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À Rouen, des hommes parlent des troubles intimes après un cancer de la prostate : à qui demander de l’aide pour soi et son couple ?

Des témoignages recueillis à Rouen remettent les difficultés urinaires, sexuelles et relationnelles au premier plan. Ces troubles ont leur place dans les soins de support, avec une orientation adaptée et la possibilité d’associer son partenaire.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Dessin d’un homme adulte et de sa partenaire échangeant dans un salon, avec des gestes retenus.

À Rouen, les mots les plus difficiles à prononcer ne concernent pas seulement le cancer. Dans le reportage de France 3 publié le 16 octobre, après une rencontre entre patients le 12 octobre 2026, un participant évoque les problèmes urinaires et érectiles : « C’est quelque chose d’intime donc c’est difficile d’en parler autour de soi. » [1] Ce témoignage pose une question qui dépasse le groupe de parole : à qui confier ces difficultés quand elles touchent aussi l’image de soi et la vie de couple ?

La réponse ne se limite pas à trouver quelqu’un qui écoute. Les troubles urinaires ou sexuels font aussi partie des difficultés auxquelles les soins de support peuvent répondre, avec une orientation par l’équipe soignante. Le vécu intime a donc sa place dans la consultation, au même titre que les autres conséquences du traitement. [4]

Les troubles intimes font partie des soins, pas de leurs à-côtés

L’Institut national du cancer (INCa) regroupe sous le nom de « soins de support » les soins et soutiens destinés à prendre en charge les conséquences de la maladie et de ses traitements : douleur, fatigue, troubles sexuels ou urinaires, difficultés psychologiques et sociales. Ils accompagnent le traitement du cancer, sans le remplacer. L’institut précise qu’ils font partie intégrante du parcours et ne sont « ni secondaires, ni optionnels ». [4]

Cela change la place donnée à une fuite urinaire, à une difficulté d’érection ou à une inquiétude concernant le couple. En parler ne détourne pas le rendez-vous de son objet médical. C’est permettre à l’équipe de connaître une difficulté qui pèse sur la vie quotidienne et de rechercher une réponse adaptée. Le patient n’a pas à choisir lui-même, avant d’en parler, entre un problème « physique » et un problème « psychologique ».

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Selon les besoins, les soins de support mobilisent l’équipe habituelle ou des professionnels spécialisés, notamment un sexologue, un psychologue ou un kinésithérapeute. Ils peuvent être proposés en établissement de santé ou en ville. L’orientation dépend de la situation de la personne, pas d’un parcours identique pour tous. [4]

Repères sur l’équipe soignante, la sexologie, l’accompagnement psychologique et la place du partenaire.
Troubles intimes : des interlocuteurs complémentaires, avec une orientation selon les besoins. Source documentaire : Institut national du cancer.

Deux patients traités n’ont pas forcément les mêmes difficultés

Le récit d’un autre homme peut aider à trouver des mots, mais il ne permet pas de prévoir ses propres suites de traitement. L’INCa explique que les troubles de l’érection et de la continence urinaire varient selon les difficultés déjà présentes avant le traitement et selon les traitements reçus. Les troubles érectiles peuvent apparaître immédiatement ou progressivement, dans les mois, voire les années qui suivent. [3]

Cette variabilité compte lorsque l’on hésite à aborder un trouble apparu plus tard : le sujet reste légitime en consultation. Elle compte aussi lorsqu’un témoignage inquiète. L’expérience racontée à Rouen est celle d’un participant, pas une fréquence médicale ni le destin de tous les hommes traités.

