Le risque était connu avant le documentaire. Mais une alerte sanitaire peut rester abstraite tant qu’elle ne répond pas à une question personnelle : « Qu’est-ce que cela change pour le médicament que je prends ? » France Télévisions présente une enquête d’Élise Richard consacrée aux traitements hormonaux, notamment à Androcur. Elle remet au premier plan une histoire qui concerne autant la connaissance des effets indésirables que la façon d’en informer les patientes. [1]
Une enquête annoncée à partir du parcours de sa réalisatrice
Dans sa présentation de Traitements hormonaux : le nouveau scandale sanitaire ?, France Télévisions indique qu’Élise Richard a découvert un méningiome après dix ans de traitement par Androcur. Ce parcours est annoncé comme le point de départ d’une enquête personnelle et journalistique, nourrie de témoignages de femmes et de paroles d’experts. Un débat doit prolonger le documentaire dans Enquête de santé. [1]
La question posée est celle du temps écoulé entre les alertes, les prescriptions et l’information reçue par les personnes traitées. Le titre de l’émission formule une interrogation. Cette annonce n’est pas une nouvelle étude clinique et ne permet pas, à elle seule, d’établir une responsabilité individuelle. Pour comprendre ce qui a changé dans le parcours des patientes, les mesures de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) donnent des repères concrets.
Le méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les enveloppes entourant le cerveau. Il est le plus souvent non cancéreux. Cela ne le rend pas toujours anodin : sa taille et sa localisation peuvent entraîner une pression sur le cerveau ou des nerfs, avec des troubles parfois graves et une chirurgie lourde dans certains cas. [3]
En 2019, l’information sur Androcur devient un rendez-vous annuel
L’ANSM situe à juillet 2019 le renforcement de l’information et de la surveillance pour l’acétate de cyprotérone dosé à 50 ou 100 mg, commercialisé sous le nom Androcur ou en génériques. Les notices destinées aux patients et les documents destinés aux professionnels ont été modifiés. Le cadre ne repose plus seulement sur la lecture d’une notice : il prévoit une fiche d’information et une attestation cosignée chaque année avec le médecin. [2]
Cette attestation porte sur la compréhension des risques et des précautions. Elle s’accompagne d’une réévaluation au moins annuelle de la pertinence du traitement. Autrement dit, la discussion doit aussi porter sur la raison de la prescription, la dose et l’intérêt de poursuivre, pas uniquement sur la présence ou l’absence d’un symptôme.
Les restrictions éclairent l’enjeu. Pour ces dosages, l’ANSM considère notamment défavorable le rapport entre bénéfices et risques dans le traitement de l’acné, de l’hirsutisme modéré — une pilosité excessive — ou pour un usage contraceptif hors autorisation de mise sur le marché. Le traitement ne doit pas être commencé ou doit être arrêté dans ces situations selon le cadre médical. Un méningiome existant ou ancien constitue aussi une contre-indication. [2]
La surveillance par IRM cérébrale fait partie de ce dispositif pour les personnes traitées : examen au début, puis dans les cinq ans, puis tous les deux ans si l’imagerie reste normale et que le traitement continue. Ce calendrier concerne Androcur et ses génériques dans ce cadre précis, pas toutes les pilules ni tous les traitements hormonaux. [2]

En 2026, un courrier arrive directement chez les femmes concernées
Une autre étape de l’information se joue autour du désogestrel, un progestatif utilisé dans certaines pilules contraceptives. Les progestatifs sont des substances agissant comme la progestérone, une hormone. Ils appartiennent à une famille commune, mais les risques associés à leurs différentes molécules ne sont pas identiques.
Pour le désogestrel, l’ANSM retrace plusieurs temps : premiers résultats de l’étude EPI-PHARE et premières recommandations communiqués en décembre 2024, recommandations de bon usage et de suivi en mars 2025, puis information des professionnels en juin 2025. En juillet 2026, l’Agence européenne des médicaments a recommandé d’ajouter le risque de méningiome aux notices et aux documents professionnels des traitements concernés. [3]
La campagne de courrier direct vise environ 1,6 million de femmes ayant eu une prescription remboursée de désogestrel 75 microgrammes dans les douze derniers mois. Les prescripteurs ont aussi reçu un courrier personnalisé début septembre 2026, annonçant l’information de leurs patientes. La sélection repose sur les données de remboursement de l’Assurance maladie : recevoir cette lettre ne signifie pas qu’une tumeur a été détectée. [3]
L’ANSM décrit l’information directe comme un dispositif rare, déjà utilisé pour Androcur, Lutényl et Lutéran. Il vient compléter les communications générales, celles destinées aux professionnels et les échanges en consultation. Le changement tient donc aussi au destinataire : l’information ne doit pas rester uniquement entre institutions et soignants.
Une lettre à discuter, pas une consigne d’arrêt
Le courrier doit pouvoir être compris sans confondre les médicaments. L’ANSM qualifie de très faible le risque de méningiome associé au désogestrel. Elle recommande de ne pas arrêter sa contraception sans avis médical, en raison du risque de grossesse non désirée, et d’en parler lors de la prochaine consultation de routine. Une IRM cérébrale n’est pas recommandée systématiquement dans ce cas. [3]
La consultation permet de relier l’alerte à un parcours précis. L’âge, la durée d’utilisation et les progestatifs pris auparavant comptent dans la réévaluation. Retrouver d’anciennes ordonnances peut ainsi aider à reconstituer cet historique, plutôt que de considérer seulement le médicament actuellement prescrit.

Trois questions peuvent rendre l’échange plus concret :
- Quelle est exactement la molécule de mon traitement et depuis combien de temps l’utilisé-je ?
- Mes traitements antérieurs changent-ils les précautions à prendre ?
- Si un changement est envisagé, quelles modalités et quels effets faut-il discuter pour la méthode proposée ?
Le choix contraceptif doit être réévalué selon les besoins, l’état de santé et les préférences de la patiente. Discuter d’un changement suppose aussi de comprendre comment la méthode envisagée s’utilise et se met en place, pas seulement de remplacer un nom de médicament par un autre. [3]
Les patientes peuvent également déclarer elles-mêmes un effet indésirable suspecté sur le portail national de signalement, sans passer obligatoirement par leur prescripteur. Un professionnel de santé ou une association peut aussi effectuer cette déclaration. L’ANSM propose cette démarche dans son information sur le désogestrel pour contribuer à une meilleure prise en compte des risques liés aux médicaments. [3]
Sources et références
- France Télévisions — Traitements hormonaux : le nouveau scandale sanitaire ?
https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/77722559 - ANSM — Androcur : informations et recommandations d’utilisation et de suivi
https://ansm.sante.fr/dossiers-thematiques/androcur-et-risque-de-meningiome/informations-et-recommandations-dutilisation-et-de-suivi-des-personnes-traitees-par-acetate-de-cyproterone - ANSM — Contraception à base de désogestrel et risque de méningiome : questions-réponses
https://ansm.sante.fr/actualites/contraception-a-base-de-desogestrel-et-risque-de-meningiome-questions-reponses
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