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Pendant sept ans, Hoshi a partagé sa vie avec une femme qui était aussi sa manageuse et sa co-parolière. La relation s’est achevée fin 2024, et c’est après la rupture que la chanteuse dit avoir compris ce qu’elle vivait. « Dans une relation comme ça, on ne se rend pas compte de la différence entre l’amour et l’emprise », confiait-elle, selon des propos rapportés en mai par Europe 1, en indiquant avoir porté plainte contre son ancienne compagne. [3] Celle-ci conteste ses accusations, qu’elle qualifie de « mensongères ». [5]
Son album Bonjour docteur, sorti le 9 octobre, raconte cette période : la trahison, le consentement, et une chanson intitulée Santé mentale, qui détaille ses souffrances psychologiques à la première personne. [2, 11] Dans l’entretien accordé à Closer, elle évoque des pensées intrusives, des TOC, des angoisses et des idées noires survenues après la séparation, alors qu’elle était en tournée dans les Zénith. « Avant, je cachais mes failles. Cette fois, j’ai sollicité amis et famille », dit-elle. [1] Son récit pose une question que se posent beaucoup de lecteurs : à quoi reconnaît-on une emprise quand il n’y a pas de coups ?
Emprise dans le couple : un rapport de domination, pas une dispute
La Haute Autorité de santé (HAS), qui a fixé en 2019 la conduite à tenir des soignants face aux violences conjugales, distingue nettement deux situations. Dans un conflit, les deux partenaires sont à égalité et deux points de vue s’opposent. On parle de violence quand le rapport de force devient asymétrique, avec la volonté de contrôler l’autre et de le maintenir sous emprise, ce que la HAS définit comme une « prise de pouvoir » mentale sur la victime. [8] Ces violences existent dans les couples hétérosexuels comme homosexuels, pendant la relation, au moment de la rupture ou après.
La HAS insiste sur un point qui éclaire le témoignage de Hoshi : « La violence n’a pas d’intensité minimale. » [8] Elle se déroule souvent par cycles. Une phase de tension, provoquée par l’auteur, précède une agression, puis vient la justification, où la victime est rendue responsable, et enfin une accalmie pendant laquelle l’auteur promet que cela ne se reproduira plus. Sans intervention, les accalmies raccourcissent et la violence s’intensifie. C’est ce mouvement de balancier, alternant peur et réconciliation, qui rend la frontière avec l’amour si difficile à voir de l’intérieur.
Les signes que les soignants apprennent à repérer
Pour les médecins, psychiatres et psychologues, le repérage est délicat, car aucun symptôme n’est spécifique des violences conjugales. [8] La HAS liste plutôt un faisceau de signes qui doivent faire penser à une emprise, en particulier lorsqu’ils s’additionnent :
- dans le comportement : une attitude craintive, une perte de confiance et d’estime de soi, une autonomie réduite sans rapport avec le niveau d’études ou la situation sociale, un isolement progressif des proches, des soins repoussés ;
- dans la santé psychique : anxiété, attaques de panique, dépression, idées suicidaires ou tentative de suicide, hypervigilance, sentiment de honte, de culpabilité ou d’humiliation ;
- dans le sommeil et l’alimentation : difficultés à s’endormir, réveils nocturnes, cauchemars, repas irréguliers, anorexie ou boulimie ;
- dans le corps : des consultations répétées pour des plaintes vagues, des douleurs ou une fatigue inexpliquées, une surconsommation d’antalgiques.
