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Encore piqué fin octobre ? La douceur prolonge la saison du moustique tigre, et 5 foyers de chikungunya ou de dengue ont eu un nouveau cas ce mois-ci

Une douceur rare et de fortes pluies prolongent la saison des moustiques. Au 19 octobre, 183 cas de chikungunya et 7 de dengue ont été contractés en France, et cinq foyers ont encore eu un cas ce mois-ci.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Dans un jardin d'automne, une femme assise à une table avec une tasse de thé se frotte l'avant-bras, comme après une piqûre.
Fin octobre, la douceur permet encore de déjeuner dehors, et les moustiques en profitent : la surveillance de la dengue et du chikungunya court jusqu'au 30 novembre.

À Dijon, à Chenôve ou à Quetigny, des habitants racontent ne plus pouvoir déjeuner au jardin sans se faire piquer, en ce mois d’octobre [9][13]. Sur le littoral du Gard, de l’Hérault et en Camargue, les équipes de démoustication font face à des éclosions sur des milliers d’hectares de zones humides [7][8]. Derrière la gêne, une question de santé reste ouverte : le moustique tigre, qui peut transmettre la dengue, le chikungunya et le Zika, n’a pas fini sa saison. Le dernier bulletin de Santé publique France recense encore un nouveau foyer de dengue, dans le Var, chez une personne tombée malade le 9 octobre, et des cas de chikungunya apparus jusqu’au 11 octobre [1].

Chaleur, pluies, éclosions : pourquoi les moustiques piquent encore fin octobre

La première explication est le thermomètre. La première moitié d’octobre 2026 a été 2,2 °C plus chaude que la normale, au 4e rang des plus douces depuis près d’un siècle ; l’indicateur thermique national a atteint 19,6 °C le 5 octobre, et il a fait 30,5 °C à Pau le 15 [6]. Or une femelle moustique vit environ quinze jours à trois semaines, et des températures qui dépassent 20 °C lui sont « très favorables », rappelle Jean-Claude Mouret, coordinateur opérationnel de l’EID Méditerranée, l’organisme public de démoustication du littoral [7].

La seconde est l’eau. Sur le pourtour méditerranéen, les pluies et les coups de mer de fin septembre et début octobre ont noyé des zones humides jusque-là sèches, où dormaient des stocks d’œufs : par endroits, il est tombé 150 à 200 mm dans la plaine de l’Hérault et les Cévennes [6][7]. Les larves peuvent alors atteindre plusieurs milliers par mètre carré, et il leur faut environ une semaine pour devenir des adultes qui piquent [8]. L’EID a traité plus de 1 500 hectares dans les seules Bouches-du-Rhône, en éliminant 80 à 85 % des larves ; avec la densité de départ, cela laisse quand même de nombreux moustiques [7][8]. En Côte-d’Or, le scénario est différent : la canicule et la sécheresse de juillet-août avaient limité les moustiques, puis les pluies de fin d’été et de septembre ont relancé leur reproduction [9].

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Toutes ces nuées ne sont pas des moustiques tigres. Dans les marais du littoral, ce sont surtout des moustiques communs, présents depuis toujours ; le moustique tigre, lui, se développe en ville, dans les petites réserves d’eau, et il a lui aussi profité des pluies [4][7]. Cette distinction compte pour la santé : ce sont les moustiques du genre Aedes, dont le moustique tigre, qui transmettent la dengue, le chikungunya et le Zika, tandis que le virus West Nile est transmis par ceux du genre Culex [1].

183 cas de chikungunya, 7 de dengue et aucun de Zika contractés en France cette année

Au 19 octobre, Santé publique France a identifié 183 cas autochtones de chikungunya, c’est-à-dire des personnes contaminées en France sans avoir voyagé, répartis en 22 foyers, ainsi que 7 cas de dengue dans 5 foyers [1]. Aucun cas de Zika n’a été contracté sur place. La semaine précédente, le compteur affichait 162 cas de chikungunya : 21 de plus en sept jours, même si le pic de l’épidémie remonte à la mi-septembre [1][2]. Sur les 22 foyers de chikungunya, 15 n’étaient pas encore clos le 19 octobre [1].

Infographie comparant les cas autochtones de chikungunya, de dengue et de Zika en 2026 et en 2025, avec les cinq foyers où un cas a débuté en octobre et les raisons météo de la prolongation.
Cinq foyers ont encore enregistré un cas en octobre, du Var à la Gironde, alors que la saison 2025 s’était prolongée jusqu’au 13 novembre. Infographie : Medilax.

