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Près d’un Français sur deux croit qu’un antibiotique soigne la grippe, alors l’Assurance maladie ressort son slogan de 2002 : « c’est vraiment pas automatique »

Le spot « Les antibiotiques, c’est vraiment pas automatique » de l’Assurance maladie passe à la télévision à partir de ce dimanche 8 novembre, 24 ans après le slogan de 2002. Il vise l’hiver, quand rhumes, grippes et bronchites virales font grimper les prescriptions, dans un pays qui consomme 31 % d’antibiotiques de plus que la moyenne européenne.

Par Relu par Antoine BOUQUET
La nuit, dans sa chambre, une femme enrhumée assise dans son lit, emmitouflée dans un gilet épais, un mouchoir à la main, regarde une plaquette de gélules entamée ; sur la table de nuit, un verre d’eau, un thermomètre et des mouchoirs usagés.
Enrhumée, une femme hésite devant une plaquette d’antibiotiques entamée. Selon un sondage Ipsos/BVA pour l’Assurance maladie, 18 % des Français prennent des antibiotiques qu’ils ont chez eux sans consulter, alors qu’un rhume, d’origine virale, ne se soigne pas par antibiotique.
Sommaire

Le slogan a 24 ans et revient avec un mot de plus. Si l’Assurance maladie ressort sa campagne de 2002, c’est que l’idée reçue qu’elle combattait n’a pas disparu : dans un sondage Ipsos/BVA réalisé en septembre auprès de 1 000 adultes, presque un sondé sur deux pense que les antibiotiques soignent la grippe, et quatre sur dix qu’ils traitent un rhume. [1] Plus d’un tiers les considèrent comme des médicaments ordinaires, 18 % disent prendre des antibiotiques qu’ils ont chez eux sans consulter, et 11 % les partager avec un proche. [1]

Le calendrier n’a rien d’un hasard. Chaque hiver, la circulation des virus respiratoires s’accompagne d’une hausse nette des prescriptions d’antibiotiques, alors que ces médicaments n’agissent pas sur les virus. [1] Santé publique France le retrouve dans ses courbes : la consommation en ville culmine en hiver, baisse au printemps et touche son minimum en été. [4]

Antibiotiques et infections d’hiver : rhume, grippe ou bronchite virale, ils ne servent à rien

Un antibiotique tue des bactéries ou les empêche de se multiplier. Il n’a aucun effet sur un virus, ce qui écarte la plupart des infections qui remplissent les salles d’attente de novembre à mars. Le guide que le médecin peut remettre à la place d’une ordonnance d’antibiotique, mis à jour cette année par l’Assurance maladie, en dresse la liste. [2]

Infections virales courantes, sans antibiotique

  • Rhume (rhinopharyngite) : un nez qui coule ou bouché, des éternuements et de la toux orientent vers un virus. [2]
  • Grippe : c’est pourtant contre elle que l’antibiotique garde la réputation la plus tenace. [1]
  • Angine virale : seul un test rapide la distingue de l’angine à streptocoque, qui relève, elle, d’un antibiotique. [2]
  • Bronchite et otite virales : le guide décrit les gestes pour soulager les symptômes et les signes qui doivent faire reconsulter. [2]

Prendre un antibiotique pour ces infections expose à ses effets indésirables sans rien apporter : diarrhée, nausées, vomissements, réaction allergique, mycose liée au déséquilibre des micro-organismes du corps. [1] Le spot télévisé, diffusé à partir de ce dimanche avec trois spots radio, insiste sur une idée : des symptômes apparents ne permettent pas de savoir si un antibiotique est nécessaire, et seul un professionnel de santé peut en décider. [1]

Le test rapide de l’angine, que les pharmaciens peuvent réaliser depuis juin 2024, montre à quel point l’apparence trompe. En 2025, ils en ont fait presque 762 000, et 27 % seulement ont été suivis d’une délivrance d’antibiotique. [2] Autrement dit, selon nos calculs, environ 556 000 maux de gorge testés, près de trois sur quatre, sont repartis sans antibiotique.

Illustration à la gouache dans des tons bleu pétrole et jaune : dans une pharmacie, un jour d’hiver, une pharmacienne en blouse blanche montre une cassette de test rapide à un jeune homme en écharpe qui se tient la gorge ; derrière la vitrine, une croix verte lumineuse et le mauvais temps.
Au comptoir, une pharmacienne montre le résultat d’un test rapide à un jeune homme qui a mal à la gorge. En 2025, les pharmaciens ont réalisé près de 762 000 tests de l’angine, et 27 % seulement ont été suivis d’une délivrance d’antibiotique.

Pour la cystite, que le pharmacien peut aussi prendre en charge chez les femmes de 16 à 65 ans, la proportion s’inverse, avec 88 % des tests suivis d’un traitement. [2] Le test sert à trier les cas, pas à refuser par principe.

