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Sucre et antibiotiques après une greffe : ce que le suivi de 9 419 repas révèle au-delà des menus servis à l’hôpital

Chez des adultes allogreffés, le suivi des repas et des prescriptions a relié des apports sucrés plus élevés à une moindre diversité bactérienne sous antibiotiques à large spectre. Un résultat observationnel, pas un essai de régime.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Professionnelle de la nutrition examinant un plateau-repas dans un cadre hospitalier.

Un plateau commandé ne dit pas ce qu’un patient a mangé. Or, pour chercher un lien entre alimentation, antibiotiques et bactéries intestinales, cette différence est décisive. Dans une étude publiée le 30 septembre 2026 dans Nature, des chercheurs ont suivi les repas effectivement consommés, puis rapproché ces relevés des traitements et des analyses de selles. L’intérêt de ce travail hospitalier tient autant à cette méthode qu’au signal observé sur les aliments sucrés. [1]

Sur chaque plateau, noter ce qui a vraiment été consommé

L’équipe du Memorial Sloan Kettering Cancer Center, à New York, a étudié des adultes hospitalisés entre 2017 et 2022 pour une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques : une greffe de cellules d’un donneur destinées à renouveler les cellules du sang, dans le contexte d’un cancer hématologique. Elle a documenté 9 419 repas chez 173 patients. [1]

Une feuille accompagnait chaque plateau. Juste après le repas, le patient indiquait, pour chaque aliment commandé, la part consommée : rien, un quart, la moitié, trois quarts ou la totalité. Un diététicien ou un autre membre de l’équipe récupérait les feuilles trois fois par semaine, complétait les entrées manquantes au chevet et encourageait la poursuite du relevé.

Ces indications étaient saisies dans le logiciel de cuisine, relié aux recettes et à la masse de chaque portion. Une diététicienne de recherche vérifiait les données pour repérer les erreurs manifestes. On obtenait ainsi une estimation des quantités prises, et non le seul menu servi. À la différence d’un questionnaire demandant combien de fois on mange du poulet par semaine, ce dispositif pouvait situer un aliment et sa quantité à une date précise.

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Carnet de suivi schématique à côté d’un plateau-repas partiellement consommé.
Le relevé porte sur les quantités consommées, pas seulement sur les aliments proposés.

Chaque prélèvement de selles ouvre une nouvelle fenêtre de deux jours

Après sélection des prélèvements exploitables disposant de données alimentaires correspondantes, l’analyse associait 1 009 échantillons de selles à 158 patients. Plusieurs prélèvements pouvaient donc provenir d’une même personne : la médiane était de cinq par patient. Le suivi répétait la comparaison au fil de l’hospitalisation, au lieu de résumer chacun par un seul repas et une seule analyse. [1]

Pour chaque échantillon, les chercheurs examinaient les apports alimentaires et les expositions aux antibiotiques durant les deux jours précédant le prélèvement. Cette fenêtre se déplaçait avec les selles recueillies. Ce n’était pas un relevé limité aux deux jours avant le début de l’antibiothérapie, ni un délai alimentaire à appliquer aux soins.

Les aliments étaient regroupés par catégories, puis étudiés aussi selon leurs nutriments. Pour comparer les groupes alimentaires, les chercheurs retranchaient leur eau et raisonnaient en poids déshydraté. Les quantités du modèle ne se lisent donc pas directement comme le poids d’un dessert posé sur un plateau.

Repas notés, selles analysées et traitements croisés : une association observée chez des adultes allogreffés.
Les apports et traitements des deux jours précédant chaque prélèvement sont rapprochés de son profil bactérien. [1]

Le modèle cherche une interaction, pas seulement un aliment associé

Sous antibiotiques à large spectre, des apports plus élevés en aliments sucrés étaient associés à une diversité bactérienne plus faible et à une composition enrichie en entérocoques. La diversité désigne ici la variété des bactéries et leur répartition dans l’échantillon. Le signal concerne une combinaison d’expositions, pas l’effet isolé du goût sucré. [1]

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Pour l’étudier, l’équipe a construit un modèle bayésien, une méthode statistique qui estime des associations avec leur incertitude. Il tenait notamment compte :

  • de l’intensité du traitement préparant la greffe ;
  • de la nutrition par sonde ou par voie intraveineuse ;
  • des antibiotiques et des apports alimentaires récents ;
  • des différences entre patients et de la semaine par rapport à la greffe.

Ce dernier point est essentiel : dix prélèvements d’un patient ne constituent pas dix personnes indépendantes. D’autres analyses ont retrouvé le signal en tenant compte de la maladie, des comorbidités ou de certains marqueurs de gravité, et en écartant des situations particulières. Ces rapprochements rendent l’observation plus solide, sans créer une expérience où seul le régime aurait changé.

La raison de prescrire l’antibiotique reste mêlée au résultat

Tous les participants avaient reçu au moins un antibiotique pendant le recueil alimentaire. Le contraste étudié portait surtout sur le passage d’une prophylaxie, destinée à prévenir les infections, à des antibiotiques à large spectre. Ces derniers étaient introduits devant une fièvre ou des signes d’infection possible. La comparaison ne séparait donc pas simplement des patients « avec » et « sans » tout antibiotique. [1]

C’est la difficulté centrale : l’état qui conduit à élargir le traitement peut aussi modifier le microbiote et l’alimentation. Des symptômes transitoires influencent les aliments tolérés. Les habitudes avant l’admission n’avaient pas été recueillies et les relevés des aliments apportés de l’extérieur restaient incomplets. Un ajustement statistique réduit certains écarts mesurés ; il ne reconstitue pas toutes les informations absentes.

Tester une modification des repas demanderait une autre étude

Les auteurs demandent des essais prospectifs pour déterminer si une adaptation alimentaire améliore les résultats cliniques après allogreffe. La question à tester dépasse l’évolution d’un indice bactérien : il faudrait comparer des stratégies alimentaires et mesurer leurs conséquences pour les patients. Dans cette cohorte, aucun régime réduit en sucre n’a été attribué face à une alimentation témoin. Le recueil quotidien permet de formuler cette question avec précision, mais ne fournit pas encore la réponse clinique. [1]

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Sources et références

Sources

[1] Dai A., Ballweg A., Jogia W. et al. Sugar-rich foods exacerbate antibiotic-induced microbiome disruption. Nature 658, 757–764 (2026), publication électronique le 30 septembre 2026.
https://www.nature.com/articles/s41586-026-11077-3

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