« +64 % de cancers du sein chez les moins de 30 ans » : le chiffre circule en plein Octobre rose. Il vient d’une étude française publiée en octobre 2025 dans la revue The Breast, menée sur les registres des cancers du réseau Francim avec Santé publique France et l’Institut national du cancer (INCa). [1] Vérifié à la source, il mesure autre chose : chez les femmes âgées de 30 ans, le taux de nouveaux cancers du sein est passé de 16,1 à 26,3 pour 100 000 entre 1990 et 2023, soit +63 %. L’étude compare des femmes de 30 ans d’une génération à l’autre ; elle ne donne pas de chiffre pour l’ensemble des moins de 30 ans.
Ces cancers restent rares. À 30 ans, 26,3 cas pour 100 000 femmes par an représentent environ 1 femme sur 3 800 chaque année (calcul de la rédaction). Mais à cet âge, personne ne vous invite à une mammographie : le programme national de dépistage commence à 50 ans. Avant, tout repose sur deux choses, l’examen des seins par un médecin et l’attention que chaque femme porte aux changements de son corps.
Avant 50 ans, ce sont les femmes qui découvrent le plus souvent l’anomalie
Le dépistage organisé invite les femmes de 50 à 74 ans à une mammographie tous les deux ans. [3] Plus jeune, il n’y a pas d’examen systématique, et cela se voit dans les chiffres. Selon l’Institut Curie, les cancers du sein des femmes jeunes « sont souvent découverts à un stade plus avancé, avec des tailles tumorales plus importantes et un envahissement ganglionnaire plus fréquent », ce qui est « notamment lié au fait que les femmes jeunes ne sont pas concernées par le dépistage organisé ». [5]
Les registres le mesurent. Dans un échantillon de plus de 11 000 cancers du sein diagnostiqués entre 2009 et 2015, cité par la Haute Autorité de santé (HAS), 33,6 % des cancers des femmes de moins de 50 ans étaient découverts à un stade dit régional, c’est-à-dire avec des ganglions atteints, contre 25,2 % chez les 50-74 ans. [3] Reconnaître tôt un signe inhabituel compte donc davantage à 25 ou 30 ans qu’à 55.
Les 5 signes qui doivent faire consulter, à tout âge
Un cancer du sein donne peu de signes au début. Quand ils apparaissent, la Fondation ARC en cite cinq [6] :
- une boule, une masse ou une zone qui durcit dans le sein, souvent sans douleur ;
- un ganglion gonflé et dur sous l’aisselle ;
- une peau qui change : rougeur, déformation, plis qui se creusent, aspect de peau d’orange ;
- un mamelon qui se rétracte ou un écoulement anormal par le mamelon ;
- plus rarement, une douleur du sein.
Pour l’écoulement, la Fondation ARC précise ce qui doit alerter : un écoulement sanglant, qui persiste ou qui ne concerne qu’un seul sein. [6] Une variation de taille ou de forme d’un sein fait aussi partie des changements à montrer « sans attendre » à un médecin généraliste ou à un gynécologue. Aucun de ces signes ne veut dire cancer : la plupart ont une cause bénigne. Ils justifient en revanche un examen, quel que soit l’âge.

« Sûrement bénin » : pourquoi une boule qui persiste doit être recontrôlée
C’est le piège propre à cet âge. À 25 ou 30 ans, une boule dans le sein correspond le plus souvent à un kyste ou à un fibroadénome, une tumeur bénigne fréquente chez les femmes jeunes. Cette faible probabilité rassure, à juste titre, mais elle peut aussi retarder les examens quand l’anomalie persiste. [7] Le Pr Pascal Pujol, premier auteur de l’étude de The Breast et président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP), rappelle l’importance « d’investiguer toute masse mammaire chez une jeune femme ». [2]
Les examens ne sont pas ceux d’une femme de 60 ans. Chez une femme jeune, le sein est plus dense, plus riche en tissu glandulaire, ce qui rend la mammographie moins fiable : une anomalie peut s’y confondre avec le tissu normal. [3] L’échographie est donc souvent le premier examen. Selon le Pr Pujol, « l’IRM est l’examen de choix en cas de doute dans cette tranche d’âge, car sa sensibilité est nettement meilleure que celle de la mammographie ou de l’échographie ». [2] Si une image paraît suspecte, une biopsie, c’est-à-dire le prélèvement d’un petit fragment, permet de trancher.