Le détail par foyer montre que la transmission n’a pas cessé avec l’automne. Dans cinq foyers, le dernier malade connu a commencé à avoir des symptômes en octobre [1] :

  • Cavalaire-sur-Mer (Var) : 26 cas de chikungunya, le dernier débuté le 11 octobre ;
  • La Farlède (Var) : un cas de dengue, débuté le 9 octobre, nouveau foyer de la semaine ;
  • Saint-André-de-Cubzac (Gironde) : 4 cas de chikungunya, le dernier le 9 octobre ;
  • Prayssac (Lot), le plus gros foyer de l’année avec 36 cas, et Arcachon (Gironde), 18 cas : derniers cas débutés le 7 octobre.

L’année reste pour l’instant bien en dessous de 2025, qui avait battu tous les records : 809 cas autochtones de chikungunya et 30 de dengue, une flambée liée à l’épidémie de La Réunion et à une souche du virus particulièrement adaptée au moustique tigre [3]. Elle rappelle aussi que la saison peut durer : en 2025, le dernier cas de chikungunya contracté en France avait débuté le 13 novembre [3]. Le moustique tigre est aujourd’hui implanté dans 83 départements selon Santé publique France, et la surveillance renforcée court jusqu’au 30 novembre [1].

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Dengue, chikungunya, Zika : ce qu’un moustique encore actif change concrètement

Un foyer local démarre en général ainsi : un voyageur revient malade d’une zone où le virus circule, un moustique tigre le pique, puis pique une autre personne quelques jours plus tard. Les voyageurs malades restent nombreux : depuis le 1er mai, 456 cas de dengue importés ont été recensés, dont 145 au retour de Martinique, ainsi que 160 cas de chikungunya et 17 de Zika [1]. Chaque cas signalé déclenche une enquête et, si besoin, une démoustication autour des lieux fréquentés par le malade [1]. C’est ce qui s’est passé mi-octobre à La Séguinière, dans le Maine-et-Loire, autour d’un cas de dengue importé : nous avions détaillé les gestes demandés aux riverains pendant la démoustication.

Au retour d’une zone où ces virus circulent, Santé publique France recommande de consulter en cas de douleurs dans les articulations, les muscles ou la tête, d’éruption sur la peau, avec ou sans fièvre, ou de conjonctivite, et d’éviter de se faire piquer pour ne pas contaminer d’autres moustiques [4]. Cette année, plus de 180 personnes ont pourtant été contaminées en France sans avoir voyagé [1]. La dengue peut se compliquer ; le Zika, souvent bénin, se transmet aussi par voie sexuelle et peut provoquer des anomalies chez le fœtus, ce qui concerne d’abord les femmes enceintes [1][3].

Contrairement à une idée répandue, il existe des vaccins contre la dengue et le chikungunya, mais pas contre le Zika. Le vaccin Qdenga contre la dengue est recommandé par la Haute Autorité de santé dans les Antilles, en Guyane, à Mayotte et à La Réunion, pour certains enfants et pour les adultes de 17 à 60 ans qui ont une maladie chronique [11]. Contre le chikungunya, le vaccin Vimkunya est recommandé aux 65 ans et plus et aux 12-64 ans qui ont une maladie chronique, notamment avant un séjour dans une zone touchée ; Ixchiq peut être proposé dans certains cas, et aucun des deux n’est recommandé pendant la grossesse [12]. Même vacciné, il reste conseillé de se protéger des piqûres, puisque le même moustique transmet les autres virus [12].

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Un moustique qu’on ne pourra plus faire disparaître, mais qu’on peut freiner chez soi

« Aujourd’hui, on ne peut plus espérer l’élimination complète du moustique tigre », résume Théo Laborde, de la Fredon de Bourgogne-Franche-Comté [10]. Le ministère de la Santé ne dit pas autre chose : une fois le moustique installé dans une commune, « il est pratiquement impossible de s’en débarrasser » [5]. L’objectif est donc de réduire sa présence, et cela se joue surtout dans les jardins et sur les balcons, parce que ses larves se développent dans de toutes petites quantités d’eau [4].

Une main gantée vide une soucoupe de pot de fleurs remplie d'eau de pluie, à côté d'un seau et d'un vieux pneu où l'eau stagne avec des feuilles mortes.
Soucoupes, seaux, pneus, jouets : après les pluies d’automne, chaque petite réserve d’eau stagnante peut devenir un lieu de ponte pour le moustique tigre.

