Un premier produit, puis un deuxième parce que la gêne ne passe pas… Quand le nez coule ou que la gorge gratte, la tentation est de compléter ce que l’on a déjà pris. L’enquête publiée le 17 septembre 2026 par 60 Millions de consommateurs invite pourtant à regarder ce que chaque boîte apporte réellement. Elle porte sur plus de 100 médicaments, compléments alimentaires et dispositifs médicaux, dont 90 présentés en fiches. Son constat ne permet pas de condamner toute l’automédication. Il donne surtout une raison de ne pas confondre achat supplémentaire et meilleur soulagement. [1]
Ce que le « feu vert » de l’enquête mesure vraiment
Avec des professionnels de santé spécialisés, le magazine a examiné la nature et le dosage des ingrédients, les promesses sur les emballages et les mises en garde des notices. Environ 15 % des produits étudiés reçoivent un feu vert : ils réunissent une efficacité jugée satisfaisante, des effets indésirables limités au regard du bénéfice et un mode d’emploi clair. Ce n’est donc pas un taux de réussite mesuré chez des patients. L’enquête est une analyse de composition et de notices, pas un essai clinique.
Les réserves ne sont pas toutes les mêmes. Le magazine relève 35 produits problématiques dans sa sélection, pour des raisons allant d’un bénéfice insuffisant à des précautions incomplètes, des ingrédients inadaptés ou des doses dépassant certaines limites de sécurité. D’autres produits sont déclassés malgré une efficacité reconnue, notamment pour leurs précautions d’emploi complexes. Impossible, à partir de cette sélection, d’affirmer que tous les médicaments sans ordonnance seraient inutiles ou dangereux.
Pour vous, la question devient plus précise : quel effet attendez-vous de ce produit, et à quelles conditions ? Une promesse d’apaisement, un traitement d’un symptôme et la réduction de la durée d’une maladie ne sont pas trois façons de dire la même chose.
Un complément contre le rhume n’est pas un deuxième traitement garanti
Prenons une situation familière : vous avez déjà choisi un produit pour une gêne liée au rhume et envisagez d’ajouter des vitamines « pour récupérer plus vite ». Avant de multiplier les achats, il faut distinguer le besoin nutritionnel de l’effet espéré sur cet épisode. Le statut de complément alimentaire ne garantit ni ce bénéfice, ni l’absence d’interactions avec vos médicaments.
La vitamine C illustre bien cette différence. Chez l’adulte, les essais où elle était commencée après les premiers symptômes n’ont pas montré d’effet constant sur la durée ou la sévérité du rhume. Les résultats modestement favorables observés lorsque la prise était déjà régulière avant le rhume ne permettent pas de promettre le même effet avec une cure ajoutée maintenant. Ce point est détaillé dans notre article ci-dessous : il ne fournit pas de dose à reproduire chez soi.
Ajouter un produit « naturel » mérite aussi un échange. L’Assurance Maladie rappelle que les compléments alimentaires peuvent interagir avec des médicaments. Le pharmacien doit donc connaître toutes vos prises, pas seulement la dernière boîte achetée. [2]
Si cela ne soulage pas, revenir au symptôme plutôt que changer de boîte
L’absence d’amélioration ne prouve pas, à elle seule, qu’un médicament est inefficace. Le produit peut ne pas correspondre au problème que l’on cherche à traiter. L’Assurance Maladie cite ainsi des toux liées à une allergie ou à un reflux : des symptômes proches peuvent avoir des causes différentes. Acheter une autre référence sans réexaminer la situation peut laisser la véritable cause sans prise en charge.

Il y a aussi l’usage réel du produit : la dose, les moments de prise et la durée prévus dans la notice ont-ils été respectés ? La bonne réponse n’est ni d’augmenter les doses pour accélérer l’effet, ni de multiplier les prises. Ces gestes peuvent exposer à un surdosage sans résoudre la raison du manque de soulagement.
Si les symptômes s’aggravent, se modifient ou persistent au-delà de la durée maximale prévue pour l’automédication, il faut consulter. Cette limite concerne le produit utilisé pour cet épisode ; elle n’est pas une consigne d’arrêt de vos traitements prescrits. [2]

Les 33 molécules demandées ne sont pas une nouvelle liste de courses
Un autre débat s’est ouvert le 23 septembre 2026. La FSPF, l’USPO et NèreS, qui représente les laboratoires de produits de premier recours, ont proposé de rendre 33 molécules accessibles sans ordonnance, sous conseil pharmaceutique. Leur proposition prévoit des critères de délivrance et une orientation médicale lorsque nécessaire. Elle ne constitue pas une nouvelle autorisation de vente de ces présentations. [3]
Cette liste et la sélection de 60 Millions ne sont pas les mêmes. L’une concerne un accès envisagé à des médicaments ; l’autre examine des produits déjà commercialisés et leurs conditions d’utilisation. Un accès plus simple ne dispense donc pas de vérifier l’indication, les contre-indications ou les autres traitements pris.
Au comptoir, apporter ce que l’on prend déjà
Pour faire le point, donnez le nom exact du produit, depuis quand vous l’utilisez et ce qui n’a pas changé dans vos symptômes. Une boîte, sa notice, une photo des emballages et votre ordonnance aident à retrouver les prises, y compris les compléments. Demandez si le produit convient encore à la situation et si un avis médical est nécessaire avant tout ajout.
La logique vaut également pour un « protecteur gastrique » : il ne s’ajoute pas automatiquement à un autre médicament. L’indication, les autres prises et le risque digestif comptent dans la décision. Si un inhibiteur de la pompe à protons, ou IPP, vous est prescrit, sa durée se réévalue avec les soignants, sans décider seul d’une date d’arrêt.
Ne pas être soulagé est une information à transmettre, pas une invitation à empiler les boîtes. L’Assurance Maladie recommande un seul médicament à la fois en automédication et de ne pas le cumuler avec d’autres traitements sans conseil. Avant une nouvelle prise, faire le point sur le symptôme, la notice et ce que vous utilisez déjà peut conduire à un choix mieux adapté — ou à une consultation plutôt qu’à un achat.
Sources et références
- 60 Millions de consommateurs, Sophie Coisne, enquête sur les produits d’automédication, 17 septembre 2026. https://www.60millions-mag.com/sante-bien-etre/article/automedication-trop-dindesirables-parmi-les-100-produits-etudies-20260917/
- Assurance Maladie, « Se soigner seul avec l’automédication », 11 septembre 2025. https://www.ameli.fr/assure/sante/medicaments/utiliser-recycler-medicaments/automedication
- FSPF–USPO–NèreS, « Face aux difficultés d’accès aux soins, les pharmaciens veulent faire plus pour les Français », communiqué du 23 septembre 2026. https://uspo.fr/156664-2/
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