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Enceinte, vous broyez du noir depuis des semaines ? Soigner cette dépression avant la naissance a aussi modifié le cerveau des bébés suivis à l’IRM

Huit séances de psychothérapie suivies par des femmes enceintes en dépression ont réduit leurs symptômes et se sont accompagnées d’un hippocampe différent chez leur bébé, vu à l’IRM, selon un essai publié dans Nature Communications. En France, près de 3 femmes sur 4 en difficulté psychologique pendant leur grossesse ne reçoivent aucun soin, selon Santé publique France.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Medilax (1 min 16) : un essai américain a testé huit séances de psychothérapie chez des femmes enceintes en dépression, puis mesuré à l’IRM le cerveau de leurs bébés.

Des femmes enceintes en dépression ont suivi huit séances de psychothérapie, une par semaine. Quelques semaines après la naissance, leurs bébés sont passés à l’IRM pendant leur sommeil. Résultat publié le 16 octobre 2026 dans la revue Nature Communications : chez les 52 bébés dont la mère avait été tirée au sort pour suivre cette thérapie, l’hippocampe droit, une petite zone du cerveau qui intervient dans la mémoire et les émotions, était plus petit que chez les 57 bébés du groupe de comparaison. [1]

Ce n’est pas un défaut, au contraire : les chercheurs y voient le signe possible d’un cerveau qui mûrit à un rythme moins précipité. Surtout, c’est la première fois qu’un essai où le traitement est attribué au hasard relie le soin de la dépression d’une future mère au cerveau de son enfant. [2] Pour les lectrices concernées, le message utile tient pourtant d’abord à la mère : en France, près de 3 femmes sur 4 qui se sentent en difficulté psychologique pendant leur grossesse ne reçoivent aucun soin, selon Santé publique France. [3]

Dépression pendant la grossesse : huit séances de thérapie face aux soins habituels

L’essai, baptisé Care Project, a été mené à Denver, dans le Colorado, entre 2017 et 2021. Il a recruté 234 femmes enceintes de 18 à 45 ans, au plus à 25 semaines de grossesse, dont le questionnaire de dépistage remis en consultation montrait des symptômes dépressifs marqués. [1]

Une partie a été orientée, par tirage au sort, vers une psychothérapie interpersonnelle brève : 8 séances individuelles de 50 minutes, soit 6 heures 40 au total. Cette approche se concentre sur ce qui se joue au présent dans les relations, les conflits, le changement de rôle qu’impose l’arrivée d’un enfant et le soutien qu’on peut aller chercher. L’autre moitié a reçu des soins habituels « renforcés » : le suivi de grossesse normal, une séance d’information d’une heure sur la dépression et un suivi régulier par l’équipe. [1]

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Chez les mères, l’écart a été net. Entre l’entrée dans l’étude et la fin de la grossesse, la part de femmes en dépression majeure est passée :

  • de 36,5 % à 6,1 % dans le groupe psychothérapie ;
  • de 37 % à 26,1 % dans le groupe soins habituels renforcés. [1]

Autrement dit, sur 100 femmes déprimées au départ, environ 6 l’étaient encore à l’approche de l’accouchement avec la thérapie, contre 26 sans elle. La prise de médicaments psychiatriques pendant la grossesse, elle, concernait une part comparable des deux groupes, 25,5 % et 21,8 %, et les résultats chez les bébés tiennent compte de ces traitements. [1]

Infographie en trois parties. Chez les futures mères de l’essai : la dépression majeure passe de 36,5 % à 6,1 % avec 8 séances de psychothérapie de 50 minutes, contre 37 % à 26,1 % avec les soins habituels renforcés. Chez les bébés, IRM vers 6 semaines : 109 bébés suivis, une zone sur les 4 mesurées diffère nettement, l’hippocampe droit, plus petit d’environ 5 %, et à 6 mois un hippocampe plus petit va avec moins de réactions négatives, lien faible. En France, sur une grille de 100 carrés, 73 femmes en difficulté psychologique pendant leur grossesse n’ont reçu aucun soin de santé mentale ; 12,3 % des femmes se disaient en difficulté et 16,7 % avaient des symptômes de dépression deux mois après l’accouchement ; environ 58 000 femmes par an sans soin, calcul Medilax.
À gauche, la part de futures mères en dépression majeure au début et à la fin de la grossesse dans l’essai Care Project ; à droite, ce que l’IRM a montré chez leurs 109 bébés ; en bas, le non-recours aux soins en France. Infographie : Medilax, d’après Nature Communications, Santé publique France et l’Insee.

Hippocampe du bébé : un volume plus petit qui ne signe pas un retard

La nouvelle publication a suivi 109 des bébés nés dans l’essai. Ils ont passé une IRM vers 6 semaines, endormis naturellement, sans sédation. Les chercheurs ont mesuré quatre structures : l’hippocampe et l’amygdale, à droite et à gauche, deux régions très étudiées pour leur rôle dans le stress et les émotions. [1]

Un bébé de quelques semaines, emmailloté dans une couverture blanche et coiffé d’un casque antibruit, dort paisiblement sur la table rembourrée d’un appareil d’IRM dont l’anneau éclairé en bleu se devine en arrière-plan.
Un nourrisson emmailloté dort sur la table d’un appareil d’IRM, un casque antibruit sur les oreilles. Image d’illustration : dans l’étude, les 109 bébés ont passé leur IRM vers l’âge de 6 semaines, pendant leur sommeil naturel, sans être endormis par un médicament.

