Le seuil a été franchi en début de semaine : l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) compte désormais plus de 10 000 cas confirmés, 10 141 au 26 octobre, dont 4 928 décès. [1] Le virus a aussi atteint le Kenya, puis le Nigeria, d’où une patiente suisse a été évacuée vers les Hôpitaux universitaires de Genève lundi 26 octobre. [2][8] En France, la question revient donc : faut-il s’inquiéter ? Les autorités sanitaires européennes répondent que le risque d’infection pour les personnes qui vivent en Europe reste très faible. [2] La vigilance se concentre sur un public précis, celui des voyageurs qui reviennent des zones touchées.
Ebola en France : pourquoi le risque reste jugé très faible
Le virus Ebola ne se transmet pas par l’air comme la grippe. Il passe d’une personne à l’autre par contact direct avec le sang, les vomissements, la salive ou d’autres liquides du corps d’un malade, ou avec des objets souillés comme des aiguilles. [7] Surtout, une personne infectée n’est pas contagieuse avant l’apparition des symptômes, ce que rappelait le gouvernement dès mai : la contamination ne se fait que par des personnes qui ont déjà de la fièvre, lors de contacts très rapprochés. [5] C’est pour cela que les soignants, les proches qui s’occupent d’un malade et les participants aux rites funéraires sont les plus exposés là où le virus circule. [7]
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) s’appuie sur l’expérience des épidémies précédentes : les cas importés en Europe restent rares et concernent surtout des évacuations sanitaires de soignants. Une transmission en Europe à partir d’un cas importé est jugée très peu probable, car ces patients sont rapidement repérés et isolés. [3] Depuis mai, quatre cas liés à l’épidémie ont été soignés dans l’Union européenne, en Allemagne, aux Pays-Bas et en France, tous chez des personnes qui travaillaient dans le soin ou l’humanitaire au Congo. [2]
Le cas français l’illustre. Un médecin humanitaire de l’ONG Alima, arrivé de Kinshasa le 23 juin avec quelques maux de tête, avait été isolé dès l’aéroport à Paris puis hospitalisé. Il est sorti guéri le 4 juillet, après deux tests PCR négatifs, et les cinq passagers qui avaient été en contact avec lui pendant le vol avaient été isolés chez eux pendant 21 jours. [12] Dès le mois de mai, des modélisations de l’Inserm et de Santé publique France estimaient très faible le risque d’importation en France hexagonale et à Mayotte, où le gouvernement a renforcé la surveillance en raison de sa proximité avec l’Afrique de l’Est. [5]
Nigeria et Kenya : comment le virus a quitté le Congo
L’arrivée du virus au Nigeria a surpris. La patiente, épouse d’un diplomate, revenait de deux semaines en Ouganda, pays pourtant déclaré libéré d’Ebola fin août. [9] D’après l’ECDC, elle est arrivée au Nigeria par un vol international le 3 octobre, a eu ses premiers symptômes le 7, a consulté à Abuja le 11 et n’a été confirmée positive que le 20 octobre. [1] L’origine de sa contamination n’est pas établie. Le directeur de l’Africa CDC, l’agence de santé de l’Union africaine, estime qu’elle a pu être infectée « n’importe où » et que les contrôles aux frontières ne sont « pas au niveau ». [9]
Rapatriée en Suisse, elle est soignée à Genève, où son état est jugé stable. Son mari, cas contact, est isolé à l’Hôpital universitaire de Zurich. [8][10] L’Office fédéral de la santé publique estime qu’il n’existe aucun risque pour la population suisse. [8] Au Nigeria, 54 personnes qui ont été en contact avec elle étaient suivies au 26 octobre. [2]
Le Kenya, lui, a compté neuf cas, dont deux décès, tous liés à un homme arrivé de RDC par la route via l’Ouganda, puis par avion à Nairobi le 3 octobre. Parmi les huit personnes contaminées ensuite figurent quatre proches et quatre soignants. [1] Pour les Européens qui vivent ou voyagent dans les zones touchées du Kenya et du Nigeria, l’ECDC juge le risque faible, à condition de respecter les précautions recommandées. [3]
Le virus Bundibugyo, une souche sans vaccin ni traitement homologué
Ce qui rend cette épidémie à part, c’est la souche en cause. Il ne s’agit pas du virus Ebola « Zaïre », le plus fréquent, mais du virus Bundibugyo, identifié en Ouganda en 2007 puis au Congo en 2012. [1] Contre lui, il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique homologué, contrairement à la souche Zaïre. [1][5] Un essai clinique de vaccins candidats, baptisé TUMAINI, a vacciné ses premiers participants le 23 octobre à Bunia, dans la province de l’Ituri. [1] En attendant, la riposte repose sur le repérage précoce des malades, leur isolement et le suivi de leurs contacts.