Le parcours de Carine, membre de l’association Jeune & Rose, recueilli par France Culture, illustre ce suivi. [8] En 2024, à l’approche de ses 33 ans, elle consulte pour une boule. Un radiologue évoque d’abord un adénofibrome, une lésion bénigne, et prévoit un contrôle six mois plus tard. Lors de ce contrôle, dans un autre centre, l’image paraît suspecte : la biopsie confirme un cancer du sein hormonodépendant. Elle est aujourd’hui en rémission et suivie régulièrement. Le contrôle programmé a joué son rôle, et c’est la raison pour laquelle un rendez-vous de contrôle ne se saute pas, même quand le premier avis était rassurant.
Un examen des seins chaque année dès 25 ans, plus tôt si la famille est concernée
L’absence de mammographie ne veut pas dire absence de suivi. La HAS recommande un examen clinique des seins chaque année, par le médecin traitant ou le gynécologue, chez toute femme à partir de 25 ans, qu’elle soit à risque ou non. [4] C’est l’occasion de signaler un changement remarqué entre deux visites.
L’histoire familiale change ensuite le calendrier. Selon l’Institut Curie, des prédispositions génétiques sont retrouvées chez 20 % des patientes de moins de 30 ans, et chez 15 % des moins de 40 ans, contre 5 à 7 % de l’ensemble des cas. [5] Plusieurs cancers du sein ou de l’ovaire dans une même branche de la famille, surtout à un âge jeune, justifient d’en parler au médecin, qui peut orienter vers une consultation d’oncogénétique. La branche paternelle compte autant que la branche maternelle.
| Situation | Suivi recommandé |
|---|---|
| Toute femme, dès 25 ans | Un examen clinique des seins par an [4] |
| Risque très élevé (mutation BRCA1 ou BRCA2, par exemple) | Un examen clinique dès 20 ans, une imagerie annuelle avec IRM dès 30 ans [4] [9] |
| Signe inhabituel, à tout âge | Une consultation, puis des examens selon ce qui est trouvé |
Des cancers plus souvent agressifs chez les femmes jeunes, et une équipe de l’Inserm à Nantes qui cherche pourquoi
Chez les femmes de moins de 40 ans, 22 % des cancers du sein sont « triple négatifs », deux fois plus que la moyenne (11 %), selon l’Institut Curie. [5] Ces tumeurs n’ont ni récepteurs aux hormones ni excès de la protéine HER2, ce qui écarte l’hormonothérapie et les traitements ciblant HER2. Les cancers des femmes jeunes demandent aussi plus souvent des traitements intensifs, avec des conséquences sur la fertilité et les projets de grossesse : l’Institut Curie ouvrira début 2027 un parcours dédié aux patientes jeunes. [5]
À Nantes, le programme Artémis du Centre de recherche en cancérologie et immunologie intégrée Nantes-Angers (CRCI²NA, Inserm, CNRS) tente de comprendre cette agressivité. [8] Son équipe cultive des organoïdes, de petites tumeurs en trois dimensions obtenues à partir des prélèvements de 80 patientes, pour observer comment les cellules s’organisent, migrent et résistent aux traitements. L’une des pistes est la plasticité cellulaire, « la capacité des cellules à changer d’identité », explique le biologiste de l’Inserm Vincent Guen, qui pilote Artémis : certaines cellules tumorales « peuvent ralentir ou arrêter leur prolifération, résister aux traitements, puis recommencer à se multiplier ». L’hypothèse d’une plasticité plus grande avant 40 ans n’est pas encore confirmée. Financé à hauteur de 250 000 euros par l’association Ruban Rose, le programme doit durer cinq ans.
