Le 7 octobre 2026, le CHU de Nantes a présenté les résultats de DeprescrIPP, une étude menée avec le département de médecine générale de Nantes Université pour aider à réexaminer les traitements contre l’acidité gastrique devenus inutiles. Son idée : informer à la fois les patients et leur médecin traitant. [1] Si vous prenez un « protecteur gastrique » depuis longtemps, cette annonce pose une question très concrète : pourquoi le traitement figure-t-il encore sur votre ordonnance ?
Les inhibiteurs de la pompe à protons, ou IPP, diminuent la production d’acide dans l’estomac. L’oméprazole en fait partie. Ils peuvent être prescrits pour un reflux, mais aussi pour prévenir certaines complications digestives. Le nom familier de « protecteur gastrique » ne dit donc pas, à lui seul, ce que le médicament doit protéger chez vous.
Quatre semaines : un repère pour commencer, pas une échéance commune
Dans sa fiche de bon usage, la Haute Autorité de santé (HAS) fixe un traitement initial de quatre semaines pour le reflux sans œsophagite chez l’adulte. Le reflux gastro-œsophagien, ou RGO, correspond aux remontées du contenu de l’estomac vers l’œsophage, le tube qui conduit les aliments à l’estomac. Une œsophagite est une inflammation de sa paroi. Le repère des quatre semaines concerne donc une situation précise, pas toutes les ordonnances contenant un IPP. [2]
Au renouvellement, le médecin vérifie si les symptômes persistent et si le traitement reste utile. La HAS rappelle que la poursuite est rarement justifiée, notamment chez les personnes âgées prenant plusieurs médicaments. Elle précise aussi que le caractère chronique de la maladie peut justifier un traitement prolongé. Il faut alors en réévaluer régulièrement l’intérêt, plutôt que reconduire la prescription sans discussion.
Autrement dit, quatre semaines invitent à faire le point. Elles ne vous permettent pas de décider seul d’une date d’arrêt, surtout si vous ne connaissez plus la raison de la première prescription.
Quand le reflux s’accompagne de lésions, la décision change
Une brûlure d’estomac et un antécédent d’œsophagite sévère ne conduisent pas à la même discussion. Dans ses conseils d’experts de 2022, l’American Gastroenterological Association (AGA) indique que les patients ayant un RGO compliqué — notamment une œsophagite érosive sévère, un ulcère de l’œsophage ou un rétrécissement lié à l’acidité — ne sont généralement pas des candidats à l’arrêt des IPP. Il en va de même pour un œsophage de Barrett connu, une modification de la muqueuse de l’œsophage. [3]
La HAS cite également l’œsophagite sévère, le Barrett et le reflux invalidant insuffisamment contrôlé par un traitement intermittent parmi les situations pouvant conduire à poursuivre l’IPP, avec réévaluation régulière. Même si les brûlures sont devenues moins gênantes, le médecin doit tenir compte de ces antécédents. Un ancien compte rendu d’endoscopie peut l’aider à retrouver ce qui justifie la prescription.
Avec un anti-inflammatoire, regarder le risque digestif
Votre IPP a peut-être été ajouté à un anti-inflammatoire non stéroïdien, un AINS, pour prévenir un ulcère de l’estomac ou du duodénum. Là encore, la protection n’est pas systématique pour tous les patients sous AINS. Selon la HAS, elle se justifie en présence de facteurs de risque : un âge de 65 ans ou plus, un antécédent d’ulcère, ou l’association à certains médicaments comme un antiagrégant plaquettaire, un corticoïde ou un anticoagulant. Ces associations demandent elles-mêmes des précautions. [2]
Le médecin doit donc revoir les deux prescriptions ensemble : l’anti-inflammatoire est-il toujours pris, et la protection reste-t-elle nécessaire ? Avant d’envisager une déprescription — la réduction ou l’arrêt d’un traitement sous supervision médicale —, l’AGA recommande aussi une évaluation du risque d’hémorragie digestive haute, c’est-à-dire de saignement dans la partie haute du tube digestif. Les patients à risque élevé ne doivent pas être considérés comme candidats à cette déprescription. [3]

Ce que l’étude nantaise mesure réellement
DeprescrIPP portait sur des adultes prenant un IPP depuis au moins un an, suivis dans des cabinets de médecine générale de deux régions de l’ouest de la France. Une brochure était envoyée aux patients, tandis que leur médecin recevait une lettre et un outil d’aide à la décision. Un autre groupe recevait seulement l’information destinée aux médecins ; un troisième poursuivait les soins habituels.