Pour les difficultés d’érection, l’INCa décrit plusieurs possibilités de prise en charge, allant de traitements médicamenteux à des dispositifs comme la pompe à vide. Leur présentation ne constitue pas une prescription : le choix se discute avec l’équipe en fonction des besoins et de la situation médicale. Pour les troubles urinaires comme pour les difficultés sexuelles, signaler ce qui a changé permet d’ouvrir cette évaluation. [3]

Commencer par ce qui a changé, sans chercher les mots parfaits

À qui s’adresser en premier ? L’INCa invite à parler au médecin et aux autres membres de l’équipe soignante de la façon dont on vit la maladie et les traitements. Le premier échange peut donc servir à demander une orientation, sans savoir déjà quel professionnel consulter. [4]

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Pour préparer cet échange, on peut noter des éléments simples :

  • ce qui gêne aujourd’hui, qu’il s’agisse de fuites, d’érection, de désir ou d’inquiétude ;
  • le moment où le changement a été remarqué ;
  • ce qu’il empêche ou complique dans la vie quotidienne et intime ;
  • la question que l’on souhaite poser à l’équipe, notamment sur les aides et consultations possibles.

Ce sont des repères pour décrire son expérience, pas un questionnaire permettant de poser un diagnostic. Il n’est pas nécessaire de transformer son ressenti en vocabulaire médical pour demander de l’aide.

Un homme apporte un carnet à une consultation avec une professionnelle de santé attentive.
Illustration : préparer ses questions pour aborder les difficultés intimes en consultation.

La peur pour le couple mérite aussi d’être entendue

Le 7 octobre 2026, au ministère italien de la Santé, Paola Binetti, professeure émérite d’histoire de la médecine et de sciences humaines à l’université Campus Bio-Medico de Rome, a insisté sur cette dimension relationnelle. Dans son intervention rapportée par Adnkronos, elle distingue la peur de la maladie et de la mort, les inquiétudes concernant la sexualité et le couple, et le vécu du vieillissement. Elle appelle les professionnels à prendre en compte ces peurs dans leur relation avec le patient. [2]

Cette prise de parole accompagnait la présentation d’un document de questions destiné au dialogue avec le médecin. Elle souligne un enjeu d’accompagnement, sans établir l’efficacité d’une méthode sur la récupération sexuelle.

L’INCa rappelle de son côté que l’intimité ne se réduit pas à la capacité d’avoir un rapport : elle comprend aussi l’affection, la tendresse et la parole. Des consultations de sexologie et un accompagnement psychologique peuvent être proposés pendant et après les traitements. Le partenaire peut être associé à ces consultations, si la personne le souhaite. [3]

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L’entretien peut alors porter autant sur une difficulté physique que sur la crainte d’être dévalorisé ou les doutes sur sa capacité de séduction. La fiche de l’INCa décrit ces préoccupations et la place de la communication dans le réapprentissage de la sexualité. Elle indique aussi qu’un temps d’adaptation aux conséquences physiques et psychologiques peut être nécessaire : parler du couple ne revient pas à exiger une reprise immédiate des rapports. [3]

Sources et références

[1] France 3 Normandie, Sylvie Callier, reportage sur le café prostate de Rouen, publié le 16 octobre 2026 (rencontre du 12 octobre).
https://france3-regions.franceinfo.fr/normandie/seine-maritime/rouen/au-cafe-prostate-les-hommes-echangent-sur-le-cancer-qualite-de-vie-incontinence-urinaire-problemes-de-sante-intimes-c-est-tres-perturbant-ce-qui-nous-arrive-3432873.html

[2] Adnkronos, intervention de Paola Binetti au ministère italien de la Santé, 7 octobre 2026.
https://www.adnkronos.com/cronaca/binetti-tre-paure-da-affrontare-nel-cancro-alla-prostata-ma-il-paziente-non-e-la-sua-malattia_1nMOIWupOvEF4Od063iL20

[3] Institut national du cancer, « Sexualité et fertilité », mise à jour du 5 décembre 2016.
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/prostate/qualite-de-vie/sexualite-et-fertilite

[4] Institut national du cancer, « Votre qualité de vie pendant les traitements », mise à jour du 19 janvier 2021.
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/prostate/qualite-de-vie/votre-qualite-de-vie-pendant-les-traitements

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