Une piste cérébrale remet l’encéphalomyélite myalgique, aussi appelée syndrome de fatigue chronique (EM/SFC), dans l’actualité. Publiée le 19 juin 2026 dans Frontiers in Neuroscience, une étude australienne a comparé 31 personnes atteintes à 27 témoins en bonne santé. Elle relève un indice d’IRM plus faible, interprété comme un signe possible de perturbation du système glymphatique, qui participe à la circulation des fluides et à l’élimination de déchets dans le cerveau. Cette mesure indirecte de la diffusion de l’eau, recueillie à un moment donné, n’identifie pas une cause de la maladie et ne mesure pas directement une accumulation de déchets. [1]
Pour comprendre ce qui complique le quotidien, un autre élément mérite pourtant de passer au premier plan : le décalage entre une activité et ses conséquences. Dans l’EM/SFC, se sentir capable d’un effort sur le moment ne suffit pas à savoir s’il sera toléré. C’est ce décalage qui rend trompeuse l’idée d’une reprise du sport augmentée un peu plus chaque semaine.
Le malaise post-effort peut arriver après coup
Le malaise post-effort désigne une aggravation des symptômes après une activité. Le guide britannique NICE décrit trois caractéristiques : un début souvent retardé de plusieurs heures ou jours, une aggravation disproportionnée par rapport à l’activité et une récupération prolongée, qui peut durer des heures, des jours, des semaines ou davantage. Ce n’est donc pas simplement être fatigué à la fin d’une séance. [2]
La difficulté est autant temporelle que physique. Si l’on juge uniquement la tolérance pendant l’activité, on peut manquer ses effets ultérieurs. Une journée apparemment plus facile ne constitue pas, à elle seule, une raison d’augmenter le programme du lendemain. Le repère utile est la manière dont les symptômes évoluent après l’activité, pas seulement la possibilité de l’accomplir.
Et l’effort ne se limite pas aux muscles. Les recommandations de gestion de l’énergie prennent aussi en compte les activités cognitives, émotionnelles et sociales. Lire, se concentrer ou échanger peut donc compter dans l’ensemble des demandes de la journée. Opposer une « vraie » dépense physique à une activité intellectuelle supposée sans coût fait disparaître une partie du problème.

Une fatigue persistante ne suffit pas à reconnaître l’EM/SFC
NICE associe le malaise post-effort à d’autres signes : une fatigue invalidante peu soulagée par le repos, un sommeil non réparateur ou perturbé et des difficultés cognitives, parfois décrites comme un brouillard mental. L’ensemble s’accompagne d’une réduction importante des activités par rapport à la période précédant la maladie. Il n’existe pas de test diagnostique unique : l’évaluation clinique doit aussi rechercher d’autres explications aux symptômes. [2]
Le sommeil fait partie de cette démarche, sans tout expliquer à lui seul. Lorsque les mesures personnalisées sur le sommeil et le repos n’apportent pas d’amélioration, NICE invite à envisager un trouble du sommeil sous-jacent et une orientation adaptée. Une apnée du sommeil, si elle est diagnostiquée, relève de sa propre prise en charge. La pression positive continue (PPC) traite l’apnée, pas l’EM/SFC. Le guide ci-dessous concerne le confort avec cet appareil, uniquement dans ce contexte distinct.
Gérer l’énergie signifie compter toute la journée
Le guide NICE NG206, publié en 2021, constitue une recommandation clinique britannique, pas une nouvelle règle française de 2026. Il décrit une gestion de l’énergie individualisée, menée par la personne avec l’appui de professionnels connaissant l’EM/SFC. Son objectif est de réduire le risque de malaise post-effort ou d’aggravation en évitant de dépasser les limites du moment. Cette approche n’est pas un traitement curatif. [2]
Ces limites diffèrent d’une personne à l’autre et peuvent fluctuer. Le point de départ n’est donc ni un nombre universel de pas ni une durée de sport prescrite à tous. Il s’agit d’identifier un niveau d’activité soutenable, ce qui peut d’abord nécessiter de réduire certaines activités. Dans le plan proposé par NICE, plusieurs leviers se complètent :
- Prévoir des périodes de repos, y compris avant d’atteindre sa limite, plutôt que réserver les pauses au moment où les symptômes s’aggravent.
- Fractionner les activités en séquences plus courtes et varier les types de sollicitation.
- Prendre en compte les tâches quotidiennes, la mobilité, la concentration, les relations sociales et les sollicitations sensorielles.
- Réexaminer le plan avec la personne et l’ajuster à l’évolution de ses capacités et de ses symptômes.
Le repos n’est pas ici une récompense après avoir atteint un objectif. Il fait partie de l’organisation de l’activité. De même, renoncer à une tâche ou la répartir autrement ne permet pas de conclure à un manque de motivation : cela peut correspondre à une adaptation aux limites disponibles. Cette lecture change la question posée au malade, de « pourquoi ne faites-vous pas davantage ? » à « quelle activité reste soutenable, et à quel coût ensuite ? ».

Pourquoi les augmentations fixes d’exercice posent problème
NICE déconseille les programmes qui imposent des augmentations fixes de l’activité physique, après avoir établi un niveau de départ. C’est cette définition précise de la thérapie par exercice gradué que le guide écarte. Il déconseille aussi de présenter l’exercice comme une guérison de l’EM/SFC ou d’appliquer des programmes généraux conçus pour des personnes en bonne santé ou atteintes d’autres maladies. [2]
Le mot « progressivement » ne règle donc pas le problème à lui seul. Une progression peut être lente tout en restant automatique. Or, si les symptômes s’aggravent après coup ou si les capacités baissent, continuer à monter chaque palier revient à ignorer l’information qui devrait guider le programme. NICE retient au contraire des ajustements flexibles, à la hausse comme à la baisse, et jamais une augmentation automatique.
Cela ne revient pas à interdire toute activité physique. Pour les personnes qui souhaitent intégrer un programme ou se sentent prêtes à dépasser leurs activités quotidiennes actuelles, le guide prévoit un accompagnement personnalisé par une équipe spécialisée, avec un kinésithérapeute. Il commence par un niveau qui n’aggrave pas les symptômes, prévoit initialement une réduction en dessous de ce niveau puis une période de maintien avant d’envisager une hausse. Certaines personnes trouvent ces programmes utiles, d’autres sans effet, et d’autres voient leurs symptômes s’aggraver : cette diversité doit faire partie de la discussion.
Une poussée peut modifier le niveau d’activité soutenable
En cas de poussée des symptômes ou de rechute, NICE recommande de réduire l’activité physique pour revenir dans les limites énergétiques actuelles. Le niveau antérieur n’est pas un objectif à rétablir coûte que coûte. Un nouveau niveau de départ se définit seulement lorsque les symptômes se stabilisent et que la personne se sent capable de reprendre. [2]
Le délai pour retrouver l’activité d’avant une poussée varie d’une personne à l’autre. La stabilisation elle-même peut prendre des semaines, des mois, parfois des années. Dans ce cadre, un calendrier identique pour tous décrit moins une adaptation aux symptômes qu’une contrainte supplémentaire.
Sources et références
Sources
[1] Frontiers in Neuroscience — étude australienne sur l’indice DTI-ALPS dans l’EM/SFC, publiée le 19 juin 2026
https://www.frontiersin.org/journals/neuroscience/articles/10.3389/fnins.2026.1875420/full
[2] NICE — NG206, recommandations britanniques de 2021, sections 1.2 (symptômes), 1.11 (gestion de l’énergie et activité) et 1.12 (repos et sommeil)
https://www.nice.org.uk/guidance/ng206/chapter/Recommendations
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