Vous sortez votre poêle pour préparer le dîner, et l’actualité sur les « polluants éternels » vous fait regarder son revêtement autrement. Faut-il la remplacer ? Avant de décider, deux questions méritent d’être séparées : ce qui se passe pendant la cuisson chez vous, et ce qu’implique la fabrication de ce revêtement, puis sa fin de vie.
Le 8 octobre 2026, Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth ont adressé une mise en demeure au groupe SEB. Annoncée le lendemain, leur démarche demande de mieux identifier les risques liés aux PFAS et de planifier l’arrêt de leur utilisation. Elle vise la responsabilité de l’entreprise sur toute sa chaîne de valeur, pas une consigne de jeter le contenu de vos placards. [1]
Trois mois pour une stratégie, pas pour vider votre cuisine
Les associations donnent trois mois à SEB pour publier une stratégie couvrant les risques liés au PTFE et aux autres PFAS utilisés dans ses activités et celles de ses fournisseurs. Elles demandent aussi de planifier leur abandon et la reconversion des emplois concernés.
Un plan de vigilance doit expliquer comment une grande entreprise repère et prévient les risques liés à ses activités pour la santé, l’environnement et les droits humains. Les associations jugent celui de SEB insuffisant sur les PFAS. À défaut de mise à jour, elles se réservent la possibilité de saisir le tribunal judiciaire de Paris. Il ne s’agit pas d’une interdiction des poêles prononcée par un juge, ni d’un délai de trois mois pour cesser toutes les cuissons antiadhésives. [1]
Pour vous, l’information nouvelle porte donc d’abord sur une demande adressée au fabricant. Elle invite à regarder au-delà du seul produit fini : quelles substances entrent dans sa fabrication, quels risques sont pris en compte et quelles alternatives sont proposées ?

PTFE, PFAS : que contient le revêtement antiadhésif ?
Le PTFE, ou polytétrafluoroéthylène, est un polymère : une grande molécule formée par la répétition de petites unités. Il appartient à la famille des PFAS. Tefal le dit explicitement sur sa page consacrée à ses revêtements antiadhésifs. La marque affirme que le PTFE convient au contact alimentaire et ne présente pas de risque pour la sécurité lors d’un usage normal conforme aux instructions. C’est la position du fabricant. [2]
Le sigle PFAS rassemble plusieurs milliers de substances. Elles ont en commun une forte persistance dans l’environnement, mais pas toutes la même toxicité, rappelle l’ANSES. Le PTFE ne doit notamment pas être confondu avec le PFOA ou le PFOS, deux autres substances de cette famille pour lesquelles des dangers sanitaires ont été identifiés. [3]
Ce repère aide à lire une fiche produit. Une indication portant sur une substance précise ne renseigne pas, à elle seule, sur toute la famille des PFAS. Pour savoir ce que vous achetez, cherchez le nom exact du revêtement et les informations sur sa composition, plutôt que de vous arrêter au mot « antiadhésif ».
Pourquoi les associations regardent aussi l’avant et l’après
La discussion ne se limite pas au contact entre la poêle et votre omelette. Les associations pointent des émissions possibles à différentes étapes : production des substances chez les fournisseurs, application du revêtement en usine, utilisation et traitement des produits en fin de vie. Leur demande concerne donc aussi les travailleurs, les riverains et l’environnement. [1]
On peut ainsi défendre l’adaptation d’un matériau au contact alimentaire dans certaines conditions, tout en discuter les conséquences industrielles et environnementales. L’usage domestique et le cycle de vie ne répondent pas à la même question. La position de Tefal sur l’usage normal ne répond pas, à elle seule, à l’ensemble des demandes des associations.