L’isolement est souvent le premier signe visible pour l’entourage. Dans le cas de Hoshi, plus personne ne pouvait joindre la chanteuse sans passer par sa compagne, selon le portrait qu’en dresse L’Obs. [4] Les femmes qui appellent le 3919, la ligne nationale d’écoute, décrivent le même mélange : parmi celles qui rapportent des violences dans leur couple, 86 % évoquent des violences psychologiques, 73 % des violences verbales, 52 % des violences physiques, 24 % des violences économiques et 11 % des cyberviolences. [6] Parce que les victimes minimisent souvent ce qu’elles vivent, la HAS recommande aux soignants de poser la question à toutes leurs patientes, même sans signe d’alerte, et rappelle que la révélation peut venir en plusieurs consultations. [8]

Une victime sur trois se confie à un psy, une sur cinq porte plainte
Ce rôle des soignants se mesure dans l’enquête de victimation du ministère de l’Intérieur, qui interroge chaque année environ 200 000 personnes, qu’elles aient porté plainte ou non. En 2023, 376 000 femmes de 18 ans et plus ont déclaré des violences de leur partenaire ou ex-partenaire, et 74 % d’entre elles ont subi des violences verbales ou psychologiques. [6] Ces violences se cumulent : 70 % des victimes en ont subi plusieurs formes, et 74 % décrivent des dommages psychologiques importants.
Vers qui se tournent-elles ? Les trois quarts en parlent à des proches. Viennent ensuite les psychiatres et psychologues, consultés par 33 % des femmes victimes, puis les services sociaux (14 %), les associations d’aide aux victimes (9 %) et les numéros d’écoute gratuits (5 %). [6] Seules 19 % ont porté plainte. Selon nos calculs, près de deux fois plus de victimes se confient à un psy qu’à la police. Le cabinet du psychiatre ou du psychologue est donc, bien souvent, la première porte professionnelle poussée par ces femmes, ce qui donne tout son poids à la question posée en consultation.

La plainte reste rare quand la violence ne laisse pas de traces. Parmi les femmes victimes de violences verbales ou psychologiques dans leur couple, 20 % ont porté plainte, soit quatre sur cinq qui ne l’ont pas fait, contre 30 % de plaintes chez les victimes de violences physiques. [6] Celles qui ne sont pas allées au commissariat expliquent avoir pensé que cela ne servirait à rien (19 %) ou que ce n’était « pas assez grave » (18 %). Et 19 % n’en ont parlé à personne. L’édition 2025 de la même enquête, publiée le 29 octobre, confirme ce silence pour le harcèlement moral en général, tous contextes confondus : 1,7 million de victimes en 2024, dont 6 % seulement ont porté plainte. [7]
Quand le harcèlement d’un partenaire mène aux idées suicidaires, la loi prévoit 10 ans de prison
Les idées noires dont parle Hoshi renvoient à un risque que la loi française nomme depuis 2020. Le harcèlement de son conjoint, partenaire de Pacs ou concubin, par des propos ou comportements répétés qui dégradent sa santé physique ou mentale, est un délit depuis 2010, puni de 3 ans de prison et 45 000 € d’amende, y compris lorsqu’il vient d’un ex-partenaire. [6, 9] Depuis la loi du 30 juillet 2020, quand ce harcèlement a conduit la victime à se suicider ou à tenter de le faire, la peine monte à 10 ans de prison et 150 000 € d’amende. [6]
La police et la gendarmerie ont enregistré 1 049 victimes de ces « suicides forcés » en 2024, contre 696 en 2021, soit une hausse de 51 % en trois ans selon nos calculs. [6] L’Observatoire national des violences faites aux femmes l’attribue en partie à une meilleure connaissance de l’infraction par les enquêteurs. 906 de ces victimes étaient des femmes, plus de 17 par semaine. La France reste, selon l’Observatoire, le seul pays européen à s’être doté d’un tel outil pour rechercher la responsabilité de l’auteur.
