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Vous mangez moins sous GLP-1 : l’alerte carences de l’ANSM rappelle pourquoi le suivi ne s’arrête pas à la balance

Le rapport de l’ANSM publié le 7 octobre 2026 décrit huit cas nutritionnels non graves. Portions plus petites, protéines, diversité alimentaire et force musculaire : pourquoi la perte de poids ne suffit pas à apprécier l’état nutritionnel sous GLP-1.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Échange autour de l’alimentation dans une consultation, avec une boîte de médicament et des aliments variés sur la table.

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Sous GLP-1, avoir moins faim peut être un effet recherché du traitement. Mais comment savoir si l’on mange moins tout en couvrant encore ses besoins ? Le troisième rapport de pharmacovigilance publié par l’ANSM le 7 octobre 2026 remet cette question au premier plan en signalant à nouveau des carences nutritionnelles et une malnutrition. Pour le suivi, l’enjeu est de ne pas laisser le chiffre sur la balance masquer ce qui se passe dans l’assiette. [1]

Huit cas non graves, mais un sujet à prendre au sérieux

Les données françaises portent sur les déclarations reçues du 1er février 2025 au 31 janvier 2026, et non sur les seuls jours qui ont précédé la publication. Le résumé recense huit cas non graves dans le volet carences : six carences en micronutriments, un cas de carence protéique et un cas de malnutrition. Le fer et les vitamines B12 et D figurent parmi les micronutriments concernés. Le rapport complet précise que ces cas sont peu documentés. [2, 3]

Les micronutriments sont les vitamines et les minéraux dont l’organisme a besoin en petites quantités. Les protéines répondent à d’autres besoins, notamment ceux des muscles. Une carence particulière et une alimentation globalement insuffisante ne se confondent donc pas. Les regrouper dans la surveillance permet d’attirer l’attention sur plusieurs dimensions de l’état nutritionnel, pas de leur attribuer une cause unique.

Huit notifications ne donnent pas la fréquence du risque chez les patients traités. Ce recueil de pharmacovigilance n’est pas une étude dans laquelle l’alimentation et les bilans de toutes les personnes sous traitement auraient été suivis de la même façon. Il ne permet pas non plus de classer les médicaments selon leur risque de carence. L’ANSM maintient un rapport bénéfice-risque favorable lorsque ces traitements sont utilisés conformément aux recommandations. [1–3]

Huit cas non graves notifiés en France : six carences en micronutriments, une carence protéique et un cas de malnutrition. Aucun cas de sarcopénie notifié, ce qui ne prouve pas l’absence de risque.
Déclarations françaises du 1er février 2025 au 31 janvier 2026, publiées le 7 octobre 2026. Ces notifications ne mesurent pas la fréquence des carences chez les personnes traitées. Sources [2, 3].

Manger moins et être dénutri ne sont pas la même chose

Pour le traitement de l’obésité chez l’adulte, le document destiné aux patients du Groupe de concertation et de coordination des centres spécialisés de l’obésité (GCC-CSO) explique que ces médicaments renforcent les signaux de rassasiement et réduisent la sensation de faim. Il devient plus facile de manger de plus petits volumes. Le traitement ne remplace toutefois ni une alimentation adaptée ni l’activité physique. Wegovy (sémaglutide) et Mounjaro (tirzépatide, qui agit sur les récepteurs du GLP-1 et du GIP) font partie des médicaments concernés par le rapport ANSM. [1, 2, 4]

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La question n’est donc pas de revenir mécaniquement aux portions d’avant. Elle est de vérifier ce que les portions plus petites apportent encore. La perte de poids n’est pas, à elle seule, un diagnostic de dénutrition : celle-ci correspond à une insuffisance nutritionnelle qui affecte l’organisme et demande une évaluation. À l’inverse, un poids encore élevé ne dispense pas d’examiner les apports et la fonction musculaire. Le référentiel des spécialistes prévoit précisément une vigilance face à l’association d’une obésité et d’une atteinte musculaire. [5]

