Quand Robert Pfleghardt s’est retrouvé dans une salle de mammographie, il a eu du mal à réaliser que cet examen le concernait. Dans son témoignage publié par People, qui relaie SWNS, cet Américain raconte avoir découvert une petite grosseur près du mamelon après un séjour entre amis à Las Vegas, en 2021. La consultation a conduit à des examens, puis à un diagnostic de cancer du sein. Il a été opéré le 21 janvier 2022. [1]
Son récit met en lumière une situation encore peu familière : un homme peut lui aussi passer une mammographie et recevoir un traitement pour un cancer du sein. Les hommes possèdent du tissu mammaire, même s’il est moins développé. Selon l’Institut national du cancer, ils représentent moins de 1 % de l’ensemble des cancers du sein. La maladie est rare, mais elle n’est pas réservée aux femmes. [2]
Pourquoi demander une mammographie à un homme ?
Une grosseur ou un changement au niveau du sein ne permet pas de savoir, à lui seul, ce qui se passe. Il peut s’agir d’une affection bénigne. Le premier rendez-vous sert donc à examiner la poitrine, à recueillir vos antécédents et à décider si des examens complémentaires sont nécessaires. Une anomalie n’est pas forcément un cancer, mais elle mérite d’être évaluée plutôt que d’être écartée parce que vous êtes un homme. [5]
La mammographie permet d’observer le tissu du sein à l’aide de radiographies. Une échographie peut compléter cette exploration. L’imagerie aide notamment à localiser et à caractériser une anomalie, et peut guider un prélèvement. Les examens sont choisis selon ce que le médecin cherche à vérifier, pas simplement selon le sexe du patient.
Il faut aussi distinguer deux situations. Une mammographie demandée après la découverte d’une grosseur est un examen diagnostique. Ce n’est pas la même démarche qu’un dépistage proposé à une personne sans signe particulier. Avoir un symptôme à explorer ne signifie donc pas que tous les hommes doivent passer régulièrement cet examen.
De l’image au diagnostic : ce que change la biopsie
Une image suspecte peut orienter les recherches, mais elle ne remplace pas l’analyse du tissu. Lorsqu’un prélèvement est indiqué, la biopsie permet de recueillir un fragment de l’anomalie. Celui-ci est ensuite examiné au microscope. C’est cet examen anatomopathologique qui établit le diagnostic de cancer du sein. [3]
Ce terme impressionnant désigne une question très concrète : quelles cellules se trouvent dans le prélèvement, et quelles sont leurs caractéristiques ? Si un cancer est confirmé, l’analyse aide notamment à préciser son type et à rechercher des récepteurs hormonaux ou la caractéristique appelée HER2. Ces informations comptent pour choisir les traitements auxquels la tumeur peut répondre. [4]
Le bilan sert aussi à évaluer l’étendue de la maladie, notamment une éventuelle atteinte des ganglions. Les examens n’ont donc pas tous le même rôle. Certains recherchent ce qu’est l’anomalie, d’autres apportent les éléments nécessaires à la prise en charge. Si vous attendez plusieurs résultats, vous pouvez demander à l’équipe : « Que cherche cet examen, et quelle décision dépend de son résultat ? »

Après la confirmation, un traitement construit pour chaque situation
Dans le récit de Robert Pfleghardt, une tumorectomie a été suivie de radiothérapie, puis d’un médicament destiné à réduire le risque de retour de la maladie. La tumorectomie retire la tumeur en conservant une partie du sein. Ce parcours ne signifie pas que les mêmes soins conviennent à tous les hommes. Le traitement dépend des caractéristiques du cancer, de son étendue, de votre état de santé et des choix discutés avec l’équipe.
