Comprendre sa santé.
Mieux vivre au quotidien.
MedilaxLA SANTÉ À VOTRE PORTÉE

Rete ovarii : des manuels anciens aux images en 3D, l’histoire d’une structure connue mais encore mal comprise

Le rete ovarii revient dans l’actualité, mais son histoire ne commence pas en 2026. Connu depuis le XIXe siècle, ce réseau lié à l’ovaire a continué à faire l’objet de travaux. Les images récentes chez la souris rouvrent surtout la question de son rôle.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Livre à planches scientifiques et loupe sur un bureau, illustration d’ambiance évoquant les manuels et la recherche anatomique.
Illustration d’ambiance.

Partager cet article

WhatsAppFacebookXE-mail

Vous avez peut-être déjà regardé un schéma de l’appareil reproducteur féminin. On y repère les ovaires, les trompes et l’utérus, mais rarement le rete ovarii. Ce petit réseau de cellules relié à l’ovaire revient aujourd’hui dans les discussions sur l’anatomie. Son nom semble nouveau, alors que son histoire commence bien avant les images de laboratoire actuelles.

Le paradoxe est là : une structure peut devenir discrète dans les manuels tout en continuant à intéresser les chercheurs. Pour comprendre ce retour, il faut séparer ce que l’on savait de son existence de ce que l’on cherche encore à savoir de son rôle.

Une histoire qui ne s’est pas arrêtée en 1870

L’étude publiée dans eLife en 2025 fait remonter la première description du rete ovarii à 1870, dans les travaux de l’anatomiste Wilhelm Waldeyer. Elle rappelle aussi que le réseau figurait dans des dessins d’anciennes éditions de Gray’s Anatomy. Les auteurs signalent son omission dans des représentations de manuels récents et son classement fréquent parmi les vestiges sans fonction chez l’adulte. [1]

Mais « oublié » est un raccourci. Dès 1985, une revue de la littérature consacrée au rete ovarii des mammifères discutait sa structure, ses possibles sécrétions et son intérêt au cours du développement ovarien. Son résumé contestait déjà l’idée d’un vestige adulte dépourvu de fonction. La question n’a donc pas attendu les années 2020 pour être posée. [2]

Autre repère : en 2022, des médecins ont décrit un cas humain de kyste du rete ovarii. Le réseau restait ainsi un objet de publication clinique, même s’il n’était pas un nom familier du grand public. Ce cas concernait une lésion particulière, pas une démonstration de son rôle dans la fertilité. [3]

À lire aussi :  Herpès génital et huile essentielle : la solution naturelle
Chronologie du rete ovarii : description en 1870, revue en 1985, cas humain en 2022 et étude chez la souris publiée en 2025.
Quelques repères, sur une chronologie non à l’échelle : une structure connue de longue date et des questions encore ouvertes sur son fonctionnement. Références : [1], [2] et [3].

Pourquoi « vestige » ne veut pas dire « inutile »

Le rete ovarii se forme pendant le développement embryonnaire, à partir de tissus associés au système urinaire en formation. Cette origine a contribué à le faire considérer comme un reste du développement. Pourtant, savoir d’où vient une structure ne suffit pas à expliquer ce qu’elle fait ensuite.

Les auteurs de l’étude récente avancent aussi une difficulté très concrète : les observations anciennes reposaient beaucoup sur des coupes de tissus. Une coupe montre une fine tranche de l’organe. Elle peut révéler un petit tube sans permettre de suivre facilement ses connexions avec ceux qui l’entourent. Les chercheurs évoquent ces limites et d’anciennes descriptions de régression du réseau pour expliquer son image de vestige.

La nuance compte également pour l’enseignement. Une omission signalée dans des ouvrages récents ne signifie pas que le rete ovarii a disparu de tous les livres et de tous les cours. Les chercheurs demandent qu’on l’étudie comme une composante fonctionnelle possible de l’appareil reproducteur féminin.

Les nouvelles images changent la question

L’apport récent n’est donc pas de trouver un réseau dont personne n’avait jamais entendu parler. Il consiste à le regarder autrement. Grâce à des marqueurs qui rendent certaines cellules repérables et à l’imagerie en trois dimensions, l’équipe suit le rete ovarii dans son environnement, plutôt que de devoir reconstituer ses connexions à partir de tranches séparées.