À un an, 14,9 % des patients du groupe informé avec leur médecin atteignaient le critère de réduction, contre 7 % avec les soins habituels et 7,7 % lorsque seuls les médecins recevaient l’information. Ce critère était une baisse d’au moins 50 % des quantités annuelles d’IPP remboursées, exprimées en doses journalières définies, une unité standardisée de mesure. Il ne signifie ni que chaque prise quotidienne a été divisée par deux, ni que ces patients ont tous arrêté leur médicament. [4]
L’article scientifique a été publié en ligne le 13 avril 2026, puis dans le numéro du 1er juin de JAMA Internal Medicine : octobre est la date de l’annonce du CHU. [4]
Les symptômes de reflux étaient évalués dans un échantillon de 10 % des participants. Aucune différence statistiquement significative n’a été détectée entre les groupes. Cela ne garantit pas un arrêt sans symptômes ou sans risque pour chacun. Le protocole de l’étude prévoyait une évaluation à douze mois et signalait qu’elle pouvait manquer un rebond d’acidité précoce après l’arrêt. [4] [5]
Faire préciser la raison du traitement à la prochaine consultation
Pour préparer cet échange, apportez votre ordonnance actuelle, les médicaments pris sans ordonnance et, si vous les avez, les comptes rendus digestifs anciens. Vous pouvez demander : « Cet IPP traite-t-il mon reflux ou protège-t-il mon estomac avec un autre médicament ? » Puis : « Qu’est-ce qui justifie de le poursuivre aujourd’hui, et quand allons-nous le réévaluer ? »
Les effets indésirables font partie de cette réévaluation. Le résumé des caractéristiques de l’oméprazole publié par l’ANSM mentionne notamment une inflammation rénale aiguë et une possible réduction de l’absorption de vitamine B12, à prendre en compte au long cours chez les personnes ayant des réserves faibles ou des facteurs de risque. [6] Une inquiétude sur les risques ne remplace toutefois pas l’examen de l’indication : l’AGA fonde la décision de déprescrire sur l’absence de raison médicale de poursuivre, pas sur la seule crainte d’effets associés aux IPP. [3]
Si une réduction ou un arrêt est décidé avec le médecin, demandez-lui quelles manifestations surveiller et comment le recontacter. Un rebond d’acidité transitoire est possible après un traitement prolongé. Les modalités sont à choisir selon votre situation ; il n’existe pas de calendrier de diminution à appliquer à tous les lecteurs. [3]
Le bon point de départ n’est donc pas « ai-je dépassé quatre semaines ? », mais « quelle raison médicale justifie encore cet IPP chez moi ? ». Faire clarifier cette raison permet de discuter d’un traitement devenu inutile sans retirer une protection qui reste nécessaire. Ne modifiez pas vos prises de votre propre initiative : la suite se décide avec votre médecin, en lien avec votre pharmacien.
Sources et références
[1] CHU de Nantes. Communiqué sur DeprescrIPP, 7 octobre 2026.
https://www.chu-nantes.fr/cp-medicaments-contre-lacidite-gastrique-les-resultats-dune-etude-publiee-par-des-chercheurs-du-chu-de-nantes-et-du-departement-de-medecine-generale-de-nantes-universite-demontrent-lefficacite-dune-methode-simple-pour-reduire-les-traitements-sans
[2] Haute Autorité de santé. Bon usage des inhibiteurs de la pompe à protons, validé le 8 septembre 2022.
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-09/fiche_bum_-_bon_usage_des_inhibiteurs_de_la_pompe_a_protons_ipp.pdf
[3] Targownik LE, Fisher DA, Saini SD. AGA Clinical Practice Update on De-Prescribing of Proton Pump Inhibitors: Expert Review. Gastroenterology, 2022. doi:10.1053/j.gastro.2021.12.247.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35183361/
[4] Fournier JP et al. Deprescribing Intervention and Reduction of Proton Pump Inhibitor Use in Primary Care: A Cluster Randomized Clinical Trial. JAMA Internal Medicine, 2026;186(6):668–676. En ligne le 13 avril, numéro du 1er juin. doi:10.1001/jamainternmed.2026.0584.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41973459/
[5] Nguyen-Soenen J et al. Effectiveness of a multi-faceted intervention to deprescribe proton pump inhibitors in primary care: protocol for a population-based, pragmatic, cluster-randomized controlled trial. BMC Health Services Research, 2022;22:219. Protocole de DeprescrIPP. doi:10.1186/s12913-022-07496-3.
https://bmchealthservres.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12913-022-07496-3
[6] ANSM. Résumé des caractéristiques du produit OMEPRAZOLE VIATRIS CONSEIL 20 mg, gélule gastro-résistante. Mise à jour du 17 mars 2023.
https://agence-prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/rcp/R0401457.htm
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