L’eau dans le cerveau chez une personne âgée passe souvent pour un simple effet de l’âge. Pourtant, elle peut souvent être améliorée.
Entre Alzheimer, Parkinson et un souci de dos, on s’y perd vite. On fait le point.
Quand faut-il consulter ?
Une marche qui ralentit, des chutes à répétition, des fuites urinaires : pris seuls, ces signes semblent anodins. Ensemble, ils méritent un avis médical sans attendre.
Prenez rendez-vous rapidement avec votre médecin traitant si vous observez :
- une marche devenue lente, hésitante ou instable
- des difficultés à vous lever d’une chaise ou à faire demi-tour
- une tendance à tomber sans cause claire
- des envies urinaires urgentes ou des fuites nouvelles
- un changement progressif du comportement ou des habitudes
Ces signes évoluent lentement, et c’est ce qui les rend trompeurs. Vous avez déjà mis une chute sur le compte de l’âge ? Reparlez-en quand même au médecin.
L’hydrocéphalie à pression normale peut ressembler à la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Elle peut aussi passer pour un problème des articulations.
Si les troubles surviennent brutalement, appelez tout de suite le 15 ou le 112. Faiblesse d’un bras ou d’une jambe, visage déformé, difficulté à parler, perte de connaissance, crise convulsive : ces symptômes peuvent révéler un accident vasculaire cérébral.
Consultez aussi en urgence après un choc à la tête. C’est aussi le cas si des vomissements, une somnolence inhabituelle, un mal de tête intense ou une confusion apparaissent.
Attention : ne conduisez pas vous-même la personne. Installez-la en sécurité et notez l’heure de début des symptômes.
Qu’est-ce que l’hydrocéphalie à pression normale ?
L’hydrocéphalie à pression normale, ou HPN, c’est une accumulation de liquide céphalo-rachidien dans les ventricules. Ce sont des cavités situées au centre du cerveau. Ce liquide protège le cerveau et circule autour de lui. Normalement, il est ensuite réabsorbé.
Dans l’HPN, le liquide s’évacue mal. Les ventricules se dilatent peu à peu. Cela perturbe des zones du cerveau qui gèrent la marche, l’équilibre, l’attention et le contrôle urinaire.
Le nom surprend. « Pression normale » veut dire que la pression mesurée lors d’un examen peut rester normale, voire un peu élevée. Pourtant, le volume de liquide augmente.
L’HPN touche surtout les personnes âgées. Elle n’est pas un passage obligé du vieillissement. Bonne nouvelle : un traitement peut souvent l’améliorer. Plus le diagnostic arrive tôt, mieux c’est, surtout si les symptômes s’aggravent.
La maladie associe classiquement trois familles de symptômes :
- La marche, le signe le plus souvent visible en premier.
- La cognition, avec ralentissement, baisse d’attention, difficulté à planifier ou à s’organiser.
- Les urines, avec envies pressantes, mictions fréquentes et parfois incontinence.
Pourquoi survient-elle ?
Dans beaucoup de cas, aucune cause précise n’est retrouvée. Les médecins parlent alors d’hydrocéphalie à pression normale idiopathique. Autrement dit, on ne sait pas d’où elle vient. Étonnant, non ?
Parfois, elle suit une atteinte du cerveau ou de ses enveloppes. C’est l’HPN secondaire.
Parmi les causes possibles :
- une hémorragie sous-arachnoïdienne, c’est-à-dire un saignement autour du cerveau
- une méningite ou une autre infection du système nerveux
- un traumatisme crânien important
- un accident vasculaire cérébral
- plus rarement, une tumeur ou un kyste qui gêne la circulation du liquide
Avant la consultation, notez vos antécédents et leurs dates. Une ancienne chute avec traumatisme crânien ? Une infection méningée ? Ces détails peuvent orienter tout le bilan.
Avec l’âge, plusieurs maladies peuvent s’installer en même temps. Vous pouvez donc avoir une HPN et une maladie d’Alzheimer, de Parkinson, une atteinte vasculaire ou un problème de colonne vertébrale. C’est ce mélange qui rend le diagnostic si délicat.
Comment se manifeste l’HPN ?
La marche donne souvent le premier signal. Vous voyez la personne avancer lentement, faire des pas courts et écarter les pieds pour tenir debout. Changer de direction lui coûte. Démarrer peut même devenir difficile.
On parle de « marche magnétique ». Les pieds semblent collés au sol, surtout au démarrage ou pour faire demi-tour. Les chutes peuvent arriver vers l’arrière, parfois avant toute perte de mémoire notable.
Repérez les changements dans la vie de tous les jours :
- la personne se tient aux meubles ou aux murs
- elle renonce aux escaliers ou aux sorties
- elle multiplie les petits pas pour tourner
- elle se relève difficilement d’un fauteuil
- elle marche moins vite qu’avant, même sur une courte distance
- elle tombe sans vertige évident
Les troubles cognitifs ne ressemblent pas toujours à une perte de mémoire nette. Ils commencent souvent par une lenteur générale. L’attention baisse, organiser une tâche devient compliqué, et l’envie d’agir diminue.
Une infection urinaire, un médicament, une constipation, un diabète ou un problème de prostate peuvent aussi donner envies et fuites. Le médecin doit donc chercher ces causes en parallèle.
