Une bouche qui tombe d’un côté, un bras qui ne répond plus, des mots qui sortent mal ou plus du tout : un seul de ces signes, apparu brutalement, suffit pour composer le 15. C’est le message que répètent cette semaine les hôpitaux de Quimper, de Périgueux ou de Saint-Étienne avant la Journée mondiale de l’accident vasculaire cérébral (AVC), ce jeudi 29 octobre. [4][5][6] Le rappel n’a rien d’une formalité : en 2022, 122 422 adultes ont été hospitalisés pour un AVC en France, soit plus de 335 par jour, selon Santé publique France. [1]
L’enjeu se compte en heures. Les traitements qui rouvrent une artère bouchée ne sont possibles que tôt, et les épidémiologistes de Santé publique France écrivent que le délai de prise en charge est « un facteur explicatif important de la létalité et des séquelles ». [1] Leur conclusion vise directement le grand public : diffuser plus régulièrement les signes de l’AVC et le réflexe d’appeler le 15. Ce réflexe commence à la maison, avant l’hôpital.
Test VITE : les quatre lettres pour reconnaître un AVC
Le moyen mnémotechnique utilisé en France tient en un mot, VITE, que les agences régionales de santé déclinent ainsi : [3]
- V comme visage paralysé : un côté du visage ne bouge plus, un coin de la bouche tombe.
- I comme inertie d’un membre : un bras ou une jambe devient faible ou ne bouge plus, parfois tout un côté du corps.
- T comme trouble de la parole : la personne a du mal à parler ou à trouver ses mots.
- E comme en urgence : appeler le 15, le Samu.
« Les trois signes peuvent être associés, mais un seul peut suffire pour appeler la régulation du Samu. Il ne faut pas attendre ! »
Florent Goupil, neurologue au centre hospitalier de Cornouaille, à Quimper [4]
Le mot ne couvre pas tout. La Haute Autorité de santé (HAS) cite aussi la perte de sensation d’un bras, d’une jambe ou d’un côté du visage, un trouble de l’équilibre, la perte de la vue d’un œil et un mal de tête très fort et brutal, « qui arrive d’une seconde à l’autre ». [2] Le point commun de ces signes, c’est leur caractère soudain.
Pourquoi appeler le 15 même quand les signes disparaissent
Parfois, tout rentre dans l’ordre en quelques minutes, et c’est là qu’on est tenté d’attendre. Ce peut être un accident ischémique transitoire (AIT), dont les signes disparaissent d’eux-mêmes en quelques minutes ou quelques heures. Selon la HAS, il faut quand même consulter en urgence, car le risque d’un AVC plus grave dans les jours qui suivent est élevé. [2] L’ARS Grand Est le formule sans détour : composer le 15 « même si les symptômes disparaissent ». [3]
Le 15 vaut mieux qu’un trajet en voiture vers les urgences les plus proches. Le médecin régulateur du Samu pose les bonnes questions pour confirmer s’il peut s’agir d’un AVC et oriente le patient vers le service adapté, explique le neurologue de Quimper. [4] Tous les hôpitaux ne disposent pas d’une unité neurovasculaire, ce service spécialisé qui améliore la prise en charge des premières heures. [1] Les personnes sourdes, malentendantes ou qui ont du mal à parler peuvent joindre les secours par le 114, gratuit et accessible jour et nuit. [2]
En attendant l’arrivée des secours, le Dr Goupil recommande de rester allongé, de ne prendre aucun traitement et de rester à jeun. [4] Un AVC par caillot et un AVC par saignement donnent des signes souvent semblables, et seuls les examens à l’hôpital permettent de les distinguer. [1]
4 h 30 pour dissoudre le caillot, 6 heures pour le retirer
En 2022, 78 % des AVC hospitalisés étaient ischémiques, c’est-à-dire dus à un caillot qui bouche une artère du cerveau. Les autres étaient des hémorragies, quand un vaisseau se rompt. [1] Contre le caillot, deux traitements existent. La thrombolyse, un médicament injecté pour le dissoudre, doit être réalisée dans les quatre heures et demie après le début de l’AVC ; la thrombectomie, qui consiste à aller le retirer par l’intérieur des artères, dans les six heures, selon le neurologue de Quimper. [4]

Ces fenêtres expliquent pourquoi chaque hésitation compte. En France, 7,2 % des AVC ischémiques ont été traités par thrombectomie en 2022, soit environ 6 900 patients, et la thrombolyse ne concernait qu’un patient sur dix en 2021, d’après le rapport de la HAS cité par Santé publique France. [1] Les auteurs estiment que raccourcir le temps entre les premiers signes et l’imagerie du cerveau permettrait de rendre plus de patients éligibles à ces traitements. [1] Une partie de ce temps se perd avant même l’appel, quand on attend de voir si « ça passe ».