Reste la question de la hausse elle-même. Le Pr Pujol cite d’abord les facteurs hormonaux, comme une puberté plus précoce, une première grossesse plus tardive ou moins d’allaitement, mais estime qu’ils « ne paraissent pas suffire à expliquer la forte augmentation » ; alimentation, sédentarité et polluants sont aussi étudiés. [2]
Côté dépistage, le débat porte sur la quarantaine, pas sur les femmes de 25 ou 30 ans. Saisie par la Direction générale de la santé, la HAS a lancé en février 2026 l’évaluation d’une extension du dépistage organisé aux femmes de 45 à 49 ans, voire plus jeunes, et aux 75-79 ans ; sa recommandation est attendue au quatrième trimestre 2026. [3] Avant 40 ans, une mammographie systématique exposerait beaucoup de femmes à des examens peu performants sur des seins denses et à des fausses alertes, pour peu de cancers détectés : l’examen annuel et la consultation au moindre signe restent la règle.
Sources et références
[1] Pujol P. et al. — Increasing incidence of breast cancer in young women over time, The Breast, octobre 2025 (DOI 10.1016/j.breast.2025.104555)
https://doi.org/10.1016/j.breast.2025.104555
[2] Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP) — Cancer du sein chez les jeunes femmes : une hausse continue depuis 30 ans, communiqué du 8 octobre 2025
https://www.gazettelabo.fr/media/files/Augmentation%20CS%20femmes%20jeunes%20SFMPP_final.pdf
[3] Haute Autorité de santé — Évaluation de l’opportunité d’élargir les bornes d’âge du dépistage organisé du cancer du sein en France, note de cadrage, février 2026 (données Santé publique France et Francim)
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3892249/fr/evaluation-de-l-opportunite-d-elargir-les-bornes-d-age-du-depistage-organise-du-cancer-de-sein-en-france-note-de-cadrage
[4] Haute Autorité de santé — Dépistage du cancer du sein en France : identification des femmes à haut risque et modalités de dépistage, 2014
https://www.has-sante.fr/jcms/c_1741170/fr/depistage-du-cancer-du-sein-en-france-identification-des-femmes-a-haut-risque-et-modalites-de-depistage
[5] Institut Curie — Cancer du sein chez les femmes jeunes : face à la hausse des cas, il est urgent d’accélérer la recherche et d’adapter la prise en charge, communiqué du 15 septembre 2026
https://presse.curie.fr/cancer-du-sein-chez-les-femmes-jeunes-face-a-la-hausse-des-cas-il-est-urgent-daccelerer-la-recherche-et-dadapter-la-prise-en-charge/?lang=fr
[6] Fondation ARC pour la recherche sur le cancer — Quels sont les symptômes d’un cancer du sein ?
https://www.fondation-arc.org/sinformer-sur-le-cancer/les-differents-cancers/le-cancer-du-sein/quels-sont-les-symptomes-dun-cancer-du-sein/
[7] Ma Santé — Cancer du sein : +64 % chez les femmes de moins de 30 ans, comment l’expliquer ?, octobre 2026
https://ma-sante.news/cancer-sein-pourquoi-cas-augmentent-autant-chez-femmes-moins-30-ans/
[8] France Culture (Radio France), Tara Schlegel — Cancer du sein : à Nantes, des chercheurs de l’Inserm tentent de mieux comprendre son agressivité chez la femme jeune, 20 octobre 2026
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-reportage-de-la-redaction/a-nantes-des-chercheurs-inserm-tentent-de-mieux-comprendre-l-agressivite-des-cancers-du-sein-de-la-femme-jeune-4237260
[9] Institut national du cancer — Dépistage du cancer du sein : les niveaux de risque
https://www.cancer.fr/toute-l-information-sur-les-cancers/se-faire-depister/les-depistages/depistage-du-cancer-du-sein/les-niveaux-de-risque
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