Une consultation peut se terminer avec une ordonnance et un prochain rendez-vous. Mais quand une maladie chronique s’ajoute à un logement instable, des difficultés financières ou une langue mal comprise, la suite ne se joue pas seulement dans le cabinet. Comprendre ce qui a été dit, pouvoir revenir et trouver à qui parler prennent aussi du temps.
C’est ce travail que défendent les équipes des Structures d’exercice coordonné participatives, les SECPa. Le 8 octobre 2026, une centaine de soignants, de patients et de soutiens se sont réunis devant le ministère de la Santé pour demander un financement durable. [4] Leur mobilisation pose une question très concrète : comment préserver l’accompagnement qui relie les consultations ?
Le suivi ne tient pas dans le seul rendez-vous
Les SECPa sont des centres et des maisons de santé qui associent soins, prévention et participation des habitants. L’expérimentation, lancée en 2021, a permis de financer des activités que le paiement des consultations ne couvre pas à lui seul. Toutes les maisons de santé ne relèvent pas de ce dispositif.
Pour une personne qui vit avec une maladie chronique, une difficulté sociale peut devenir un obstacle au suivi. Le collectif et France Assos Santé décrivent une organisation qui cherche à prendre en compte ces obstacles avec plusieurs métiers, plutôt que de les laisser à la seule charge du médecin ou du patient. [1] [3]
Le problème n’est donc pas uniquement d’obtenir une place dans un agenda. Il est aussi de rendre la prise en charge possible dans les conditions de vie de la personne. Dans sa présentation de la santé participative, France Assos Santé souligne notamment les difficultés sociales, professionnelles, culturelles ou linguistiques qui peuvent apparaître lorsqu’on examine la faisabilité des soins proposés.
Médiation, interprétariat : ce que finance le temps entre les soins
Un interprète professionnel permet de travailler malgré la barrière de la langue. La médiation en santé s’inscrit dans l’accompagnement des personnes et le lien avec les équipes. Des accueillants, des coordinateurs et des travailleurs sociaux contribuent également à cette démarche. Les rôles se complètent : un échange médical, une difficulté administrative et une question de vie quotidienne ne demandent pas tous la même réponse.
France Assos Santé décrit quatre dotations consacrées au temps humain dans l’expérimentation. Elles financent les activités participatives de professionnels autres que de santé, le temps consacré par les soignants à cette démarche et à une patientèle précaire, l’interprétariat professionnel, ainsi que des psychologues. Ce financement concerne les personnes qui font vivre l’accompagnement, et non les locaux ou le matériel. [3]

Cette distinction explique le débat actuel. Payer une consultation ne finance pas automatiquement tout le temps nécessaire autour d’elle. Un cadre spécifique permet d’organiser ce travail en équipe, au lieu de le faire dépendre de quelques professionnels disponibles ou de financements dispersés.
Les patients ne sont pas seulement destinataires des soins
La démarche participative donne une place aux personnes concernées dans la manière d’organiser la santé du quartier. Des ateliers et des échanges collectifs permettent d’aborder leurs besoins et de faire circuler leurs connaissances. Il ne s’agit pas seulement d’expliquer une consigne venue du cabinet : les habitants apportent aussi des informations sur ce qui facilite ou complique leur quotidien.
France Assos Santé cite, à Saint-Denis, des petits-déjeuners réguliers avec les habitants autour des préoccupations du quartier. L’association évoque aussi des actions communes sur l’habitat insalubre. Ces exemples montrent l’étendue de la démarche : certaines difficultés qui pèsent sur la santé nécessitent de travailler au-delà du face-à-face médical, avec les ressources locales. [3]

Pour le suivi d’une maladie chronique, cette organisation vise à mieux relier le soin aux conditions dans lesquelles il doit se poursuivre. Son financement soutient ce travail collectif ; il ne remplace ni le diagnostic ni les décisions médicales propres à chaque patient.