Une autre notion, le contrôle coercitif, décrit justement cette accumulation d’actes qui isolent, surveillent et privent la victime de son autonomie. Elle n’est pas encore inscrite dans le Code pénal. La proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexuelles et sexistes, qui l’intègre, a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 13 octobre, par 503 voix pour et aucune contre, et doit encore être examinée par le Sénat. [10]
3919, plainte, 3114 : les recours à connaître
Le 3919, Violences Femmes Info, est gratuit, anonyme et joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en plus de 200 langues. Il s’adresse aux victimes, à leur entourage et aux professionnels qui les accompagnent, et a pris en charge 100 448 appels en 2024. [6] La plainte se dépose dans n’importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie. Un signalement en ligne est aussi possible : 11 % des femmes victimes de violences dans leur couple l’ont utilisé, et 63 % des victimes qui sont passées par ce signalement ont ensuite porté plainte. [6]
En cas de danger immédiat, il faut appeler le 17, ou envoyer un SMS au 114 quand parler est impossible. Pour des idées suicidaires, chez soi ou chez un proche, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond lui aussi jour et nuit, gratuitement. Le secret médical, enfin, n’empêche pas d’agir : un médecin peut signaler au procureur de la République des violences qui mettent la vie d’une patiente en danger immédiat lorsque l’emprise l’empêche de se protéger, en s’efforçant d’obtenir son accord et, à défaut, en l’informant du signalement. [8]
Sources et références
[1] Closer — Hoshi a eu des « idées noires » après sa relation toxique, 30 octobre 2026
https://www.closermag.fr/people/hoshi-a-eu-des-idees-noires-apres-sa-relation-toxique-sapprocher-dune-fenetre-et-se-dire-et-si-je-sautais-3666312
[2] franceinfo — La chanteuse Hoshi dévoile sa santé mentale, 1er novembre 2026
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/ces-chansons-qui-font-l-actu/la-chanteuse-hoshi-devoile-sa-sante-mentale_8221669.html
[3] Europe 1 — « Dans une relation comme ça, on ne se rend pas compte de la différence entre l’amour et l’emprise » : Hoshi revient sur sa rupture douloureuse avec son ancienne manageuse, 12 mai 2026
https://www.europe1.fr/culture/dans-une-relation-comme-ca-on-ne-se-rend-pas-compte-de-la-difference-entre-lamour-et-lemprise-hoshi-revient-sur-sa-rupture-douloureuse-avec-son-ancienne-manageuse-934022
[4] L’Obs — Hoshi raconte le calvaire de l’emprise : « J’ai vécu l’inadmissible », 10 octobre 2026
https://www.nouvelobs.com/musique/20261010.OBS119079/hoshi-raconte-le-calvaire-de-l-emprise-j-ai-vecu-l-inadmissible.html
[5] RTL — « Mensonger » et « scandaleux » : après les accusations de la chanteuse Hoshi, son ex-compagne répond sur Instagram, 5 novembre 2025
https://www.rtl.fr/culture/medias-people/mensonger-et-scandaleux-apres-les-accusations-de-la-chanteuse-hoshi-son-ex-compagne-gia-martinelli-repond-sur-instagram-7900562580
[6] Observatoire national des violences faites aux femmes (Miprof) — Les violences sexistes et sexuelles en France en 2024, lettre n°25, novembre 2025 (enquête VRS du SSMSI, victimes enregistrées, rapport annuel du 3919)
https://arretonslesviolences.gouv.fr/sites/default/files/2025-12/Lettre%20violences%20sexistes%20et%20sexuelles%20en%202024_novembre%202025_ONVFF_VF.pdf
[7] SSMSI — Vécu et ressenti en matière de sécurité, victimation, délinquance et sentiment d’insécurité, rapport d’enquête, édition 2025, 29 octobre 2026
https://statistiques.interieur.gouv.fr/ssmsi/publications/vecu-et-ressenti-en-matiere-de-securite-victimation-delinquance-et-sentiment-0
[8] Haute Autorité de santé — Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple, recommandations, juin 2019, mise à jour décembre 2020
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2019-09/170919_reperage_des_femmes_victimes_de_violences_au_sein_du_couple_texte_recommandations.pdf
[9] Service-public.fr — Harcèlement moral
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2354
[10] Assemblée nationale — Scrutin public n°8705 sur la proposition de loi apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants (première lecture), 13 octobre 2026
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/8705
[11] 20 Minutes — « C’est comme la fin d’une thérapie »… Avec l’album « Bonjour docteur », Hoshi tourne la page d’une relation toxique, 9 octobre 2026
https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/musique/4252199-20261009-comme-fin-therapie-album-bonjour-docteur-hoshi-tourne-page-relation-toxique
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