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Fausses infos santé : derrière le « remède miracle » qui joue sur vos peurs, un vrai business, et 6 signes pour repérer une vidéo faite pour vendre

Faux médecins créés par IA, livres et compléments « miracles » : la désinformation en santé est souvent un business qui joue sur la peur. Alors que l’Observatoire de la désinformation en santé vient d’être lancé, voici ce que révèlent l’enquête du ministère et le rapport d’experts, et 6 signes qui trahissent une vidéo faite pour vendre.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Une femme d’une cinquantaine d’années, assise le soir à la table de sa cuisine, regarde son smartphone d’un air préoccupé ; devant elle, un carton de livraison ouvert, deux flacons ambrés de gélules sans étiquette, une tasse et ses lunettes.
Le soir, dans une cuisine, une femme fixe son téléphone, deux flacons de gélules et un colis à peine ouvert devant elle. C’est le parcours que visent les vendeurs de « remèdes miracles » : une vidéo qui inquiète, un clic, puis une commande.

Un spécialiste de l’arthrose, en blouse, dans son bureau d’hôpital, vante « une formule maison simple » qui réveillerait la régénération des articulations « sans injection, sans bistouri ». La vidéo circule sur les réseaux sociaux. Ce n’est pourtant pas le Pr Francis Berenbaum qui parle, mais un deepfake, une vidéo fabriquée par intelligence artificielle, qui renvoie vers un prétendu remède miracle. [1] Ce type de contenu est dans le viseur de l’Observatoire de la désinformation en santé, installé le 21 octobre par le ministère de la Santé. [2] Le rapport d’experts qui en recommandait la création le dit sans détour : derrière la désinformation en santé, « l’appât du gain est central ». [3]

Désinformation en santé : comment la peur devient un produit

À l’origine des fausses informations médicales, on trouve rarement des personnes convaincues par ces théories, mais souvent des escrocs, à qui ce business rapporte beaucoup d’argent, résume une enquête de franceinfo publiée le 26 octobre. [1] Le Pr Berenbaum n’est pas le seul visage emprunté : l’infectiologue Renaud Piarroux et Serge Hercberg, le père du Nutri-Score, ont eux aussi été victimes d’usurpation d’identité. Ces vidéos se terminent par la même consigne : « Cliquez sur le bouton tant que la vidéo est encore disponible et découvrez la vérité. » Le bouton mène à un produit à acheter.

La peur se vend aussi en librairie. Un livre vantant, sans fondement scientifique étayé, le bleu de méthylène contre le cancer, la dépression et les maladies du cerveau s’est vendu à plus de 23 000 exemplaires, selon franceinfo. Pendant le Covid, des livres complotistes ont généré des centaines de milliers d’euros de recettes. [1] Et certains contenus ne vendent rien en apparence, mais rapportent par les vues. « Quand on a des acteurs qui industrialisent ce contenu-là, c’est extrêmement rapide et rentable », explique Adel Mebarki, cofondateur de Foresight Data agency, une start-up qui étudie la désinformation sur les réseaux sociaux. « En fait, c’est un modèle économique. » [1]

Le rapport remis le 12 janvier 2026 au ministre de la Santé par le pharmacologue Mathieu Molimard, l’épidémiologiste Dominique Costagliola et le Dr Hervé Maisonneuve détaille les sources de revenus de ce marché : [3]

  • la vente de produits, de compléments divers ou de pseudo-thérapies ;
  • les formations et les consultations payantes ;
  • la vente de livres et les appels aux dons ;
  • la monétisation des vidéos, les revenus publicitaires et l’influence rémunérée.
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Le même rapport décrit un ressort que les deepfakes exploitent à fond : l’« effet blouse blanche ». Un titre prestigieux, réel ou usurpé, donne une crédibilité artificiellement élevée à des traitements non validés, « le plus souvent adossés à un modèle économique ». [3] Pourquoi la santé plutôt qu’un autre sujet ? « On a beaucoup plus de chances que les gens relaient votre désinformation parce que ça touche à vos émotions, à vos peurs », répond Mathieu Molimard. [1] Cures détox censées guérir le cancer, produits miracles contre Alzheimer, danger supposé des vaccins : les thèmes choisis sont ceux qui inquiètent le plus.

