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La douleur augmente-t-elle forcément avec l’âge ? Une étude mondiale révèle des trajectoires différentes selon les zones

La douleur ne devient pas forcément plus fréquente ou plus intense à chaque anniversaire. Une étude mondiale révèle des trajectoires différentes selon les zones du corps, avec davantage de douleurs déclarées chez les femmes. Et une hausse rapide avant 55 ans ne signifie pas un pic à cet âge.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Une femme assise au bord d’un canapé, une main posée sur le bas du dos

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Des maux de tête à 30 ans, un dos douloureux à 70 ans : la douleur n’occupe pas forcément la même place au fil de la vie. Une vaste étude publiée le 5 octobre dans Nature Medicine montre surtout qu’elle ne suit pas une courbe unique. Tout dépend de la zone concernée et de ce que l’on mesure : la présence d’une douleur, son intensité ou son étendue.[1]

Les femmes déclarent davantage de douleurs que les hommes, mais cela ne signifie pas que toutes les douleurs augmentent sans interruption jusqu’au grand âge. Pour comprendre ces résultats, il faut distinguer la fréquence et l’intensité, puis regarder chaque type de douleur séparément.

Les maux de tête et le dos n’ont pas le même calendrier

Les chercheurs ont rassemblé des enquêtes portant sur plus de six millions de personnes, dans 118 pays et territoires. Leur constat bouscule l’idée d’une douleur qui s’accumulerait partout de la même manière : pour sept zones sur onze, la fréquence augmente, atteint un sommet, puis diminue aux âges suivants.[1]

Les maux de tête atteignent ainsi leur fréquence maximale autour de 34 ans dans la courbe mondiale, les douleurs abdominales autour de 23 ans. Les douleurs du cou ou de l’épaule culminent plus tard, vers 62 ans. Ces âges sont des repères issus des courbes, pas des échéances auxquelles votre corps devrait obéir.

Le dos, les hanches et les genoux suivent une autre trajectoire. Leur fréquence progresse au cours de l’âge adulte et atteint son maximum à 75 ans ou au-delà. Autrement dit, une baisse des maux de tête aux âges avancés peut coexister avec une hausse des douleurs du genou. Parler de « la douleur » en général masque ces différences.

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Une hausse rapide avant 55 ans, pas un sommet commun à 55 ans

Un autre résultat retient l’attention : les hausses les plus rapides de fréquence surviennent avant 55 ans. Pour le dos, les hanches et les genoux, elles se concentrent notamment entre 20 et 55 ans. Une part importante de la progression apparaît donc pendant la vie adulte active, bien avant les âges les plus avancés.[1]

Mais une hausse rapide et un maximum ne désignent pas la même chose. Pensez à une pente : elle peut devenir moins raide tout en continuant à monter. C’est aussi le cas d’une courbe de douleur. 55 ans n’est pas un pic universel, ni l’âge après lequel toutes les douleurs commenceraient à reculer.

Pics de fréquence estimés : douleurs abdominales vers 23 ans, maux de tête vers 34 ans, dos, hanches et genoux à 75 ans ou au-delà
Ces âges correspondent aux maxima de fréquence estimés dans la population mondiale, et non à l’âge de début des douleurs. Source : Nature Medicine.[1]

Ces résultats portent sur des douleurs déclarées, pas sur des diagnostics. Une douleur du genou comptabilisée dans l’étude ne correspond donc pas automatiquement à une arthrose. La courbe renseigne sur la fréquence du symptôme à un âge donné, sans identifier sa cause chez une personne.

Une douleur plus fréquente n’est pas forcément plus intense

Quand les chercheurs regroupent toutes les zones, la proportion de personnes déclarant au moins une douleur augmente avec l’âge. Cela reste compatible avec la baisse de certaines douleurs : il suffit qu’une autre zone soit touchée pour entrer dans ce groupe.[1]

Les douleurs de forte intensité ne suivent pas exactement cette progression. Définies ici par une intensité moyenne d’au moins 7 sur 10, elles atteignent leur fréquence maximale autour de 50 ans, puis deviennent moins fréquentes aux âges suivants dans la courbe mondiale.

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Les douleurs généralisées culminent plus tard, vers 70 ans. Dans cette étude, ce terme désigne une douleur présente dans au moins quatre des cinq grandes régions du corps. Il décrit son étendue, et ne suffit pas à poser un diagnostic de fibromyalgie.

Être plus nombreux à déclarer une douleur à un âge donné ne veut donc pas dire que chacun ressent une douleur plus forte. Cette distinction évite de lire le vieillissement comme une aggravation inévitable de toutes les souffrances.

Chez les femmes, davantage de douleurs tout au long de la vie

Les femmes déclarent plus souvent des douleurs que les hommes dans les onze zones étudiées. Cette surfréquence apparaît aussi pour la présence d’au moins une douleur, les douleurs de forte intensité et les douleurs généralisées. Les courbes féminines restent ainsi globalement plus élevées, même lorsque la fréquence d’une douleur diminue aux âges avancés.[1]

Ce constat ne ramène pas toutes les femmes à un même parcours. La zone douloureuse, l’âge et le contexte de vie comptent aussi. L’étude décrit un écart entre groupes, sans expliquer à elle seule pourquoi il existe ni permettre de prévoir l’évolution d’une douleur particulière.

Des repères pour comprendre, pas pour prédire votre avenir

Les données ont été recueillies dans différentes enquêtes entre 1990 et 2025. Il ne s’agit pas d’un suivi des mêmes personnes pendant 35 ans : les courbes comparent surtout des groupes d’âges différents. Une fréquence plus faible à 80 ans qu’à 50 ans ne prouve donc pas que les personnes douloureuses à 50 ans vont toutes aller mieux.[1]

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Les réponses concernent par ailleurs des douleurs actuelles ou récentes. Elles ne disent pas, à elles seules, depuis combien de temps elles durent. Ces courbes ne se lisent donc pas comme une mesure uniforme de la douleur chronique.

Au quotidien, une courbe mondiale ne raconte pas ce qui se passe lorsque votre genou vous réveille ou que votre dos limite vos mouvements. La fréquence dans la population et les conséquences dans votre vie sont deux informations différentes.

Que vous ayez 30, 55 ou 80 ans, votre âge ne suffit pas à expliquer une douleur. La zone concernée, sa durée, son intensité et son retentissement restent essentiels pour en parler avec un professionnel de santé. Le résultat à retenir n’est pas « vieillir, c’est forcément souffrir davantage », mais chaque type de douleur a sa propre trajectoire.

Sources et références
  1. Fillingim et al. « Global and regional reference curves for pain across the lifespan in 6.1 million individuals in 118 countries ». Nature Medicine, 5 octobre 2026. https://www.nature.com/articles/s41591-026-04696-w

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