Le passage par une unité neurovasculaire n’est pas non plus systématique : 46,8 % des patients ont été admis en soins intensifs neurovasculaires en 2022, avec de fortes différences selon le département, de moins de 30 % des AVC ischémiques dans certains à plus de 70 % dans d’autres. [1]
Un AVC sur quatre touche une personne de moins de 65 ans
L’AVC reste une maladie de l’âge : la moitié des patients hospitalisés en 2022 avaient plus de 75 ans. Mais 25,4 % avaient moins de 65 ans, soit environ 31 000 personnes, et Santé publique France relève une tendance à la hausse des AVC ischémiques dans cette tranche d’âge. [1] Avant 65 ans, les hommes sont nettement plus touchés : entre 45 et 64 ans, on compte plus de deux hommes pour une femme parmi les patients. [1]
Ce sont aussi ceux qui connaissent le moins les signes. Une étude citée par Santé publique France montrait que la méconnaissance des symptômes de l’AVC était plus fréquente chez les hommes, les moins de 45 ans, les 65-74 ans, les personnes sans baccalauréat et les fumeurs. [1] Le test VITE concerne donc autant le collègue de 50 ans que le parent âgé. Les territoires ne sont pas égaux non plus : les taux d’hospitalisation sont 1,3 fois plus élevés dans les communes les plus défavorisées que dans les plus favorisées, et bien plus hauts en outre-mer, jusqu’à 386,9 pour 100 000 habitants à Mayotte. [1]
Après l’urgence, un parcours souvent long
La rapidité de l’appel pèse sur la suite. Après la phase aiguë, 57,3 % des patients victimes d’un AVC ischémique rentrent directement chez eux, contre 37,4 % après une hémorragie ; les autres partent en réadaptation, en établissement, ou décèdent à l’hôpital. Un an après, un patient sur cinq hospitalisé pour un AVC ischémique et un sur trois pour un AVC hémorragique est décédé. [1]
Plus d’un million d’adultes vivaient en France avec un antécédent d’AVC au 1er janvier 2023. [1] Pour beaucoup d’entre eux, le retour à l’autonomie passe par des mois de kinésithérapie, d’ergothérapie ou d’orthophonie, dont nous détaillons le déroulé dans notre article sur la rééducation après un AVC chez la personne âgée. Six mois après leur hospitalisation, 34,3 % des survivants d’un AVC ischémique et 41,7 % de ceux d’une hémorragie étaient passés par un service de soins médicaux et de réadaptation. [1]
Sources et références
[1] Gabet A., Béjot Y., Touzé E. et al. — Épidémiologie des accidents vasculaires cérébraux en France, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France, 2025, hors-série (données 2022)
https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2025/HS/2025_HS_3.html
[2] Haute Autorité de santé — Accident vasculaire cérébral : des signes d’alerte à votre retour à domicile
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3701212/fr/accident-vasculaire-cerebral-des-signes-d-alerte-a-votre-retour-a-domicile
[3] Agence régionale de santé Grand Est — Accident vasculaire cérébral (AVC)
https://www.grand-est.ars.sante.fr/index.php/accident-vasculaire-cerebral-avc
[4] Le Télégramme — « Le facteur temps est primordial » : à Quimper, quels sont les signes d’un AVC qui doivent alerter ?, 26 octobre 2026
https://www.letelegramme.fr/finistere/quimper-29000/le-facteur-temps-est-primordial-a-quimper-quels-sont-les-signes-dun-avc-qui-doivent-alerter-7146787.php
[5] Sud Ouest — Santé : le centre hospitalier de Périgueux organise une journée de prévention des AVC le 29 octobre, octobre 2026
https://www.sudouest.fr/dordogne/perigueux/sante-le-centre-hospitalier-de-perigueux-organise-une-journee-de-prevention-des-avc-le-29-octobre-31203877.php
[6] Le Progrès — Saint-Étienne : une conférence organisée sur l’AVC par le CHU et la Ville ce jeudi, 27 octobre 2026
https://www.leprogres.fr/sante/2026/10/27/une-conference-organisee-sur-l-avc-par-le-chu-et-la-ville-ce-jeudi
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