Santé publique France recommande de vider les petites réserves d’eau ou de remplir de sable humide les petits récipients, de couvrir les récupérateurs d’eau et les piscines d’enfant d’une bâche ou d’une moustiquaire, de ranger à l’abri de la pluie tout ce qui peut retenir de l’eau (arrosoirs, bassines, jouets, pneus) et de nettoyer les gouttières [4]. Pour se protéger des piqûres, elle conseille des vêtements amples et couvrants, un répulsif appliqué sur la peau en respectant sa notice, des moustiquaires aux fenêtres et des ventilateurs, mais pas de diffuseurs électriques en présence de femmes enceintes ou d’enfants de moins de 3 ans [4]. La présence du moustique tigre dans une commune où il n’a pas encore été repéré peut être signalée sur le portail de l’Anses, signalement-moustique.anses.fr [4].

Sources et références

[1] Santé publique France — Chikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 21 octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/2026-10/bullnat_arboviroses_20261021.pdf

[2] Santé publique France — Chikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 14 octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/2026-10/bullnat_arboviroses_20261014.pdf

[3] Santé publique France — Chikungunya, dengue et Zika en France hexagonale. Bilan 2025, mai 2026
https://invs.santepubliquefrance.fr/index.php/maladies-a-transmission-vectorielle/chikungunya/bulletin-national/chikungunya-dengue-et-zika-en-france-hexagonale-bilan-2025

[4] Santé publique France — Arboviral Diseases in 2026: Mosquito-Borne Diseases Continue to Spread This Summer
https://www.santepubliquefrance.fr/en/news/arboviral-diseases-2026-mosquito-borne-diseases-continue-spread-summer

[5] Ministère de la Santé — Cartes de présence du moustique tigre (Aedes albopictus) en France métropolitaine
https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/substances-chimiques/especes-nuisibles-et-parasites/article/cartes-de-presence-du-moustique-tigre-aedes-albopictus-en-france-metropolitaine

[6] La Chaîne Météo — Première quinzaine d'octobre en France : remarquablement douce et encore assez sèche, 16 octobre 2026
https://actualite.lachainemeteo.com/actualite-meteo/2026-10-16/premiere-quinzaine-d-octobre-en-france-remarquablement-douce-et-encore-assez-seche-93253

[7] Maritima — Pluies, plus de 20 °C au thermomètre : pourquoi les moustiques envahissent le Sud en plein mois d'octobre, octobre 2026
https://maritima.fr/actualites/sante/bouches-du-rhone/16242/pluies-plus-de-20-c-au-thermometre-pourquoi-les-moustiques-envahissent-le-sud-en-plein-mois-doctobre

[8] actu.fr — « Plusieurs milliers de larves au mètre carré » : pourquoi le Gard est envahi de moustiques depuis plusieurs jours, octobre 2026
https://actu.fr/occitanie/le-grau-du-roi_30133/plusieurs-milliers-de-larves-au-metre-carre-pourquoi-le-gard-est-envahi-de-moustiques-depuis-plusieurs-jours_64935588.html

[9] Le Bien Public — Encore des moustiques en octobre : « Cette année, c'est vraiment un enfer… », 20 octobre 2026
https://www.bienpublic.com/environnement/2026/10/20/encore-des-moustiques-en-octobre-cette-annee-c-est-vraiment-un-enfer

[10] Le Bien Public — « Aujourd'hui, on ne peut plus espérer l'élimination complète du moustique tigre », 21 octobre 2026
https://www.bienpublic.com/environnement/2026/10/21/aujourd-hui-on-ne-peut-plus-esperer-a-l-elimination-complete-du-moustique-tigre-mais-juste-a-reduire-sa-presence

[11] Haute Autorité de santé — QDENGA (vaccin tétravalent contre la dengue, vivant, atténué)
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3635500/fr/qdenga-vaccin-tetravalent-contre-la-dengue-vivant-attenue-vaccin-anti-dengue

[12] Vaccination Info Service (professionnels) — Chikungunya
https://professionnels.vaccination-info-service.fr/Maladies-et-leurs-vaccins/Chikungunya

[13] 20 Minutes — Côte-d'Or : pourquoi les moustiques sont-ils encore si nombreux en ce mois d'octobre ?, 21 octobre 2026
https://www.20minutes.fr/planete/4256274-20261021-cote-or-pourquoi-moustiques-encore-si-nombreux-mois-octobre

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