Bon à savoir

Le test de l’angine se fait en pharmacie sans ordonnance à partir de 10 ans, quand le mal de gorge s’accompagne de difficultés à avaler, d’amygdales enflammées et de ganglions sensibles au cou, avec ou sans fièvre, et sans toux. Un nez qui coule, des éternuements et de la toux orientent au contraire vers un virus : le test n’est alors pas indiqué en première intention. [2]

La France, 2e pays d’Europe pour les antibiotiques en ville derrière la Grèce

L’Assurance maladie se contente de rappeler que la France est « l’un des pays les plus consommateurs d’antibiotiques en Europe ». [1] Le dernier rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), publié en novembre 2025, permet de mesurer l’écart. En 2024, la consommation d’antibiotiques en ville atteignait en France 24,7 doses définies journalières pour 1 000 habitants et par jour, le deuxième niveau des 28 pays européens comparés, derrière la Grèce (27,8). [3] La moyenne de l’Union européenne et de l’Espace économique européen était de 18,8, et les Pays-Bas, les plus sobres, s’en tenaient à 9,0. [3]

La dose définie journalière est une unité de comptage : la dose quotidienne de référence d’un adulte pour chaque antibiotique. Ramené à cette unité, le niveau français équivaut, selon nos calculs, à une dose quotidienne pour un habitant sur 40, chaque jour de l’année, contre un sur 53 en moyenne européenne et un sur 111 aux Pays-Bas. La France consomme ainsi 31 % de plus que la moyenne, et 2,7 fois plus que les Pays-Bas.

Infographie Medilax : la France 2e d’Europe pour la consommation d’antibiotiques en ville, derrière la Grèce. Barres de la consommation en 2024, en doses définies journalières pour 1 000 habitants et par jour, dans 28 pays de l’UE et de l’EEE : Grèce 27,8 ; France 24,7 ; Roumanie 23,5 ; Espagne 22,7 ; Malte 22,6 ; Chypre 22,0 ; Bulgarie 21,4 ; Pologne 21,2 ; Irlande 21,1 ; Italie 20,4 ; Luxembourg 20,1 ; Croatie 19,8 ; Slovaquie 19,3 ; Belgique 19,0 ; Portugal 19,0 ; Islande 18,4 ; Lituanie 17,4 ; Tchéquie 16,5 ; Norvège 14,8 ; Danemark 14,4 ; Lettonie 13,7 ; Slovénie 12,8 ; Hongrie 12,7 ; Allemagne 12,1 ; Finlande 11,9 ; Estonie 11,3 ; Autriche 10,0 ; Pays-Bas 9,0 ; moyenne UE/EEE 18,8. Encadré : chaque jour, l’équivalent d’une dose quotidienne pour un habitant sur 40 en France, un sur 53 en moyenne européenne, un sur 111 aux Pays-Bas ; la France consomme 31 % de plus que la moyenne ; pour atteindre sa cible européenne de 2030, elle doit réduire de 31 % sa consommation totale de 2024 (ville et hôpital, de 26,5 à 18,3).
En 2024, la France consommait 24,7 doses d’antibiotiques pour 1 000 habitants et par jour en ville, 31 % de plus que la moyenne européenne : seule la Grèce faisait plus. Infographie : Medilax, d’après l’ECDC (rapport ESAC-Net 2024), calculs Medilax.

L’écart s’est creusé depuis la pandémie de Covid-19, qui avait fait chuter les prescriptions. [3]

  • 2020 : 18,7 doses pour 1 000 habitants et par jour en ville.
  • 2022 : 22,6.
  • 2024 : 24,7, soit 32 % de plus qu’en 2020.

En comptant aussi l’hôpital, la France est passée de 25,1 doses en 2019 à 26,5 en 2024, 6 % de plus que l’année de référence, alors que l’Union européenne lui recommande de descendre à 18,3 d’ici 2030. [3] Il lui faudrait donc, selon nos calculs, réduire sa consommation de 31 % en six ans. Santé publique France, qui mesure la consommation de ville avec sa propre méthode, aboutit au même diagnostic : 22,1 doses par jour pour 1 000 habitants en 2024, en hausse de 5,4 %, et 860 prescriptions pour 1 000 habitants dans l’année, loin de l’objectif national de 650 fixé pour 2027. [4]

En 2025, 26,5 millions de patients sous antibiotique, 7 % de moins

Les premières données de 2025, tirées des remboursements de l’Assurance maladie, vont dans l’autre sens. 26,5 millions de personnes ont reçu au moins un antibiotique en ville, soit 7 % de moins qu’en 2024, et la part de la population concernée est passée de 41 % à 38 %. [2] Ces chiffres comptent des patients, pas des doses, et la comparaison européenne pour 2025 n’est pas encore publiée : impossible de dire à ce stade si la France recule dans le classement.

