« Arthrose de grade 2 » : ces mots sur un compte rendu peuvent faire craindre une progression vers la prothèse. Une étude présentée au congrès annuel de l’American Society for Radiation Oncology (ASTRO) remet en discussion une autre piste, la radiothérapie à faible dose. Dans un sous-groupe de patients, moins de prothèses ont été posées après irradiation. Mais ce résultat exploratoire ne permet pas de promettre qu’un genou de grade 2 échappera à l’opération. [1]
Le grade 2 décrit une image, pas un compte à rebours
Dans la classification radiographique de Kellgren et Lawrence utilisée par l’étude, le grade 2 correspond à des excroissances osseuses nettes, appelées ostéophytes, avec un possible début de rétrécissement de l’espace articulaire. L’arthrose est visible, mais elle n’a pas les caractéristiques des grades les plus avancés. Ce classement aide à décrire le genou ; il ne résume pas tout ce que vous vivez.
Pour décider d’une chirurgie, l’Assurance Maladie insiste sur les symptômes, le handicap au quotidien et l’âge, après l’échec des traitements médicaux. Un grade radiologique ne constitue donc pas, à lui seul, une indication de prothèse. La difficulté à marcher, à monter les escaliers ou à assurer ses activités compte dans la discussion avec le médecin. [2]
C’est important pour lire les annonces de nouveaux traitements. Une amélioration de la douleur, une image qui évolue moins et une baisse du recours à la prothèse sont trois résultats différents. L’un ne démontre pas automatiquement les deux autres.

Moins de prothèses dans un sous-groupe de 78 personnes
Le communiqué publié par ASTRO le 27 septembre 2026 rapporte une analyse à long terme d’un essai randomisé mené dans un seul établissement russe. Il concernait 292 personnes présentant une arthrose symptomatique de grade 0, 1 ou 2. Les participants classés grade 0 avaient des signes à l’IRM malgré l’absence d’arthrose certaine à la radiographie. Les grades 3 et 4 étaient exclus. [1]
Les participants recevaient soit de la glucosamine et de la chondroïtine seules, soit ces mêmes produits associés à une irradiation de 4,5 grays répartie en dix séances. Le gray est l’unité de dose de rayonnement absorbée. Ces doses sont faibles par rapport à celles utilisées pour traiter un cancer ; ici, l’objectif étudié était de réduire l’inflammation articulaire, pas de traiter une tumeur.
Dans le sous-groupe des 78 personnes de grade 2, une prothèse a été posée chez 14 % des patients irradiés, contre 36 % dans le groupe recevant les produits seuls. Une reconnaissance administrative du handicap lié au genou concernait respectivement 31 % et 61 % des patients. Les dossiers de santé ont été étudiés sur un suivi médian de 11,9 ans. Ces chiffres sont ceux de ce sous-groupe et de ce contexte de soins, pas des probabilités individuelles applicables à tous les patients français. [1]
Les résultats suscitent une hypothèse intéressante : agir à un stade encore peu avancé pourrait-il modifier la suite de la maladie ? Mais la différence de recours à la prothèse n’était pas statistiquement significative dans l’ensemble des 292 participants. Mettre uniquement en avant les résultats du grade 2 effacerait une limite essentielle de l’annonce.

Pourquoi ce signal ne suffit pas à faire une nouvelle règle de traitement
Les analyses à long terme et celles du sous-groupe de grade 2 étaient exploratoires. Elles permettent de formuler une question pour un prochain essai, plutôt que d’établir une règle disant qu’il faut irradier tous les genoux à ce stade. Les patients savaient s’ils recevaient la radiothérapie et le groupe témoin ne bénéficiait pas de séances simulées.
Les évaluations de douleur et de fonction peuvent être influencées par cette connaissance du traitement. Les données d’IRM, dont les lecteurs ne connaissaient pas le groupe attribué, étaient par ailleurs incomplètes. Enfin, le recours à une prothèse dépend aussi de l’organisation des soins et de l’accès à la chirurgie. Le communiqué souligne lui-même que le contexte russe limite la généralisation des résultats. [1]
Autre particularité : les participants avaient un âge médian de 38 ans. Cet essai ne décrit donc pas simplement le parcours habituel d’un groupe de seniors en attente d’opération. Une douleur du genou peut exister bien avant un âge avancé ; son origine et ses conséquences doivent être évaluées individuellement. L’âge de cette population compte aussi pour apprécier les risques tardifs d’une exposition aux rayonnements.