Plusieurs options peuvent être associées. Voici leurs rôles, pour mieux comprendre les mots employés pendant les rendez-vous. [5]
| Traitement | Ce qu’il peut apporter |
|---|---|
| Chirurgie | Retirer la tumeur. Selon la situation, il peut s’agir d’une tumorectomie ou d’une mastectomie, qui enlève le sein. La prise en charge des ganglions est adaptée au bilan. |
| Radiothérapie | Traiter la zone concernée avec des rayonnements. Elle peut être proposée après une chirurgie. |
| Hormonothérapie | Agir sur la stimulation hormonale de la tumeur lorsqu’elle possède des récepteurs hormonaux. Elle peut notamment être proposée pour réduire le risque de récidive. |
| Chimiothérapie ou traitements ciblés | Compléter la prise en charge dans certaines situations, selon l’étendue de la maladie, le risque de récidive et les caractéristiques de la tumeur. |
Le point commun n’est donc pas une ordonnance identique pour tous, mais un traitement personnalisé. Pour les cancers sensibles aux hormones, les recommandations de l’American Society of Clinical Oncology publiées en 2020 prévoient notamment le tamoxifène chez les hommes qui peuvent bénéficier d’une hormonothérapie après les traitements initiaux. Cela reste une décision médicale, avec ses indications et ses contre-indications. [6]
Ces recommandations s’appuient notamment sur des études observationnelles, plutôt que sur de grands essais propres aux hommes. Beaucoup d’approches sont communes aux prises en charge féminines, mais certaines recommandations sont adaptées au cancer du sein masculin. Au rendez-vous, l’enjeu est de comprendre pourquoi une option est proposée dans votre situation, et quels bénéfices ou effets indésirables sont attendus.
Pourquoi parler aussi de génétique ?
Après un diagnostic, la question des prédispositions héréditaires peut faire partie du parcours, même si vous ne connaissez pas de cancer du sein dans votre famille. Les recommandations de l’ASCO de 2020 préconisent de proposer un conseil génétique et une recherche de prédisposition héréditaire à tous les hommes atteints d’un cancer du sein. Il ne s’agit pas d’un test destiné à tous les hommes en bonne santé. [6]
Cette consultation permet de comprendre ce que le test recherche et ce que ses résultats peuvent changer pour vous ou vos proches. On peut notamment rechercher des variations de gènes comme BRCA2, associés à une prédisposition au cancer du sein. La présence d’une prédisposition n’annonce pas, à elle seule, ce qui arrivera à chaque membre de la famille.
Le bilan de la tumeur et le test génétique répondent ainsi à des questions différentes. Le premier aide à caractériser le cancer et à guider les soins. Le second recherche une prédisposition qui peut être héritée. Vous pouvez demander au médecin de vous expliquer séparément ces deux résultats, plutôt que de laisser le mot « génétique » les confondre.
Si vous découvrez un changement au niveau d’un sein, commencez par le faire examiner. Et si un cancer est confirmé, n’hésitez pas à revenir aux questions les plus simples : ce qui est confirmé, ce qui reste à préciser et la prochaine étape. Elles aident à suivre le parcours sans devoir comprendre tout le vocabulaire médical dès le premier rendez-vous.
Sources et références
- People. Témoignage de Robert Pfleghardt, relayant SWNS.
https://people.com/man-says-friends-nipple-pinch-led-to-breast-cancer-diagnosis-12145991 - Institut national du cancer. Cancer du sein chez l’homme. Mis à jour le 4 novembre 2020.
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/sein/comprendre-les-cancers-du-sein/cancer-du-sein-chez-l-homme - Institut national du cancer. Diagnostic d’un cancer du sein.
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/sein/comprendre-les-cancers-du-sein/diagnostic - Institut national du cancer. Examen anatomopathologique. Mis à jour le 4 novembre 2020.
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/sein/comprendre-les-cancers-du-sein/diagnostic/examen-anatomopathologique - Fondation cancer du sein du Québec. Cancer du sein chez l’homme. 13 octobre 2023.
https://rubanrose.org/je-minforme/prevention-et-sensibilisation/cancer-du-sein-chez-lhomme - Hassett MJ et al. Management of Male Breast Cancer: ASCO Guideline. Journal of Clinical Oncology. 2020, 38(16), 1849–1863. DOI : 10.1200/JCO.19.03120.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32058842
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