Cinq mois après sa déclaration, l’épidémie touche huit provinces de RDC, avec l’Ituri pour épicentre (7 211 cas). [1] Avec 10 141 cas confirmés, elle est déjà la deuxième plus grande épidémie d’Ebola connue, loin derrière celle d’Afrique de l’Ouest en 2014-2016 (plus de 28 000 cas et 11 310 décès) mais près de trois fois plus que celle qui avait frappé le Nord-Kivu et l’Ituri entre 2018 et 2020 (3 470 cas). [1][11] Près d’un malade confirmé sur deux en est mort : 48,6 %, d’après notre calcul sur les chiffres au 26 octobre. [1] L’OMS relève que beaucoup de décès surviennent hors des centres de traitement, 307 sur 482 entre deux de ses bilans d’octobre, signe que les malades sont repérés trop tard. [4]
Voyageurs : les consignes avant, pendant et après le séjour
Pour la RDC et l’Ouganda, le gouvernement demande de reporter le voyage si c’est possible. [5] Si le séjour est impératif, dans ces pays comme au Kenya ou au Nigeria, les consignes officielles sont les mêmes : [5][6][7]
- Se tenir informé sur le site Conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères et s’inscrire sur son portail Ariane.
- Se laver souvent les mains, au savon ou avec une solution hydroalcoolique.
- Éviter tout contact avec les sécrétions des personnes qui ont une forte fièvre, des troubles digestifs ou des saignements, et ne pas participer aux rites funéraires.
- Ne pas manger ni manipuler de viande de brousse (singe, chauve-souris, antilope…), source de contamination à partir des animaux.

Le retour compte autant que le séjour, car les symptômes peuvent apparaître entre 2 et 21 jours après la contamination, au bout de 7 à 8 jours en moyenne. [5][7] Les premiers signes ressemblent à une grippe : fièvre, fatigue, douleurs musculaires, maux de tête, puis vomissements ou diarrhée. [7] La consigne du gouvernement est donc de prendre sa température tous les jours pendant 21 jours. En cas de fièvre à 38 °C ou plus, on appelle immédiatement le SAMU-Centre 15 en signalant son séjour et ses activités sur place, puis on attend ses consignes : ni cabinet médical, ni urgences, pour ne pas exposer d’autres patients. [5] Pour le Nigeria, France Diplomatie demande aussi de limiter ses contacts au maximum en cas de symptômes après une exposition possible, jusqu’à trois semaines. [6]
À l’arrivée en Europe, la prise de température dans les aéroports n’est pas la parade la plus utile : l’ECDC rappelle que ce dépistage à l’entrée n’a pas fait la preuve de son efficacité. Il juge plus utiles les contrôles au départ des zones touchées, pour empêcher un voyageur malade d’embarquer, et ne recommande aucune restriction de voyage vers le Kenya ou le Nigeria, comme l’OMS pour l’ensemble des pays touchés. [3][4] Une fois rentré, la vigilance de chaque voyageur pendant 21 jours reste le principal filet de sécurité.
Sources et références
[1] ECDC — Ebola disease outbreak caused by Bundibugyo virus – Multi-country – 2026, point du 27 octobre 2026
https://www.ecdc.europa.eu/en/public-health-events/2026-eip-00026/2026-10-27
[2] ECDC — Ebola disease: Multi-country outbreak 2026 (données au 26 octobre 2026)
https://www.ecdc.europa.eu/en/ebola-disease-multi-country-outbreak-2026
[3] ECDC — Threat assessment brief: Importation of Ebola disease cases caused by Bundibugyo virus to Kenya and Nigeria, octobre 2026
https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/threat-assessment-brief-importation-ebola-disease-cases-caused-bundibugyo-virus
[4] Organisation mondiale de la santé — Ebola disease caused by Bundibugyo virus, Democratic Republic of the Congo, Kenya and Nigeria (Disease Outbreak News)
https://www.who.int/emergencies/disease-outbreak-news/item/2026-DON622
[5] Gouvernement — Ebola : point de situation et mesures mises en œuvre (consignes aux voyageurs)
https://www.info.gouv.fr/communique/ebola-point-de-situation-et-mesures-mises-en-oeuvre
[6] France Diplomatie — Nigéria, conseils aux voyageurs : dernières minutes et alertes, 21 octobre 2026
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/information-par-pays/nigeria/dernieres-minutes-et-alertes
[7] France Diplomatie — Virus Ebola, fiche pratique pour les voyageurs
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/fiches-pratiques/risques/virus-ebola
[8] République et canton de Genève — Une personne atteinte d’Ebola prise en charge aux Hôpitaux universitaires de Genève, 26 octobre 2026
https://www.ge.ch/document/personne-atteinte-ebola-prise-charge-aux-hopitaux-universitaires-geneve
[9] RFI — Ebola : réunion « urgente » des ministres africains de la Santé, plus de 10 000 cas confirmés, 28 octobre 2026
https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261028-ebola-r%C3%A9union-urgente-des-ministres-africains-de-la-sant%C3%A9-plus-de-10-000-cas-confirm%C3%A9s
[10] Tribune de Genève — Ebola : une patiente suisse rapatriée et soignée aux HUG, 26 octobre 2026
https://www.tdg.ch/ebola-une-patiente-suisse-rapatriee-et-soignee-aux-hug-231243327577
[11] Santé publique France — Maladie à virus Ebola : données (épidémie d’Afrique de l’Ouest 2014-2016)
https://www.santepubliquefrance.fr/maladie-a-virus-ebola/donnees
[12] Le Monde avec AFP — Ebola : le premier cas en France est « guéri » et « sorti de l’hôpital », annonce la ministre de la santé, 4 juillet 2026
https://www.lemonde.fr/sante/article/2026/07/04/ebola-le-premier-cas-en-france-est-gueri-et-sorti-de-l-hopital-annonce-la-ministre-de-la-sante_6720687_1651302.html
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