Un terrain favorable : 64 % des Français prêtent parfois plus d’efficacité au « naturel »

L’enquête menée pour le ministère par Toluna Harris Interactive auprès de 2 061 personnes de 15 ans et plus, en mars 2026, montre que ce discours tombe sur un terrain réceptif. 91 % des Français disent avoir déjà été exposés à des informations de santé fausses ou trompeuses. [4] Surtout, 64 % sont d’accord avec l’idée que « des traitements dits naturels sont parfois plus efficaces que les médicaments », et 54 % pensent que certaines médecines non conventionnelles peuvent remplacer les traitements classiques « avec la même efficacité ». Dans le même temps, 83 % savent que tous les traitements, « y compris naturels », peuvent avoir des effets secondaires. [4]

C’est dans cet écart que s’installe le discours commercial : le produit présenté comme naturel paraît à la fois plus doux et plus efficace que l’ordonnance. Les conséquences sont mesurables. À la suite d’une information fausse ou trompeuse, 35 % des Français ont déjà testé un autre traitement ou une solution alternative avant de consulter, 34 % ont retardé une consultation et 32 % ont modifié, interrompu ou arrêté un traitement prescrit. [4] Le rapport de janvier situe précisément le danger : ces pratiques dites alternatives « deviennent dangereuses lorsqu’elles font interrompre des traitements en cours ». [3]

Infographie en trois parties : 64 % des Français pensent que des traitements dits naturels sont parfois plus efficaces que les médicaments et 54 % que des médecines non conventionnelles peuvent remplacer les traitements, alors que 83 % savent que tout traitement peut avoir des effets secondaires ; après une fausse information, 35 % ont testé une solution alternative avant de consulter, 35 % remis en cause l’avis d’un soignant, 34 % retardé une consultation, 32 % modifié ou arrêté un traitement ; confiance de 90 % dans le pharmacien contre 11 % dans les influenceurs.
Idées reçues sur le « naturel », comportements après une fausse information et confiance accordée au pharmacien et aux influenceurs. Infographie : Medilax, d’après l’enquête Toluna Harris Interactive pour le ministère de la Santé (mars 2026).

Un chiffre explique aussi pourquoi les faussaires empruntent le visage de médecins. Les Français font confiance à 90 % à leur pharmacien et à 92 % à leur médecin traitant pour s’informer sur la santé, mais à seulement 11 % aux influenceurs. [4] La confiance accordée au pharmacien est donc environ 8 fois plus répandue (calcul de la rédaction). Pour vendre, la désinformation doit se déguiser en soignant.

6 signes qu’une vidéo santé cherche d’abord à vous vendre quelque chose

Les contenus décrits par l’enquête de franceinfo et par le rapport d’experts partagent des ficelles communes. Un seul de ces signes ne suffit pas à conclure, mais quand plusieurs s’additionnent, la vidéo vise votre portefeuille plus que votre santé.

  1. Un médecin connu qui recommande un produit à acheter. Les vidéos des Pr Berenbaum et Piarroux et de Serge Hercberg étaient fausses. [1] Avant d’y croire, cherchez la même prise de parole sur les canaux officiels du médecin ou de son hôpital.
  2. La promesse de remplacer un traitement ou une opération. La fausse vidéo sur l’arthrose assurait que la formule « fonctionne aussi efficacement qu’une opération de remplacement d’articulation ». [1] Depuis la loi du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale, un influenceur rémunéré n’a plus le droit de promouvoir une méthode non thérapeutique présentée comme « comparable, préférable ou substituable » à un traitement. [3]
  3. Une urgence fabriquée. « Tant que la vidéo est encore disponible » : la pression du temps sert à faire cliquer avant de prendre le temps de vérifier.
  4. « La vérité » qu’on vous cacherait. L’invitation à « découvrir la vérité » installe l’idée d’un secret gardé par les médecins ou les autorités, que seul le vendeur révélerait.
  5. Un passage obligé par la caisse. Lien d’achat, code promo, livre, formation, consultation payante ou appel aux dons : ce sont précisément les sources de revenus listées par le rapport. [3]
  6. Une maladie qui fait peur comme point de départ. Cancer, Alzheimer, effets des vaccins : plus le sujet inquiète, plus la vidéo est partagée, comme l’explique Mathieu Molimard. [1]
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Le ministère rappelle quatre réflexes simples : vérifier ses sources, croiser les informations, privilégier les sources reconnues et demander conseil à un professionnel de santé. [2] Concrètement, le flacon commandé après une vidéo peut se montrer au pharmacien avant la première prise, surtout si vous suivez déjà un traitement. Santé.fr publie aussi un espace « Décryptage » consacré aux fausses informations qui circulent. [2]

Illustration à la gouache : dans une pharmacie lumineuse, une pharmacienne souriante en blouse blanche examine un petit flacon de gélules qu’un homme âgé lui a apporté, pendant qu’il tient son smartphone.
Montrer au pharmacien le produit vu dans une vidéo : 90 % des Français font confiance à leur pharmacien pour s’informer sur la santé, contre 11 % aux influenceurs.