Pourquoi les équipes réclament davantage qu’une reconnaissance
La manifestation du 8 octobre intervient après plusieurs mois d’attente. Dans un communiqué du 3 juillet 2026, le collectif expliquait qu’un cycle de travail avec les services du ministère s’était achevé le 4 juin. Il demandait alors de valider le modèle de financement et de l’inscrire dans le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027. [2]
Puis, dans son communiqué du 8 septembre 2026, donc avant la manifestation, le collectif a précisé ses demandes. Il réclame la reconnaissance des SECPa dans le Code de la santé publique et un financement adapté au travail en équipe, avec une entrée en vigueur souhaitée au 1er janvier 2027. Cette date est un objectif revendiqué, pas une garantie de mise en place. [1]
Le collectif demande également 40 millions d’euros pour 2027, pour maintenir et élargir le dispositif. Cette enveloppe doit, selon lui, assurer la poursuite et la montée en charge des équipes expérimentatrices, mais aussi permettre à de nouvelles structures de les rejoindre. Elle ne correspond donc pas au seul financement des équipes déjà en place. Un appel à manifestation d’intérêt en 2027 figure aussi parmi ses demandes.
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 prévoit une rémunération forfaitaire complémentaire pour des structures labellisées, avec des montants et des modalités renvoyés à un arrêté ministériel. Les personnes mobilisées jugent ces garanties insuffisantes. À ce stade, un projet de loi n’est pas une loi adoptée, et l’inscription d’un principe de financement ne fixe pas à elle seule les moyens de chaque équipe. [5]
La continuité dépend aussi des personnes autour du médecin
Pour un patient, ce débat budgétaire touche à des interlocuteurs et à du temps d’accompagnement. L’interprétariat, la coordination ou les échanges avec les habitants demandent une organisation qui se construit dans la durée. C’est cette continuité que le collectif souhaite préserver, en donnant aux structures un cadre moins incertain.
La dimension financière intervient aussi du côté des personnes suivies. Des démarches de prise en charge ou un reste à payer peuvent compliquer l’accès aux soins, au même titre qu’une difficulté de langue. Ce sont des sujets distincts, mais ils rappellent pourquoi les conditions pratiques de la suite des soins comptent autant que le rendez-vous lui-même.
L’enjeu des prochaines décisions sera donc de savoir quels moyens durables seront consacrés à cet accompagnement, et quelles structures pourront en bénéficier. Pour les personnes qui cumulent maladie chronique et précarité, préserver le lien entre les consultations suppose aussi de préserver le temps et les métiers qui le rendent possible.
Sources et références
- Collectif SECPA — Communiqué « SECPA : maintenant, des actes ! », 8 septembre 2026.
https://secpa.fr/ - Collectif SECPa — Communiqué « SECPa : le gouvernement doit tenir ses engagements ! », 3 juillet 2026, diffusé par le Réseau des centres de santé communautaire.
https://reseau-cdsc.fr/secpa-le-gouvernement-doit-tenir-ses-engagements/ - France Assos Santé — « SECPA : la santé participative en phase d’expérimentation », 22 mars 2024.
https://france-assos-sante.org/2024/03/22/secpa-la-sante-participative-en-phase-dexperimentation/ - Egora / Concours pluripro — Reportage de Karen Ramsay et Cloé-Ava Meininger sur la mobilisation du 8 octobre, publié le 9 octobre 2026; chapô et début du reportage accessibles.
https://www.egora.fr/actus-pro/conditions-dexercice/quand-letat-attaque-contre-attaque-reunis-devant-le-ministere-les - Le Télégramme — Récit de la mobilisation et déclarations recueillies par l’AFP, 8 octobre 2026.
https://www.letelegramme.fr/sante/on-veut-la-thune-quon-nous-a-promise-inquiets-pour-lavenir-des-maisons-et-centres-de-sante-sec-pa-ces-patients-et-soignants-ont-manifeste-7134623.php
LA SANTÉ À VOTRE PORTÉE