À lire aussi :  L'augmentation mammaire naturelle par lipofilling

Dans le modèle souris, les chercheurs distinguent une partie située dans l’ovaire, une zone de connexion et une partie extérieure. Cette dernière forme un tube sinueux se terminant par une extrémité élargie et fermée. À l’intérieur de l’ovaire, le réseau prend surtout l’aspect de cordons de cellules. Il ne faut donc pas imaginer une canalisation ouverte traversant tout l’organe.

Schéma simplifié, non à l’échelle, du rete ovarii dans le modèle souris : cordons intraovariens, connexion et partie tubulaire extérieure, distincte de la trompe.
Modèle souris, schéma simplifié et non à l’échelle. Les trois régions reprennent les distinctions de l’étude [1], sans représenter une cartographie de l’ovaire humain.

Autre changement de perspective : le réseau n’apparaît pas isolé. Sa partie extérieure est associée à des vaisseaux et reçoit des contacts nerveux. Cette organisation donne de bonnes raisons d’examiner ses échanges avec l’ovaire, mais elle ne suffit pas à attribuer une fonction précise à chacun de ces contacts.

De l’existence d’un réseau à la preuve d’une fonction

Pour aller au-delà de la forme, l’équipe a injecté un traceur fluorescent dans la partie extérieure du rete ovarii. Le liquide marqué s’est déplacé vers l’ovaire. L’expérience portait sur des complexes ovariens disséqués de souriceaux âgés de sept jours. Elle montre un déplacement de liquide dans ces conditions, pas le transport d’un ovocyte ni le fonctionnement du réseau chez une femme adulte. [1]

L’analyse du contenu du réseau a également identifié des protéines candidates à un rôle de sécrétion. L’une d’elles, IGFBP2, pourrait intervenir dans les signaux qui régulent les follicules, ces petites structures où se développent les ovocytes. C’est une piste pour comprendre comment le réseau communiquerait avec l’ovaire, pas encore une fonction clinique démontrée.

La publication de référence date du 19 mars 2025, après des versions préliminaires et révisées. Le regain d’attention d’octobre 2026 ne correspond donc pas à une étude sortie cette semaine. Le commentaire scientifique qui accompagne le travail souligne que l’architecture en trois dimensions et la portée fonctionnelle du réseau dans les ovaires matures restent à déterminer. Il envisage un rôle auxiliaire, sans établir que le rete ovarii est indispensable. [4]

À lire aussi :  Gérontologie et gériatrie : la différence enfin claire

Ce que cette histoire change pour comprendre son corps

Chez l’être humain, le rete ovarii n’est pas une simple invention tirée d’une expérience animale : des observations anatomiques et cliniques en attestent l’existence. En revanche, sa présence chez l’humain ne valide pas sa fonction chez l’humain. C’est cette étape qui reste à franchir pour relier les résultats expérimentaux aux questions de santé reproductive.

Le cas de kyste publié en 2022 illustre aussi une autre manière d’étudier une structure : l’identifier lorsqu’elle est à l’origine d’une lésion. Cela ne permet pas de déduire son rôle habituel dans un ovaire sain, ni d’attribuer les kystes ovariens courants au rete ovarii. Les travaux récents n’apportent pas, à ce stade, de nouveau test ou de traitement de l’infertilité fondé sur ce réseau.

Le retour du rete ovarii invite surtout à regarder un schéma anatomique comme une représentation qui simplifie le corps, pas comme l’inventaire définitif de tout ce qu’il contient. Connu depuis longtemps, encore mal compris : les deux peuvent aller ensemble. La nouveauté se trouve dans les questions que les outils actuels permettent enfin d’explorer, sans effacer les travaux qui les ont précédés.

Sources et références

[1] Anbarci et al. — Rediscovering the rete ovarii, a secreting auxiliary structure to the ovary — eLife, 19 mars 2025
https://elifesciences.org/articles/96662

[2] Wenzel et Odend’hal — The mammalian rete ovarii: a literature review — The Cornell Veterinarian, juillet 1985
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/4017592

[3] Jha et al. — Cyst of rete ovarii: A case report — Clinical Case Reports, 20 novembre 2022
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9676129

[4] Zhang et Zhang — Ovarian Biology: Revisiting the rete ovarii — eLife, 19 mars 2025
https://elifesciences.org/articles/106648