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Un deuxième avis médical annoncé pour certains arrêts longs : que devient le rôle du médecin qui vous suit ?

Le budget 2027 annonce une expérimentation de deuxième avis sur certains arrêts longs. Elle ne doit pas être confondue avec la préreprise déjà existante, ni effacer les rôles distincts des trois médecins du parcours.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Un adulte présente un dossier à une médecin attentive dans un cabinet, avec une seconde chaise au second plan.

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Un arrêt qui se prolonge ne pose pas seulement la question de sa prochaine échéance. Il peut aussi devenir difficile de relier les soins, les démarches auprès de l’Assurance maladie et les conditions d’un retour au poste. C’est dans ce contexte que le gouvernement annonce, dans le dossier du budget 2027, l’expérimentation d’un deuxième avis médical sur certains arrêts longs. Le mot « certains » compte : l’annonce ne crée pas un examen supplémentaire déjà obligatoire pour tous. [1]

Faut-il comprendre qu’un autre médecin va désormais remplacer celui qui vous suit ? Le dossier ne décrit pas un tel remplacement. Il associe ce deuxième regard à une meilleure coordination entre médecin traitant, médecin du travail et médecin de l’Assurance maladie. Pour comprendre ce qui pourrait changer, il faut d’abord distinguer une expertise supplémentaire de ce que ces professionnels font déjà.

Un deuxième regard annoncé, pas un nouveau passage obligé

Le gouvernement place l’expérimentation dans une stratégie mêlant prévention, prescription, contrôle et retour au travail. Il présente aussi un objectif d’un milliard d’euros d’économies sur les indemnités journalières en 2027, confié à une réflexion avec les partenaires sociaux. Cet objectif budgétaire n’est ni un résultat obtenu ni la mesure de l’utilité médicale du deuxième avis. [1]

Le dossier dit vouloir mieux accompagner les situations qui le nécessitent. En revanche, les passages qui annoncent l’expérimentation ne précisent pas les critères de sélection des arrêts, la qualification du médecin sollicité, la façon de le saisir ou les suites d’un désaccord. On ne peut donc pas en tirer une durée à partir de laquelle vous seriez automatiquement convoqué, ni une nouvelle démarche que chaque personne en arrêt devrait entreprendre.

Cette absence de modalités laisse une question importante ouverte : que viendrait éclairer ce deuxième avis ? La justification médicale de la poursuite de l’arrêt, une difficulté de prise en charge et les obstacles au retour ne sont pas exactement le même problème. Préciser la question posée au médecin sera aussi important que désigner ce médecin. Un avis de plus n’a de sens pour la personne concernée que si elle comprend à quoi il sert et ce qui se passe ensuite.

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Trois médecins, trois questions différentes

Le médecin traitant reste l’interlocuteur des soins et de leur suivi. Le médecin du travail examine la relation entre votre santé et les exigences de votre poste. Le médecin conseil intervient pour l’Assurance maladie. Les réunir dans un parcours ne rend pas leurs missions interchangeables. Le budget 2027 veut renforcer leur coordination pour identifier les risques de désinsertion professionnelle, c’est-à-dire le risque de s’éloigner durablement de l’emploi du fait de problèmes de santé. [1]

InterlocuteurCe qu’il apporte dans les démarches décrites
Médecin traitantLe suivi médical et, selon la situation, la prescription de l’arrêt. Il peut demander une visite de préreprise.
Médecin du travailL’examen des contraintes du poste et des adaptations possibles. Il réalise la visite de préreprise.
Médecin conseil de l’Assurance maladieIl peut demander une préreprise et donne notamment un avis sur la compatibilité de certaines actions d’accompagnement avec la durée prévisionnelle de l’arrêt.

Ces rôles apparaissent déjà dans les dispositifs présentés par le ministère du Travail. [2][3] Le problème n’est donc pas de multiplier indistinctement les consultations, mais de faire circuler la question pertinente vers le bon interlocuteur. Un suivi médical peut expliquer pourquoi le travail doit rester interrompu ; l’examen du poste peut mettre au jour ce qu’il faudrait changer pour envisager un retour.

Le deuxième avis sur certains arrêts longs est une expérimentation annoncée aux modalités à préciser ; la préreprise est une visite existante, non obligatoire, pour préparer les adaptations du poste.
Le deuxième avis annoncé et la visite de préreprise existante répondent à des questions différentes. Repères : dossier du budget 2027 et ministère du Travail. [1][3]

La coordination est particulièrement importante quand la difficulté n’est pas seulement de fixer une date. Adapter des tâches, envisager un reclassement ou organiser une formation demande d’autres décisions que poursuivre les soins. L’annonce du deuxième avis ne permet pas, à elle seule, de savoir comment ces décisions seront reliées au suivi actuel.