Du côté de l’exposition aux PFAS, l’ANSES décrit plusieurs voies : l’alimentation, l’eau potable, l’air, les poussières ou les sols contaminés. Le risque dépend de la substance, de la quantité et de la manière dont on y est exposé. Changer une poêle ne supprime donc pas toutes ces expositions. L’agence souligne l’importance de limiter les rejets à la source, compte tenu de la persistance de ces substances. [3] [4]
Avant de remplacer votre poêle, retrouvez sa référence
Vous n’avez plus l’emballage ? Regardez les inscriptions sous l’ustensile, puis recherchez la notice correspondant au modèle. La couleur de l’intérieur ne suffit pas à identifier précisément sa composition. Si la fiche reste vague, demandez au fabricant quel est le matériau de la surface en contact avec les aliments et quelles consignes d’utilisation s’appliquent.
La notice est aussi le bon point de départ pour la cuisson et l’entretien : température, ustensiles compatibles et nettoyage peuvent dépendre du modèle. Évitez de transposer les habitudes prises avec un autre matériau sans lire ces indications.
Sur sa page PTFE, Tefal conseille de remplacer l’ustensile si le revêtement est endommagé, et de respecter les instructions d’utilisation. La marque indique également que les rayures peuvent diminuer les propriétés antiadhésives. Cette recommandation d’entretien est distincte de la mise en demeure adressée à SEB. [2]
Inox ou céramique : comparer la surface, pas seulement la promesse
Si vous souhaitez renouveler votre matériel, les alternatives ne sont pas uniquement proposées par des concurrents. Tefal présente elle-même des gammes en céramique et en acier inoxydable. Elle déclare que ses revêtements céramiques ne contiennent pas de PFAS. Là encore, cette information vient du fabricant et concerne les gammes qu’il décrit. [2]
Pour comparer deux références, partez de ce qui touchera réellement vos aliments. Un ustensile peut associer plusieurs matériaux : le nom du métal ne renseigne pas automatiquement sur la présence ou l’absence d’une couche antiadhésive à l’intérieur.

- Inox non revêtu : vérifiez que la surface de cuisson est bien sans revêtement antiadhésif, et lisez ses consignes de cuisson et d’entretien.
- Revêtement céramique : cherchez une information explicite sur les PFAS pour le modèle choisi, sans étendre la déclaration d’une marque à tous les produits.
- Antiadhésif au PTFE : identifiez ce matériau et les conditions d’usage indiquées, au lieu de le confondre avec tous les autres PFAS.
Ajoutez à cette comparaison la compatibilité avec votre plaque, le poids de la poêle, les usages prévus et votre budget. Une alternative n’est pas une garantie générale « sans risque » : choisir un matériau ne dispense pas de l’utiliser correctement.
Garder un choix proportionné à votre situation
La mise en demeure ne demande pas aux particuliers de remplacer immédiatement toutes leurs poêles. Elle demande à SEB de publier une stratégie sur les risques et la sortie des PFAS. De votre côté, vous pouvez identifier le revêtement de votre ustensile, suivre sa notice et comparer précisément les options lorsque son remplacement se pose.
Le plus utile n’est donc pas de faire le tri dans l’urgence, mais de savoir ce que vous utilisez et ce que vous achetez. La question industrielle reste importante même si votre poêle vous rend service : mieux comprendre son revêtement permet de faire un choix concret, sans transformer une démarche associative en alerte personnelle.
Sources et références
- Générations Futures — Mise en demeure du groupe SEB, 9 octobre 2026
https://www.generations-futures.fr/actualites/mise-en-demeure-seb-plan-vigilance-pfas/ - Tefal — Le PTFE : notre matériau antiadhésif (position du fabricant)
https://www.tefal.fr/nousvousdevonslemeilleur/revetement-anti-adhesif-ptfe - ANSES — PFASs: very persistent chemicals
https://www.anses.fr/en/content/pfass-very-persistent-chemicals - ANSES — Understanding more about exposure to PFAS and the associated hazards
https://www.anses.fr/en/content/understanding-more-about-exposure-to-PFAS-and-the-associated-hazards
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