Ce que l’Observatoire de la désinformation en santé va faire, et ce qui lui manque

L’Observatoire doit assurer une mission de veille, d’analyse et d’alerte : publier des baromètres réguliers, mener des travaux de recherche et repérer les phénomènes émergents, sous le contrôle d’un conseil scientifique adossé au Haut Conseil de la santé publique. [2] Il s’appuie sur un dispositif d’« infovigilance » en trois temps. Le ministère, les agences régionales de santé et les opérateurs repèrent les fausses informations, des experts indépendants évaluent leur dangerosité, puis des contenus de décryptage sont diffusés sur Santé.fr et sur les réseaux sociaux, notamment via une chaîne TikTok baptisée « Le Check-Up ». [2] « Nous répondrons en quasi-direct aux posts viraux véhiculant de la désinformation », a promis la ministre Stéphanie Rist. [1]

Les réserves sont venues des experts eux-mêmes. L’Observatoire ne dispose d’aucun budget spécifique, et Mathieu Molimard juge inutile de courir derrière un flux infini de mensonges sans moyens ; les experts réclamaient plutôt une plateforme de signalement pour les soignants et une vraie réponse pénale contre les charlatans, rapporte Génération NT. [5] « Ce n’est pas un crime de désinformer directement », regrette la Pr Suzette Delaloge, présidente de l’Institut du cancer, pour qui « le gros problème, c’est que la loi ne couvre pas ce champ ». Quand un compte est fermé, il suffit à son auteur d’en ouvrir un autre quelques minutes plus tard. [1]

Le rapport de janvier ne réclamait pas pour autant de nouveaux délits. Il recommande d’appliquer « avec rigueur » les textes existants contre le charlatanisme, l’exercice illégal des professions de santé et les dérives sectaires, et rappelle que la DGCCRF, la répression des fraudes, peut déjà agir contre les pratiques commerciales trompeuses sur les produits, les compléments alimentaires et les dispositifs médicaux. [3] Quand une fausse information santé sert à vendre, c’est souvent son volet commercial qui donne prise à la loi.

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Sources et références

[1] franceinfo, Radio France — ENQUETE. « Ça touche à vos émotions, à vos peurs » : le juteux business de la désinformation en matière de santé, 26 octobre 2026
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-choix-franceinfo/ca-touche-a-vos-emotions-a-vos-peurs-le-juteux-business-de-la-desinformation-en-matiere-de-sante_8233162.html

[2] Ministère de la Santé, repris par l’Ordre national des pharmaciens — Le ministère de la Santé déploie de nouveaux outils pour lutter contre la désinformation en santé, 21 octobre 2026
https://www.ordre.pharmacien.fr/les-communications/focus-sur/les-actualites/le-ministere-de-la-sante-deploie-de-nouveaux-outils-pour-lutter-contre-la-desinformation-en-sante
https://sante.gouv.fr/grands-dossiers/observatoire-de-la-desinformation-en-sante/article/l-observatoire-de-la-desinformation-en-sante-433434

[3] Mathieu Molimard, Dominique Costagliola, Hervé Maisonneuve — Information en santé : bilan des forces et des faiblesses, recommandations pour une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé, rapport au ministre de la Santé, remis le 12 janvier 2026 (p. 9, 37, 38, 43, 44 et 46)
https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_information.pdf

[4] Toluna Harris Interactive pour le ministère de la Santé — Les Français et la désinformation en santé, enquête en ligne du 6 au 12 mars 2026 auprès de 2 061 personnes de 15 ans et plus
https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/presentation-toluna-les_francais-et-la-desinformation-en-sante.pdf

[5] Génération NT — La désinformation médicale tue à petit feu, et l’État pense régler le problème sur TikTok, 25 octobre 2026
https://www.generation-nt.com/actualites/desinformation-medicale-etat-tiktok-2083272

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