Une visite de préreprise peut déjà préparer le retour pendant l’arrêt

Le deuxième avis expérimental ne doit pas être confondu avec la visite de préreprise, qui existe déjà et n’est pas obligatoire. Pour les salariés en arrêt de plus de trente jours, elle peut être demandée pendant l’arrêt par le salarié lui-même, le médecin traitant, le médecin du travail ou le médecin conseil. Le rendez-vous se déroule avec le médecin du travail. [3]

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Il sert à anticiper les conditions du retour. Le médecin peut recommander des aménagements ou des adaptations du poste, des préconisations de reclassement ou des formations en vue d’une réorientation professionnelle. Ce sont des possibilités examinées selon la situation, pas une promesse qu’un poste adapté sera immédiatement disponible.

Ce rendez-vous répond ainsi à une question concrète : quelles exigences du travail risquent de rester difficiles, et quelles solutions peut-on préparer ? Il ne demande pas de confondre « préparer un retour » et « reprendre aujourd’hui ». Son intérêt est précisément de permettre cette discussion alors que l’arrêt est encore en cours.

Illustration d’un adulte et d’un professionnel de santé au travail observant un bureau et une chaise réglables.
La préreprise permet d’examiner les adaptations possibles du poste pendant que l’arrêt est encore en cours. [3]

La visite de reprise se situe à un autre moment. Pour une maladie ou un accident non professionnel, elle est obligatoire après une absence d’au moins soixante jours. L’employeur sollicite le service de prévention et de santé au travail pour l’organiser le jour de la reprise effective ou dans les huit jours qui suivent. Le médecin du travail vérifie notamment la compatibilité du poste avec l’état de santé et peut préconiser des adaptations. [3]

Prescription, liaison avec l’employeur et accompagnement : des repères déjà applicables

Les plafonds de prescription constituent encore une autre règle. Depuis le 1er septembre 2026, le ministère du Travail indique une limite de trente et un jours pour une première prescription et de soixante-deux jours pour une prolongation, avec une dérogation médicale possible si une durée plus longue est justifiée sur la prescription. Ces plafonds ne sont pas les critères annoncés du futur deuxième avis et ne désignent pas la durée totale d’indemnisation d’une personne. [2]

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Pendant un arrêt de plus de trente jours, un rendez-vous de liaison peut aussi être organisé entre le salarié et l’employeur, avec la participation du service de prévention et de santé au travail selon le besoin. Son objet est d’informer sur la préreprise, les aménagements et les actions de prévention de la désinsertion professionnelle. Le salarié peut refuser de s’y rendre sans qu’aucune conséquence soit tirée de ce refus. Ce rendez-vous de liaison n’est pas une seconde expertise médicale. [2]

Ces repères concernent les salariés dans le cadre décrit par le ministère du Travail. Ils ne doivent pas être transposés tels quels aux agents publics, dont le suivi professionnel relève de circuits spécifiques. Le plan santé au travail consacré à la fonction publique pose lui aussi la question du lien entre un avis et ses suites concrètes sur le poste.

Un essai encadré permet, quant à lui, d’évaluer pendant l’arrêt la compatibilité d’un poste avec l’état de santé, dans son entreprise ou une autre. Il fait partie des actions d’accompagnement auxquelles la caisse peut participer. L’accès aux actions décrites par le ministère suppose l’accord du médecin traitant et celui de la caisse, après avis du médecin conseil sur leur compatibilité avec la durée prévisionnelle de l’arrêt. Le contrat reste suspendu pendant ces actions et les indemnités journalières continuent d’être versées dans les conditions prévues : il s’agit d’un cadre organisé, pas d’une invitation à tester seul une reprise au travail. [2]

Sources et références
  1. Gouvernement — Dossier du budget 2027, pages PDF 16, 46, 137–138 : expérimentation de deuxième avis, coordination médicale et réforme des indemnités journalières.
    https://www.securite-sociale.fr/files/live/sites/SSFR/files/medias/PLFSS/2027/DP_Budget-2027.pdf
  2. Ministère du Travail — Les absences liées à la maladie ou à l’accident non professionnel : prescription, rendez-vous de liaison et actions d’accompagnement pendant l’arrêt.
    https://travail-emploi.gouv.fr/les-absences-liees-la-maladie-ou-laccident-non-professionnel
  3. Ministère du Travail — La visite de pré-reprise et la visite de reprise : interlocuteurs, objectifs et conditions pour les salariés.
    https://travail-emploi.gouv.fr/la-visite-de-pre-reprise-et-la-visite-de-reprise

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