Une seule a nettement différé : l’hippocampe droit, plus petit d’environ 5 % dans le groupe psychothérapie, selon l’université du Colorado Anschutz, qui a piloté l’étude. [2] Pour les statisticiens, c’est un effet de taille moyenne. L’hippocampe gauche et les deux amygdales ne montraient pas de différence significative. [1]

Pourquoi « plus petit » serait-il une bonne nouvelle ? Plusieurs études antérieures, fondées sur de simples observations, avaient trouvé chez les nourrissons exposés à une dépression maternelle non traitée un hippocampe et une amygdale plus gros que la moyenne. L’hypothèse des chercheurs est celle d’une maturation accélérée : face au stress, le cerveau grandirait plus vite, au prix d’une période de souplesse raccourcie et d’une fragilité émotionnelle plus tard. Dans cette lecture, la thérapie aurait freiné cette accélération. [1]

Le suivi à 6 mois va dans ce sens, avec prudence. Lors d’une épreuve standardisée, les bébés au plus petit hippocampe montraient en moyenne moins de réactions négatives, un trait du tempérament associé à un risque plus élevé de troubles émotionnels plus tard. Le lien est faible, et l’étude ne dit pas encore ce que deviendront ces enfants. [1]

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Les auteurs posent eux-mêmes les limites qui comptent : ces mesures sur les bébés étaient des critères exploratoires, il n’y a eu qu’une seule IRM, et toutes les familles venaient d’une même ville américaine et parlaient anglais. En revanche, tenir compte d’une dépression de la mère après l’accouchement ne changeait pas le résultat, ce qui plaide pour un effet qui s’est joué pendant la grossesse. [1]

En France, près de 3 femmes sur 4 en difficulté pendant leur grossesse restent sans soins

L’essai américain pose une question très concrète de ce côté de l’Atlantique : ces femmes sont-elles soignées ? L’Enquête nationale périnatale de 2021, dont Santé publique France a publié la synthèse en 2026, apporte une réponse peu rassurante. 12,3 % des femmes ayant accouché dans l’Hexagone se disaient en difficulté psychologique pendant leur grossesse, et 73,1 % d’entre elles n’avaient eu recours à aucun soin de santé mentale avant l’accouchement. [3]

Rapportées aux 645 000 naissances enregistrées en France en 2025 par l’Insee, ces proportions correspondraient à environ 58 000 femmes par an qui traversent une grossesse en souffrance psychique sans aide spécialisée. Ce calcul de la rédaction donne un ordre de grandeur : il applique des proportions mesurées en 2021 aux naissances de 2025. [3] [5]

Le détail de l’enquête montre où le repérage décroche. Les femmes qui avaient eu un diabète gestationnel, une hypertension ou une anémie pendant leur grossesse étaient plus souvent restées sans soins psychologiques, comme si le suivi du corps prenait toute la place. À l’inverse, celles qui avaient reçu une sage-femme à domicile, rencontré un travailleur social ou suivi les séances de préparation à la naissance y accédaient plus souvent. Santé publique France demande que les soins de santé mentale pendant la grossesse soient considérés comme aussi importants que ceux du diabète gestationnel ou de l’hypertension. [3]

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Après la naissance, la difficulté ne s’efface pas d’elle-même : deux mois après l’accouchement, 16,7 % des femmes présentaient des symptômes de dépression, et encore 11,9 % au bout d’un an. [3] Ramené aux naissances de 2025, cela représente, selon notre calcul, plus de 100 000 femmes à deux mois. [4] [5]

Entretien prénatal, préparation à la naissance, psychologue : les portes d’entrée existantes

Plusieurs rendez-vous déjà prévus dans le suivi de grossesse peuvent servir à en parler. L’entretien prénatal précoce doit être proposé à toutes les femmes enceintes depuis 2020, dès le 4e mois : il sert justement à repérer tôt les fragilités, y compris psychologiques. Les séances de préparation à la naissance sont remboursées à 100 % par l’Assurance maladie, et Santé publique France note qu’elles s’accompagnent d’un meilleur accès aux soins psychologiques. [3] Un entretien postnatal précoce est aussi devenu obligatoire après l’accouchement. [4]

Pour une prise en charge, le dispositif Mon soutien psy donne accès à 12 séances par an avec un psychologue libéral partenaire, que l’agence cite comme une piste pour ces femmes. [3] La psychothérapie interpersonnelle testée à Denver est une méthode précise ; en pratique, le choix du soin se fait avec la sage-femme, le médecin ou le psychiatre, selon l’intensité des symptômes.

Deux mois après l’accouchement, 5,4 % des femmes déclaraient des idées suicidaires. [4] En cas de pensées de ce type, pendant ou après la grossesse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond jour et nuit, gratuitement ; en cas de danger immédiat, il faut appeler le 15 ou le 112.

Sources et références

[1] Demers C. H., Hankin B. L., Davis E. P. et coll. — Infant hippocampal and amygdala volume in an observational follow-up from a randomized clinical trial for maternal prenatal depression, Nature Communications, 16 octobre 2026
https://www.nature.com/articles/s41467-026-78276-4

[2] University of Colorado Anschutz — Study Finds Treating Depression During Pregnancy May Benefit Babies' Brain Development, communiqué, 16 octobre 2026
https://www.prnewswire.com/news-releases/study-finds-treating-depression-during-pregnancy-may-benefit-babies-brain-development-302909402.html

[3] Santé publique France — Santé mentale des femmes en période périnatale en France en 2021 : résultats issus des enquêtes nationales ENP, ENP-DROM et Epifane, synthèse des travaux de l’agence, 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/cadic_files/documents/spf00006736.pdf

[4] Doncarli A., Tebeka S. et coll. — Prévalence de la dépression, de l’anxiété et des idées suicidaires à deux mois post-partum : données de l’Enquête nationale périnatale 2021 en France hexagonale, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 18, 19 septembre 2023
https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2023/18/2023_18_1.html

[5] Insee — Naissances et taux de natalité, bilan démographique 2025
https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381380

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