Vous éteignez la lumière à 22 heures, mais le sommeil ne vient qu’une heure plus tard. Avez-vous « raté » le bon créneau pour votre cœur ? Non : l’étude souvent citée sur la fenêtre 22–23 heures ne définit pas une heure de coucher obligatoire. Elle a repéré une association entre le moment où des adultes s’endormaient et la survenue ultérieure de maladies cardiovasculaires.
Le résultat mérite de s’intéresser à ses nuits. Il ne vous oblige pas à avancer votre réveil ou à rester au lit les yeux ouverts pour respecter un horaire. Pour en tirer quelque chose d’utile, il faut d’abord distinguer l’heure affichée sur le réveil, le sommeil réellement obtenu et les contraintes de votre journée.
22–23 heures : le moment où le sommeil commence
Dans cette étude britannique publiée en 2021 dans European Heart Journal – Digital Health, les chercheurs ont analysé les données de 88 026 adultes de la UK Biobank. Leur âge moyen était d’environ 61 ans. Un accéléromètre porté au poignet pendant sept jours a permis d’estimer leurs horaires de sommeil à partir des mouvements. Il ne s’agissait donc pas simplement de leur demander à quelle heure ils allaient au lit. [1]
Le groupe dont l’endormissement était estimé entre 22 h et 22 h 59 présentait l’incidence cardiovasculaire la plus basse. Les autres groupes s’endormaient avant 22 heures, entre 23 heures et 23 h 59, ou à partir de minuit.
Cette distinction change la lecture du résultat : se glisser sous la couette à 22 h 30 pour lire, regarder son téléphone ou ruminer n’équivaut pas à s’endormir à cette heure-là. Le bracelet fournit lui aussi une estimation, pas une mesure parfaite de chaque phase du sommeil.

Un résultat sur plusieurs maladies, pas une garantie pour le cœur
Au cours d’un suivi moyen de 5,7 ans, 3 172 participants ont développé un événement entrant dans le critère étudié. Celui-ci regroupait plusieurs maladies cardiovasculaires non fatales : infarctus, insuffisance cardiaque, maladie cardiaque ischémique chronique, AVC et accident ischémique transitoire. Les comparaisons portaient sur cet ensemble, pas sur un taux d’infarctus ou d’AVC pris isolément. [1]
L’association avec les horaires d’endormissement persistait après la prise en compte de facteurs comme l’âge, la durée du sommeil, le tabagisme ou l’hypertension. Mais les participants n’avaient pas été répartis au hasard entre différents horaires. D’autres différences dans leur santé ou leur mode de vie peuvent encore intervenir.
On ne peut donc pas en conclure que déplacer son coucher vers 22 heures fera baisser son risque cardiovasculaire. Les résultats étaient aussi plus marqués chez les femmes que chez les hommes, et la cohorte ne représentait pas toute la population. L’étude ne démontre pas une protection obtenue en changeant d’horaire, ni une consigne particulière à appliquer aux femmes.
Et si votre vie ne permet pas de dormir à 22 heures ?
Un retour tardif du travail, un enfant qui se réveille, un proche à aider : le sommeil ne se règle pas toujours à la demande. Les auteurs n’ont d’ailleurs pas pu analyser de façon fiable les travailleurs de nuit comme un groupe distinct. La fenêtre observée ne suffit pas à leur prescrire le même horaire qu’à une personne travaillant le jour. [1]
Pour organiser vos nuits, partez plutôt de votre heure de lever et du temps dont vous avez besoin pour récupérer. L’Assurance maladie propose de prévoir environ huit heures, à adapter à vos besoins, et de retrouver progressivement des horaires réguliers. Elle recommande aussi d’aller dormir lorsque les signes de sommeil apparaissent : bâillements, paupières lourdes, envie de s’endormir. [2]
Si vous devez vous lever tôt, raccourcir encore votre nuit pour atteindre un créneau précis n’a pas de sens. Et si votre rythme est décalé par le travail, la question à discuter avec un professionnel est celle d’une organisation compatible avec vos horaires et votre récupération. Le suivi de votre fatigue dans la journée aide à décrire ce qui vous gêne, au-delà du nombre d’heures passées au lit.
Le soir et le matin, des repères plus faciles à tenir
Plutôt que de surveiller la minute où vous vous endormez, choisissez quelques habitudes réalistes. Les conseils de l’Assurance maladie associent rythme régulier, diminution des stimulations du soir et environnement propice au sommeil. Ils ne reposent pas sur l’obligation de s’endormir dans le créneau de l’étude. [2]
- Préparez une fin de soirée plus calme : lecture ou autre activité reposante, éclairage tamisé, écrans rangés et notifications coupées.
- Préférez un dîner léger, sans vous coucher en ayant faim. Limitez les excitants et l’alcool, qui ne constitue pas une aide au sommeil à rechercher.
- Gardez une chambre sombre, calme, aérée et peu chauffée, en adaptant ce que vous pouvez à votre logement.
- Au réveil, ouvrez les volets et retrouvez la lumière naturelle du matin. Essayez de conserver des heures de lever et de coucher aussi régulières que votre quotidien le permet.

Un petit agenda peut vous aider : notez le matin vos heures approximatives de coucher et de lever, les réveils dont vous vous souvenez et votre état dans la journée. Inutile de regarder l’heure à chaque éveil pour remplir les cases. Si vous ne parvenez pas à vous rendormir, une activité calme en lumière tamisée, puis le retour au lit lorsque la somnolence revient, fait partie des conseils proposés par l’Assurance maladie.
Une nuit au bon horaire peut quand même être une mauvaise nuit
Vous vous couchez tôt mais vous vous réveillez souvent, vous restez épuisé ou vous somnolez dans la journée ? Ces difficultés méritent d’être décrites au médecin plutôt que résumées à une heure de coucher trop tardive. Signalez notamment des ronflements importants ou des pauses respiratoires observées par un proche. Une apnée du sommeil peut être recherchée ; son diagnostic nécessite une évaluation et, si indiqué, un enregistrement du sommeil. [3]
Apportez votre agenda et la liste de vos traitements, sans les modifier vous-même pour avancer l’endormissement. Ne conduisez pas si vous luttez pour rester éveillé : la vigilance dans la journée compte davantage qu’un horaire conforme sur le papier. [2]
Le repère 22–23 heures peut vous inciter à regarder comment se passent vos nuits, mais il ne doit pas devenir une nouvelle source de pression. Cherchez un rythme tenable, du temps pour dormir et une récupération satisfaisante. Si votre sommeil reste perturbé ou vos journées difficiles, demandez un avis : l’objectif est de comprendre vos troubles, pas de réussir à vous endormir à une minute précise.
Sources et références
[1] Nikbakhtian S. et al. Accelerometer-derived sleep onset timing and cardiovascular disease incidence: a UK Biobank cohort study. European Heart Journal – Digital Health, 2021.
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9708010/
[2] Assurance maladie. Comment mieux dormir à l’âge adulte ? 11 mars 2026.
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/insomnie-adulte/vivre-insomnie
[3] Assurance maladie. Symptômes, diagnostic et évolution de l’apnée du sommeil. 7 août 2026.
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/apnee-du-sommeil/symptomes-diagnostic-evolution
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