Un essai coréen apporte un autre signal, pas la preuve d’éviter la chirurgie
Publié le 2 octobre 2026 dans BMC Medicine, l’essai coréen LoRD-KNeA a comparé deux doses d’irradiation à des séances simulées chez 114 personnes âgées d’au moins 50 ans, avec une douleur à la marche comprise entre 50 et 90 sur 100. Avec 3 grays en six séances, 70,3 % étaient classés répondeurs à quatre mois, contre 41,7 % dans le groupe simulé. [3]
Ce classement mesure une amélioration selon des critères cliniques ; il ne signifie pas que les patients étaient guéris ou n’auraient plus besoin de prothèse. L’avantage sur la proportion de répondeurs persistait à huit mois, mais n’était plus statistiquement significatif à douze mois. Les variations moyennes des autres mesures cliniques et des paramètres d’IRM ne différaient pas significativement entre les groupes. [3]
Un essai néerlandais plus ancien, publié dans Annals of the Rheumatic Diseases, n’avait pas retrouvé de bénéfice substantiel par rapport à des séances simulées à trois mois. Il portait sur 55 personnes et utilisait 6 grays en six séances. Les populations, les doses et les échéances diffèrent : ces résultats ne se fusionnent pas en une promesse unique de radiothérapie « anti-prothèse ». [4]
Votre gêne reste le point de départ, pas le choix entre rayons et prothèse
Dans l’essai russe, aucune réaction aiguë aux rayons ni aucun cancer dans la zone traitée n’ont été rapportés pendant le suivi. Mais l’étude n’était pas conçue pour quantifier les effets tardifs rares ou le risque de cancer sur toute la vie. L’absence de toxicité liée au traitement rapportée dans l’essai coréen ne lève pas non plus cette incertitude. « Faible dose » ne veut pas dire « risque nul ». [1][3]
En pratique, un compte rendu de grade 2 est surtout une occasion de discuter du retentissement réel et du programme de soins. Activité adaptée, rééducation personnalisée et perte de poids si nécessaire restent les repères de l’Assurance Maladie. Une chirurgie se discute si les traitements médicaux ne soulagent pas suffisamment une gêne importante ; elle ne se décide pas sur un chiffre isolé. [2]
Il est utile de préciser ce qui vous limite : distance de marche, escaliers, sommeil ou difficulté à enfiler chaussettes et chaussures. Ces gestes donnent des repères pour évaluer l’évolution et envisager des adaptations, au-delà de l’image radiographique ou d’une reconnaissance administrative du handicap.
Pour l’instant, le grade 2 est une piste de recherche, pas une « fenêtre » garantie pour sauver le genou. L’annonce d’ASTRO justifie des essais mieux contrôlés, avec des critères définis à l’avance et un suivi des risques. Elle ne justifie ni d’abandonner la rééducation, ni de retarder une discussion chirurgicale nécessaire dans l’espoir d’un traitement encore à préciser.
Sources et références
- American Society for Radiation Oncology (ASTRO). « Low-dose radiation therapy may slow progression of knee osteoarthritis, long-term study indicates ». Communiqué du 27 septembre 2026 relatif au congrès annuel ASTRO. https://www.astro.org/news-and-publications/news-and-media-center/news-releases/2026/low-dose-radiation-therapy-may-slow-progression-of-knee-osteoarthritis,-long-term-study-indicates
- Assurance Maladie. « Traitement de l’arthrose du genou », 22 janvier 2026. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/arthrose-genou/traitement-medical-chirurgical
- Kim BH et al. « Single course low-dose radiation therapy in knee osteoarthritis (LoRD-KNeA): a randomized controlled trial ». BMC Medicine, 2 octobre 2026 ; résumé éditeur. https://doi.org/10.1186/s12916-026-05287-9
- Mahler EAM et al. « Effectiveness of low-dose radiation therapy on symptoms in patients with knee osteoarthritis: a randomised, double-blinded, sham-controlled trial ». Annals of the Rheumatic Diseases, publication en ligne le 26 octobre 2018, numéro de janvier 2019 ; résumé. https://doi.org/10.1136/annrheumdis-2018-214104
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