Ce déplacement du regard compte : « le poids baisse » et « je parviens à m’alimenter suffisamment » sont deux informations différentes. Une satiété plus précoce peut accompagner le traitement. Une réduction drastique des repas ou une incapacité à manger doit, elle, être signalée au prescripteur. Le document patient prévoit qu’une perte de poids trop rapide ou une alimentation devenue insuffisante puisse conduire le médecin à discuter une adaptation du traitement. Ce n’est pas une modification à décider seul. [4]

Des portions plus petites : préserver la diversité et les protéines

Une assiette réduite ne devient pas automatiquement une assiette mieux équilibrée. Le référentiel du GCC-CSO souligne que la baisse des apports sous traitement peut laisser persister une qualité nutritionnelle insuffisante, avec certains groupes d’aliments trop peu consommés. L’accompagnement sert à repérer ces déséquilibres, plutôt qu’à ajouter une restriction supplémentaire à un appétit déjà diminué. [5]

Le document patient insiste sur une alimentation variée, riche en nutriments, et sur un apport suffisant en protéines. Il cite notamment les viandes, poissons, œufs, laitages et légumineuses comme sources de protéines, ainsi que les fruits, légumes et céréales complètes dans la diversité alimentaire, selon la tolérance digestive. Les protéines ne remplacent pas tous les autres nutriments : les privilégier ne signifie pas réduire les repas à un seul type d’aliment. [4]

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Quand le volume d’un repas devient difficile à tolérer, ce même document propose, si nécessaire, le fractionnement : répartir une partie du repas à un autre moment plutôt que la supprimer. Il s’agit d’une piste à discuter avec le professionnel de la nutrition, pas d’un menu universel. Les besoins, les habitudes, les autres maladies et ce que la personne supporte réellement orientent les adaptations.

Illustration d’aliments variés disposés sur une table : légumineuses, œufs, yaourt, pain, fruits et légumes.
Des exemples de diversité alimentaire, pas un menu ni des quantités à suivre. Les apports adaptés à chaque personne se définissent avec le professionnel de la nutrition.

Le rôle du diététicien ou du médecin nutritionniste n’est pas seulement d’expliquer quels aliments contiennent des protéines. Il peut apprécier les apports énergétiques et protéiques, identifier ce qui manque, et construire des adaptations compatibles avec le quotidien. Le référentiel recommande cette évaluation plus étroite chez les personnes exposées aux risques liés à la perte musculaire. Les quantités adaptées et l’éventuel recours à des compléments relèvent de cet accompagnement. [5]

Ce qu’il est utile de raconter en consultation, au-delà des kilos

Pour comprendre la situation, le soignant a besoin de savoir comment l’alimentation a changé et depuis quand. Dire « je mange moins » peut désigner des portions un peu réduites, plusieurs repas supprimés ou quelques bouchées sur toute la journée. Ces situations n’appellent pas la même réponse. Quelques observations concrètes permettent de rendre cet échange plus précis :

  • Les repas réellement pris : les moments où vous mangez, les aliments qui restent possibles et ceux que vous avez presque cessé de consommer.
  • Les difficultés qui limitent les apports : un rassasiement très rapide, des nausées persistantes ou un inconfort qui conduit à éviter de manger.
  • L’évolution dans le temps : quand la baisse d’appétit est apparue, comment elle se prolonge et comment le poids évolue en parallèle.
  • La force dans la vie quotidienne : une difficulté nouvelle à vous relever d’une chaise ou à accomplir un effort habituel mérite d’être mentionnée.

Cette dernière information est importante parce que le référentiel identifie la diminution de la force musculaire parmi les signes d’alerte nutritionnelle. Il recommande une évaluation initiale et un suivi de cette force, notamment chez les personnes de plus de 70 ans et fragiles ou ayant une obésité sarcopénique. Il cite le test du lever de chaise et la mesure de la force de préhension, c’est-à-dire la force avec laquelle on serre la main sur un appareil. Il ne s’agit pas de poser soi-même un diagnostic à partir d’un geste difficile. [5]

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Aucun cas de sarcopénie notifié ne signifie pas aucun risque musculaire

