L’alerte francilienne pose une question très concrète aux familles : qui doit prescrire le méthylphénidate, puis vérifier qu’il aide l’enfant sans effets indésirables trop importants ? Selon les informations révélées par France Inter le 16 octobre, l’Assurance maladie a écrit aux médecins d’Île-de-France après une hausse de 122 % du nombre de patients traités entre 2021 et 2025. Ce chiffre mesure le recours au médicament, pas la fréquence du trouble dans la population. [1, 2]
L’enjeu n’est donc pas de décider, à partir de cette seule progression, que tous les traitements seraient excessifs ou insuffisants. Il est de distinguer l’accès à des soins utiles du respect des règles qui les sécurisent. Les repères ci-dessous concernent les enfants et adolescents : les conditions pédiatriques ne doivent pas être transposées telles quelles aux adultes.
Une première prescription et un renouvellement ne répondent pas aux mêmes règles
France Inter rapporte qu’une prescription initiale sur cinq n’aurait pas été établie par l’un des spécialistes habilités. Ce constat rapporté appelle une distinction essentielle : un renouvellement par le généraliste n’est pas, en lui-même, une irrégularité. L’Assurance maladie prévoit précisément ce relais entre les rendez-vous spécialisés. [1, 2, 3]
Dans sa fiche consacrée au traitement de l’enfant, mise à jour le 15 octobre, ameli distingue trois échéances :
- Au début, le traitement est initié par un spécialiste habilité : psychiatre, neurologue ou pédiatre.
- Chaque année, le renouvellement relève à nouveau du spécialiste. Dans l’intervalle, tout médecin peut renouveler la prescription et l’adapter.
- Pour chaque ordonnance, la durée maximale prescrite est de 28 jours, sur ordonnance sécurisée. L’ordonnance initiale datant de moins d’un an accompagne les renouvellements présentés au pharmacien. [3]
Le rendez-vous spécialisé annuel ne vaut donc pas ordonnance pour douze mois de médicament. La pharmacie choisie par les parents doit aussi figurer sur l’ordonnance. Ces règles organisent la continuité des soins entre spécialiste, médecin de proximité et pharmacien.

Un bénéfice attendu dans la vie de l’enfant, pas seulement sur le bulletin
Le méthylphénidate, commercialisé notamment sous le nom de Ritaline, vise à améliorer l’attention et la concentration. Il ne guérit pas le TDAH. Chez l’enfant, ameli le réserve aux situations où les mesures non médicamenteuses sont insuffisantes, après évaluation des bénéfices attendus et des risques par le spécialiste. [3]
Cette décision s’inscrit dans un projet construit avec l’enfant et ses parents. La Haute Autorité de santé recommande une prise en charge globale, associant systématiquement le médicament à des interventions non médicamenteuses. Le suivi doit ainsi regarder les difficultés qui motivent les soins : fonctionnement scolaire, relations et vie familiale, plutôt que réduire l’évaluation aux seules notes. [4]
Appétit, croissance, sommeil : ce que le suivi doit repérer
Améliorer la concentration ne dispense pas de surveiller la tolérance. Ameli mentionne notamment une diminution de l’appétit, une perte de poids, des difficultés de sommeil, des maux de tête ou de ventre, des palpitations et des modifications de l’humeur. Le médecin surveille en particulier le poids et la taille, car la croissance peut être ralentie. [3]

Pour préparer la consultation, les parents peuvent décrire ce qui a changé : des repas moins pris, un endormissement plus difficile, une irritabilité inhabituelle, mais aussi des activités devenues plus faciles. Ces observations aident à discuter ensemble efficacité et tolérance. Ameli recommande de signaler au médecin tout effet indésirable et de demander conseil au pharmacien pour les questions concernant les médicaments. [5]
Une baisse d’appétit sous traitement et des épisodes alimentaires répétés avec perte de contrôle sont deux problèmes différents. Les confondre risque de faire passer à côté de la difficulté réelle. Le suivi gagne à préciser ce qui se produit autour des repas, sans attribuer automatiquement tout changement au TDAH.
Les aides familiales et scolaires continuent avec le médicament
Le traitement ne remplace ni l’accompagnement psychologique, ni les rééducations nécessaires, ni les adaptations scolaires. La psychoéducation permet d’expliquer le trouble et les options de soins. Les programmes d’entraînement aux habiletés parentales aident les familles à trouver des stratégies face aux comportements difficiles. Ces soutiens restent utiles lorsqu’un médicament est prescrit. [3, 4]
À l’école, les ajustements dépendent des besoins de l’enfant : consignes simplifiées ou fractionnées, temps supplémentaire, valorisation des progrès. À la maison, ameli conseille des routines, des repères temporels et un environnement organisé. Les échanges entre parents, enseignants et soignants permettent de faire porter ces adaptations sur les difficultés effectivement rencontrées, en classe comme dans les activités quotidiennes. [5]
Sources et références
- France Inter — Victor Dhollande, alerte francilienne et entretien avec Anna Boctor, 16 octobre 2026 : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/tdadh-5528510
- franceinfo — Victor Dhollande (France Inter), détails de l’alerte, 16 octobre 2026 : https://www.franceinfo.fr/sante/handicap/l-assurance-maladie-alerte-sur-l-explosion-des-prescriptions-de-ritaline-en-ile-de-france-pour-traiter-le-tdah_8240278.html
- Assurance maladie — Traitement du TDAH chez l’enfant, 15 octobre 2026 : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/trouble-deficit-attention-hyperactivite-tdah/soins-prescrits-traitement
- Haute Autorité de santé — Diagnostic et interventions thérapeutiques chez les enfants et adolescents, recommandations de 2024 : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3302482/fr/trouble-du-neurodeveloppement/tdah-diagnostic-et-interventions-therapeutiques-aupres-des-enfants-et-adolescents
- Assurance maladie — TDAH : suivi médical, vie quotidienne et scolarisation, 15 octobre 2026 : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/trouble-deficit-attention-hyperactivite-tdah/suivi-medical-vie-quotidienne-scolarisation
LA SANTÉ À VOTRE PORTÉE