Les symptômes progressent en général lentement, avec une intensité variable. Il n’est pas nécessaire d’avoir les trois signes pour envisager une HPN. Le trouble de la marche reste souvent le plus utile pour orienter le bilan.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Aucun symptôme isolé ne suffit. Votre médecin vous interroge, interroge aussi votre proche, examine le système nerveux et analyse la marche. Il cherche aussi d’autres maladies qui pourraient expliquer ces troubles.
Préparez la consultation avec une liste simple :
- la date approximative du début des troubles
- le nombre et les circonstances des chutes
- l’évolution de la vitesse de marche
- les envies urinaires, fuites ou réveils nocturnes
- les changements d’attention, de mémoire ou d’initiative
- les traitements en cours, antécédents neurologiques et chocs à la tête
L’imagerie cérébrale
Vient ensuite l’imagerie. L’IRM est en général l’examen de référence. Elle repère des ventricules dilatés et une répartition anormale du liquide autour du cerveau.
Si l’IRM est impossible ou indisponible, on peut faire un scanner cérébral. Il permet aussi d’écarter d’autres causes, comme un hématome sous-dural ou une tumeur.
Attention : des ventricules dilatés ne confirment pas seuls l’HPN. Ils peuvent aussi accompagner une atrophie cérébrale, une maladie neurodégénérative ou un blocage de la circulation du liquide.
Le bilan peut inclure un examen neuropsychologique. Il explore l’attention, la mémoire, le langage, la planification, l’humeur et l’initiative.
La ponction lombaire évacuatrice
Le médecin compare souvent la marche avant et après une ponction lombaire évacuatrice. Une petite quantité de liquide cérébro-spinal est retirée dans le bas du dos, après anesthésie locale.
Les tests de marche sont faits à trois moments :
- le temps pour parcourir 10 mètres, se lever, faire demi-tour et se rasseoir, avant le geste
- le même test quelques heures après le geste
- le même test environ 24 heures plus tard
Une nette amélioration de la marche renforce l’hypothèse d’une HPN. Elle laisse aussi entrevoir une réponse possible à une dérivation. À l’inverse, l’absence d’amélioration immédiate ne suffit pas toujours à écarter la maladie.

Dans certains centres spécialisés, un test de perfusion mesure la résistance à l’écoulement du liquide. Il aide à repérer les personnes qui peuvent bénéficier d’une chirurgie.
La ponction doit être faite dans de bonnes conditions. Une imagerie peut être nécessaire avant, en cas de signes d’hypertension intracrânienne, de déficit neurologique ou d’anomalie rendant le geste dangereux.
Le diagnostic différentiel reste indispensable. Il faut aussi envisager :
- la maladie d’Alzheimer
- la maladie de Parkinson
- un accident vasculaire ancien
- une neuropathie
- un trouble vestibulaire
- une arthrose sévère
- un canal lombaire étroit
Comment se traite l’HPN, et quel est le pronostic ?
Le traitement principal repose sur une dérivation du liquide cérébro-spinal. Un petit tuyau relié à une valve évacue ce liquide. Il part d’un ventricule et rejoint le plus souvent l’abdomen.
La dérivation ventriculo-péritonéale comprend en général :
- un cathéter placé dans un ventricule cérébral
- une valve qui règle le débit
- un second cathéter passé sous la peau jusqu’au péritoine, dans l’abdomen
Le dispositif reste sous la peau. La valve peut être réglée pour adapter le drainage. Une radiographie de contrôle est parfois proposée après un réglage. Une IRM peut aussi être demandée, mais le champ magnétique peut modifier certains systèmes.
Dans des cas particuliers, la ventriculocisternostomie endoscopique offre une alternative. Le neurochirurgien crée une nouvelle voie de circulation du liquide. Il utilise une petite caméra introduite dans les ventricules.
Les améliorations concernent surtout la marche et l’équilibre. Les troubles urinaires peuvent aussi diminuer. Les troubles cognitifs répondent de façon plus variable, surtout s’ils sont anciens ou associés à une autre maladie cérébrale.
Une amélioration de la marche après ponction rend une réponse à la dérivation plus probable. Dans les données d’un centre spécialisé, 60 à 73 % des personnes améliorées par la ponction gardent un soulagement durable. Ce chiffre ne permet pas de prévoir le résultat pour une personne donnée.
Le pronostic dépend de plusieurs facteurs :
- la durée d’évolution des symptômes
- l’importance des troubles de la marche
- la présence ou non d’une démence avancée
- la réponse à la ponction lombaire
- l’état général et l’autonomie
- les maladies associées
- l’existence d’une maladie neurodégénérative en parallèle
Plus le diagnostic est précoce, plus les chances de récupération sont grandes. N’attendez pas que la personne ne puisse plus marcher pour demander un bilan. Des troubles installés depuis longtemps sont moins réversibles.
La chirurgie comporte des risques : infection, saignement, mauvais positionnement, obstruction, déconnexion ou dysfonctionnement de la valve. Une surveillance permet de dépister ces complications. Elle sert aussi à ajuster le drainage.
Après l’intervention, consultez rapidement en cas de fièvre, de rougeur ou d’écoulement près de la cicatrice. Consultez aussi si la marche s’aggrave soudainement, ou en cas de vomissements, de somnolence ou de maux de tête inhabituels. Un retour brutal des symptômes doit aussi vous alerter. Ces signes peuvent traduire une complication de la dérivation.
Si la marche ralentit ou si les fuites s’installent, ne laissez pas passer les semaines : prenez rendez-vous avec le médecin traitant, muni de votre liste de dates et de symptômes. C’est souvent la décision la plus utile que vous puissiez prendre pour la personne que vous accompagnez.
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