10 ou moins. Ce seuil clinique n’équivaut pas à une garantie de guérison définitive.
- La réponse maintenue jusqu’à douze semaines : remplir le critère de réponse à trois semaines, puis à chacune des visites suivantes. [1]
Le résumé scientifique indique que les résultats de réponse et de rémission à trois semaines allaient globalement dans le sens du résultat principal, mais pas ceux de la réponse maintenue à douze semaines. Autrement dit, le signal favorable à court terme ne se prolonge pas automatiquement en démonstration du même bénéfice durable. Cela ne signifie pas que toute amélioration avait disparu chez tous les participants.

Cette distinction change la lecture de la promesse : mesurer une amélioration à une visite et vérifier qu’elle se maintient à chaque visite sont deux exigences différentes. La question n’est donc pas seulement « cela agit-il vite ? », mais « quel bénéfice persiste, pour qui, et avec quel suivi ? ».
À six mois, l’annonce de 2026 concerne un autre protocole
Le 7 juillet 2026, Compass Pathways, qui développe la formulation COMP360, a annoncé les résultats à 26 semaines de COMP006, un essai de phase 3. Il s’agit d’un communiqué du promoteur, distinct de l’article scientifique de 2022. L’essai comptait 581 participants traités et comparait des groupes à 25, 10 et 1 mg. Deux administrations initiales étaient prévues à trois semaines d’intervalle, puis des retraitements étaient possibles pendant la suite du suivi. [2]
Selon Compass, 39 % des participants du groupe à 25 mg avaient atteint une baisse d’au moins 25 % du score MADRS à six semaines, avec un bénéfice maintenu en moyenne jusqu’à 26 semaines. Le seuil de 25 % retenu dans cette annonce n’est pas celui de 50 % qui définissait la réponse dans l’essai de 2022. Juxtaposer ces résultats comme deux taux de réponse équivalents donnerait une comparaison trompeuse. [2]
Le suivi prolongé apporte une information importante : la recherche examine désormais ce qui se passe plusieurs mois après le début de la prise en charge. Mais la durée observée appartient au protocole entier, avec ses administrations initiales et ses retraitements possibles. Elle ne permet pas de raconter six mois de bénéfice après une prise unique pour chacun des participants. Un maintien moyen n’atteste pas non plus une amélioration ininterrompue chez chaque personne.
Pour comprendre ce que pourrait devenir ce traitement, le nombre et le moment des nouvelles administrations comptent autant que la date de la dernière évaluation. Ce sont ces conditions qui déterminent ce que « durable » veut dire pour un parcours de soins, au-delà du mot mis en avant dans l’annonce.
Le suivi psychologique et la sécurité font partie du traitement étudié
Dans l’essai de 2022, les doses étaient administrées avec un accompagnement psychologique. Le résultat concerne cette intervention encadrée, pas la consommation de champignons en dehors d’un protocole. Le dispositif d’étude ne permet pas non plus de séparer simplement ce qui revient au produit et ce qui revient à l’accompagnement.
Des événements indésirables ont été rapportés chez 179 des 233 participants, soit 77 %, tous groupes confondus. Ils comprenaient notamment des maux de tête, des nausées et des étourdissements. Des idées ou comportements suicidaires, ou des actes d’auto-agression, ont été observés dans tous les groupes de doses. Leur présence doit être prise au sérieux sans attribuer, sur cette seule observation, une cause unique à la psilocybine. [1]
L’enjeu du suivi dépasse donc la séance d’administration : il porte aussi sur l’évolution de la dépression et les difficultés qui peuvent apparaître ensuite. Une action rapide sur un score n’efface ni la maladie suivie, ni le besoin d’évaluer les risques pendant la durée de l’essai.

Un calendrier américain annoncé ne vaut pas accès en France
Dans son communiqué de juillet, Compass prévoyait de terminer le dépôt de son dossier américain au quatrième trimestre 2026 et envisageait un lancement au premier semestre 2027, sous réserve d’une autorisation de la FDA et d’un reclassement réglementaire par la DEA. Ce calendrier était une prévision du promoteur, pas une décision déjà acquise. Il n’établit pas une autorisation française ou une disponibilité locale. [2]
Il faut aussi distinguer la psilocybine de l’eskétamine. L’Agence européenne des médicaments décrit déjà une autorisation de l’eskétamine, sous le nom Spravato, en association avec certains antidépresseurs chez des adultes dont la dépression majeure résiste à au moins deux traitements. Cette autre molécule a ses propres essais et conditions d’utilisation. Son statut ne se transfère pas à la psilocybine. [3]
Pour l’eskétamine, la décision de commencer le traitement revient à un psychiatre et l’administration se déroule sous supervision directe d’un professionnel de santé. Une surveillance de la pression artérielle est notamment prévue avant et après l’utilisation. Ces conditions illustrent ce que recouvre concrètement l’accès à un traitement spécialisé : une indication, une prescription et une organisation de soins, pas seulement l’annonce d’un résultat favorable. [3]
Sources et références
Sources
[1] Goodwin et al. — Single-Dose Psilocybin for a Treatment-Resistant Episode of Major Depression, NEJM, 2022.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36322843/
[2] Compass Pathways — communiqué du promoteur sur les résultats à 26 semaines de COMP006, 7 juillet 2026.
https://ir.compasspathways.com/News--Events-/news/news-details/2026/Compass-Pathways-Announces-Six-Month-Data-from-Second-Phase-3-Trial-Confirming-Rapid-and-Durable-Profile/default.aspx
[3] Agence européenne des médicaments — Spravato (eskétamine), indications et encadrement.
https://www.ema.europa.eu/en/medicines/human/EPAR/spravato
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