Un liquide sans nicotine, est-ce forcément un liquide sans danger ? La question paraît simple : si l’on retire la substance la plus connue de la cigarette électronique, on devrait retirer le problème. Mais les effets d’un aérosol ne se résument pas à la présence d’un seul ingrédient. Une étude publiée dans Toxicology en 2026 aide à comprendre pourquoi : dans des modèles de cellules respiratoires humaines, hors du corps, la réponse varie avec la nicotine, la composition du liquide et la région des voies respiratoires représentée. [1]
Ces trois éléments comptent ensemble. Pour vous, l’intérêt est de mieux comprendre ce que signifie une mention « sans nicotine », sans en faire une garantie pour les poumons ni chercher une formulation supposée idéale.
La nicotine joue un rôle important, mais la composition compte aussi
Les chercheurs Ozge Kose, Clément Mercier et Jérémie Pourchez ont étudié des modèles représentant différentes régions des voies respiratoires humaines. Ils s’intéressent aux cellules épithéliales, celles qui tapissent ces voies et participent à leur barrière protectrice. Leur étude a été publiée en ligne le 6 mars 2026, puis dans le numéro de juin de Toxicology.
Le principal résultat est le suivant : la nicotine apparaît comme le premier facteur de lésions cellulaires aiguës dans ces modèles. « Aiguës » désigne ici les effets observés à court terme. L’étude ne suit pas des vapoteurs au fil des années et ne mesure pas leur risque personnel de développer une maladie. [1]
Pour autant, la présence de nicotine n’explique pas toutes les différences. Sa forme chimique modifie la réponse observée. Dans les conditions étudiées, la forme dite « base libre » perturbe davantage la barrière cellulaire que la forme de sel comparée. Les sels de nicotine provoquent, eux, une réponse inflammatoire relativement modeste. Ce résultat porte sur une comparaison expérimentale, pas sur tous les liquides vendus sous ces appellations. [1]
Pourquoi est-ce important ? Parce qu’un effet moins marqué sur la barrière ne suffit pas à qualifier une forme de nicotine de sûre. Il faut distinguer la réaction mesurée dans un modèle de l’ensemble des effets possibles chez une personne. L’étude ne fournit pas de classement sanitaire universel des e-liquides, ni de conseil pour préférer un produit à un autre.
Les cellules des voies respiratoires ne réagissent pas toutes pareil
Un autre composant intervient : le propylène glycol. Dans cette étude, les formulations qui en sont riches accentuent la toxicité cellulaire, notamment dans les modèles représentant les voies respiratoires profondes. La composition du liquide modifie donc le résultat, en plus de la forme de la nicotine. [1]
La région représentée fait également une différence. Les cellules épithéliales du pharynx restent largement non réactives dans les conditions de l’étude, contrairement aux réponses observées dans d’autres modèles. Le pharynx se situe dans la gorge ; les voies profondes correspondent à une autre partie de l’appareil respiratoire. On ne peut donc pas attendre une réaction identique de toutes les cellules exposées.
Ce contraste ne signifie pas que la gorge serait protégée du vapotage. Il indique que, pour les effets recherchés et dans les conditions étudiées, ce modèle a peu réagi. Il ne renseigne pas à lui seul sur ce qui peut se produire après un usage prolongé, ni sur les autres tissus d’un utilisateur.

Autrement dit, « moins de réaction ici » et « aucun danger pour moi » ne sont pas deux façons de dire la même chose. Les chercheurs observent une réponse biologique précise ; ils ne réalisent ni un bilan médical de chaque vapoteur ni un test de sécurité de tous les produits disponibles.
Sans nicotine : ce que l’Anses dit des risques possibles
Retirer la nicotine ne fait pas disparaître toutes les substances auxquelles le vapotage peut exposer. Dans son évaluation, l’Anses rappelle que l’absence de combustion n’exclut pas l’exposition à des substances toxiques. Celles-ci peuvent être présentes dans le liquide ou se former pendant le vapotage. [2]
L’agence distingue plusieurs niveaux de conclusion. Avec des produits contenant de la nicotine, elle retient des effets cardiovasculaires probables, comme une augmentation de la pression artérielle. Avec ou sans nicotine, elle identifie des effets possibles sur les voies respiratoires, le système cardiovasculaire et les mécanismes de formation des cancers, à moyen et long terme. [2]
Les mots « probable » et « possible » ne sont pas interchangeables. Ils expriment des niveaux différents de conclusion sur les effets sanitaires. « Possible » ne veut pas dire que chaque utilisateur développera une maladie ; cela ne veut pas non plus dire que l’effet est écarté. Cette évaluation ne donne pas un pourcentage de risque individuel à partir de la seule composition d’un flacon.
Vous pouvez donc retenir deux idées sans les opposer : la nicotine contribue aux effets observés, et un produit sans nicotine n’est pas garanti sans risque. L’étude cellulaire et l’évaluation sanitaire répondent à des questions différentes. La première montre comment une réponse varie dans des modèles ; la seconde considère plusieurs effets possibles du vapotage sur la santé.
Comprendre la composition n’est pas choisir une « bonne recette »
Ces résultats ne permettent pas de fixer un mélange protecteur, ni de désigner une forme de nicotine à privilégier. Une différence entre formulations étudiées reste une différence dans un cadre précis. Elle ne remplace pas une évaluation de l’ensemble des risques liés à l’usage d’un produit.
Si vous vapotez dans le cadre d’un arrêt du tabac, cette question de composition ne doit pas se transformer en retour à la cigarette. L’Anses envisage le vapotage comme une option temporaire pour les personnes qui ont du mal à arrêter de fumer, dans un parcours de sevrage accompagné. La toxicité d’un aérosol et les difficultés liées aux habitudes de consommation sont deux sujets distincts. [2]
Le repère à garder est donc simple : la nicotine n’est pas toute l’histoire. Sa forme, les autres composants et les cellules considérées modifient les résultats expérimentaux. Mais ni une réponse moins forte dans un modèle, ni la mention « sans nicotine » ne constituent une assurance d’innocuité pour l’utilisateur.
Sources et références
[1] Ozge Kose, Clément Mercier et Jérémie Pourchez. « Nicotine drives acute epithelial injury in region-specific human airway models at the air-liquid interface after e-cigarette aerosol exposure ». Toxicology, publication en ligne le 6 mars 2026, numéro de juin 2026. DOI : 10.1016/j.tox.2026.154441. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41796715/
[2] Anses. « Vaping: what are the health risks? ». Évaluation des risques sanitaires associés aux produits du vapotage, synthèse institutionnelle. https://www.anses.fr/en/news/vaping-what-are-health-risks
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