Le résumé ANSM indique qu’aucun cas de sarcopénie n’a été notifié dans ce volet français sur la période étudiée. Cette absence de déclaration doit rester distincte des huit cas nutritionnels. Elle ne démontre pas que le risque musculaire n’existe pas. Le rapport rappelle qu’une baisse de masse maigre ne suffit pas à diagnostiquer une sarcopénie en l’absence d’altération fonctionnelle : il faut aussi s’intéresser à ce que les muscles permettent de faire, pas simplement aux kilos perdus. [2, 3]

Le référentiel des spécialistes demande justement de ne pas se focaliser uniquement sur la balance, mais aussi sur la préservation du capital musculaire. Il associe des apports protéiques suffisants à une activité physique adaptée, comprenant du renforcement musculaire, avec un accompagnement renforcé dans les situations à risque. Cette prévention est une recommandation de suivi, pas la preuve que les huit déclarations de carence cacheraient huit cas de sarcopénie. [5]

Un bilan ou des compléments : une décision liée à la situation

Faut-il prendre du fer ou des vitamines dès le début d’un GLP-1 ? Le rapport de pharmacovigilance ne prescrit pas une supplémentation identique à tout le monde. Le référentiel distingue les personnes à risque micronutritionnel élevé, pour lesquelles il propose un dépistage biologique avant le traitement et une supplémentation encadrée, des situations qui apparaissent au cours du suivi. Ces propositions sont présentées comme des avis d’experts. [5]

Après l’introduction du traitement, une baisse très importante des apports, des troubles digestifs sévères ou des signes évocateurs de carence peuvent justifier des examens et une prise en charge ciblée. Le choix des dosages et des produits dépend du contexte clinique. Une fatigue, par exemple, ne suffit pas à choisir soi-même le nutriment supposé manquant. Apportez aussi la liste des compléments déjà utilisés, pour que le professionnel puisse les intégrer à l’évaluation.

Un bilan sanguin sans anomalie ne ferme pas nécessairement la question nutritionnelle. Lorsque l’alimentation reste très réduite ou que la perte de poids demeure préoccupante malgré ce bilan, le référentiel recommande une orientation vers un expert en nutrition. L’évaluation de ce que la personne mange et de sa fonction musculaire apporte alors des informations que la prise de sang, à elle seule, ne fournit pas. [5]

Sources et références

[1] ANSM — 3e rapport de pharmacovigilance sur les aGLP-1 : persistance du mésusage associé à des complications graves et mise en évidence du risque d’interactions médicamenteuses, 7 octobre 2026
https://ansm.sante.fr/actualites/3-rapport-de-pharmacovigilance-sur-les-aglp-1-persistance-du-mesusage-associe-a-des-complications-graves-et-mise-en-evidence-du-risque-dinteractions-medicamenteuses

[2] ANSM / CRPV de Montpellier — Résumé du rapport d’enquête nationale de pharmacovigilance sur les agonistes du récepteur du GLP-1, rapport n° 3 ; période du 1er février 2025 au 31 janvier 2026
https://ansm.sante.fr/uploads/2026/10/07/20261001-resume-enquete-pv-analogues-glp-1.pdf

[3] ANSM / CRPV de Montpellier — Rapport d’enquête nationale de pharmacovigilance n° 3, sections 6.4 et synthèse des carences
https://ansm.sante.fr/uploads/2026/10/07/20260630-rapport-3-enquete-pv-analogues-glp-1.pdf

[4] GCC-CSO — Document d’information sur les traitements médicamenteux de l’obésité à remettre au patient
https://www.obesitefrance.fr/image/7315/4021?size=!800,800&region=full&format=pdf&download=1&crop=centre&realWidth=1240&realHeight=1754&force-inline

[5] Aron-Wisnewsky J. et al. / GCC-CSO — Prise de position sur les traitements médicamenteux de l’obésité chez l’adulte et leur accompagnement en pratique, Médecine des maladies Métaboliques, 2025 ; partie VI sur les risques nutritionnels
https://www.obesitefrance.fr/image/7315/4020?size=!800,800&region=full&format=pdf&download=1&crop=centre&realWidth=1240&realHeight=1654&force-inline

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