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  • Amoxicilline : 13,9 millions de patients, 7 % de moins ; elle reste l’antibiotique le plus délivré. [2]
  • Azithromycine : près de 3 millions de patients, 30 % de moins, la plus forte baisse du classement. [2]
  • Amoxicilline et acide clavulanique (Augmentin) : 6,5 millions de patients, 4 % de plus, alors que son spectre plus large appelle à la prudence. [2]
  • Fluoroquinolones : près de 1,5 million de patients, 14 % de moins, pour une famille aux effets indésirables parfois graves et durables. [2]

La qualité des prescriptions évolue moins vite que leur nombre : en 2025, 45 % des patients sous antibiotique ont reçu une molécule « à indication restreinte », celles qui pèsent le plus sur la résistance des bactéries, un point de moins seulement qu’en 2024. [2] Environ la moitié des prescriptions d’antibiotiques en France sont jugées inutiles ou inappropriées, par le choix de la molécule ou la durée du traitement, et huit médecins sur dix disent avoir du mal à refuser une ordonnance quand le patient la réclame. [2]

Restes de boîte et conseils de proches : les réflexes que vise la campagne

Le sondage commandé par l’Assurance maladie pointe une source d’erreurs inattendue : la famille. 40 % des Français citent leurs proches parmi leurs sources d’information sur les antibiotiques, et même 61 % des 18-34 ans, juste derrière les médecins (60 %). [1] Or ceux qui s’informent ainsi se trompent davantage : 57 % croient les antibiotiques efficaces contre la grippe, et 23 % en ont pris dans l’année qu’ils avaient déjà à la maison, cinq points de plus que les autres. [1] Chez les parents d’enfants de moins de 15 ans, un sur quatre suggère, voire insiste pour obtenir, une prescription auprès du médecin. [2]

Le paradoxe tient en deux chiffres : 73 % des Français estiment qu’on consomme trop d’antibiotiques en France, mais 5 % seulement pensent pouvoir réduire leur propre usage. [1] Six sur dix croient que la résistance aux antibiotiques ne concerne que les gros consommateurs. Elle touche pourtant tout le monde, car une bactérie résistante se transmet d’une personne à l’autre, souvent entre proches et sans que l’on s’en rende compte. [1] L’Assurance maladie estime qu’entre 5 500 et 12 500 décès par an en France sont dus à des bactéries résistantes, et l’ECDC en estime plus de 35 000 en 2020 dans l’Union européenne et l’Espace économique européen. [1][3]

« Lorsqu’une infection bactérienne devient difficile à traiter, les options thérapeutiques se réduisent. Il faut alors parfois recourir à des antibiotiques de deuxième intention, susceptibles d’entraîner davantage d’effets indésirables. »

Dr Catherine Grenier, médecin-conseil nationale de l’Assurance maladie

Les restes de traitement entretiennent le problème : une boîte entamée gardée « au cas où » ressort au prochain mal de gorge, sans diagnostic. La campagne distribue donc en pharmacie des sacs à ses couleurs pour inciter à rapporter les antibiotiques non utilisés. [1]

L’Assurance maladie résume la conduite à tenir en cinq gestes. [1]

  1. Ne prendre un antibiotique que s’il a été prescrit ou délivré par un professionnel de santé.
  2. Ne pas utiliser un reste de traitement, ni un antibiotique prescrit à quelqu’un d’autre.
  3. Respecter la dose, la fréquence et la durée indiquées sur l’ordonnance.
  4. Rapporter les médicaments non utilisés à la pharmacie, qui les élimine en toute sécurité.
  5. Prévenir les infections par les gestes barrières et la vaccination.
Sources et références

[1] Assurance Maladie — « Les antibiotiques, c’est vraiment pas automatique ». 4 Français sur 10 pensent encore que les antibiotiques soignent le rhume, communiqué de presse, 5 novembre 2026 (sondage Ipsos/BVA du 3 au 14 septembre 2026, 1 000 personnes de 18 ans et plus)
https://www.assurance-maladie.ameli.fr/sites/default/files/2026%2011%2005%20CP%20Cnam%20antibiotiques.pdf

[2] Assurance Maladie — Les antibiotiques, c’est vraiment pas automatique. Diminuer les prescriptions pour préserver leur efficacité, dossier de presse, novembre 2026 (données SNDS 2025), calculs Medilax
https://www.assurance-maladie.ameli.fr/sites/default/files/2026%2011%2005%20DP%20Cnam%20ATB%20presse%20pro.pdf

[3] ECDC — Antimicrobial consumption in the EU/EEA (ESAC-Net), Annual Epidemiological Report 2024, 18 novembre 2025 (tableaux 2 et 4), calculs Medilax
https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/antimicrobial-consumption-eueea-esac-net-annual-epidemiological-report-2024

[4] Santé publique France — Consommation d’antibiotiques en secteur de ville en France 2014-2024, 18 novembre 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/resistance-aux-antibiotiques/rapportsynthese/consommation-dantibiotiques-en-secteur-de-ville-en-france-2014-2024

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