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La cigarette redevient « tendance » sur les réseaux, pas dans les chiffres : chez les 18-29 ans, les fumeurs quotidiens sont passés de 29 % à 18 %

Kylie Jenner affirme que « les cigarettes font leur grand retour ». En France, les enquêtes montrent l’inverse : 15,6 % de fumeurs quotidiens à 17 ans et 18,4 % chez les 18-29 ans, en forte baisse. Mais à 17 ans, les jeunes sortis de l’école fument quatre fois plus que les lycéens.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Trois amis d’une vingtaine d’années dans une rue de ville la nuit : une jeune femme aux cheveux décolorés allume une cigarette pendant qu’un jeune homme la filme avec son téléphone et qu’une autre amie rit.
Une cigarette allumée entre amis, filmée au téléphone : c’est l’image que les réseaux sociaux remettent en avant, alors qu’en France la part de jeunes adultes qui fument chaque jour a nettement baissé.

« Cigarettes are so back! » (« Les cigarettes font leur grand retour ! »). La phrase est de Kylie Jenner, lancée en mai dans un podcast américain, et elle a fait le tour des réseaux sociaux. Le Monde raconte comment la cigarette « à l’ancienne » s’affiche de nouveau dans les clips de Charli XCX, au premier rang des défilés ou sur les comptes de mannequins suivis par des millions de jeunes, au point qu’on parle de « cigfluencers ». Pour une partie de la génération Z, elle serait devenue « un rite social transgressif et un objet culturel empreint de nostalgie ». [1]

L’image est forte. Mais en France, que disent les enquêtes qui mesurent vraiment ce que fument les jeunes ? Aucune ne découpe exactement la tranche des 17-25 ans. Trois dispositifs officiels permettent pourtant de suivre cette génération : l’enquête ESCAPAD de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) à 17 ans, l’enquête EnCLASS auprès des lycéens et le Baromètre de Santé publique France chez les 18-29 ans. Leurs résultats racontent une tout autre histoire que les vidéos.

À 17 ans, un fumeur quotidien sur six, contre un sur quatre en 2017

ESCAPAD interroge les jeunes lors de la Journée défense et citoyenneté, y compris ceux qui ont quitté l’école. En mars 2022, l’OFDT a recueilli 22 430 questionnaires. 15,6 % des jeunes de 17 ans fumaient tous les jours, contre 25,1 % en 2017, soit une baisse de 38 % en cinq ans, selon nos calculs. [2] C’est encore le chiffre le plus récent à cet âge que cite Santé publique France dans son Baromètre publié fin 2025. [3]

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Les autres indicateurs vont dans le même sens. Un jeune sur quatre (25,1 %) avait fumé dans le mois, contre 34,1 % cinq ans plus tôt. Et pour la première fois depuis le lancement de l’enquête en 2000, ceux qui n’ont jamais essayé le tabac sont majoritaires : 46,5 % l’avaient déjà expérimenté, 12,5 points de moins qu’en 2017. [2]

Chez les lycéens, l’enquête EnCLASS menée en 2024 auprès de 11 000 élèves donne un niveau encore plus bas : 5,6 % fument chaque jour et 30,6 % ont déjà fumé une cigarette. [4]

Chez les 18-29 ans, moins d’un jeune adulte sur cinq fume chaque jour

Le recul ne s’arrête pas à la majorité. D’après le Baromètre de Santé publique France, 18,4 % des 18-29 ans fumaient quotidiennement en 2024, contre 29,3 % en 2021. [3] L’agence le souligne : la baisse observée depuis les années 2000 chez les adolescents « s’observe dorénavant aussi parmi les jeunes adultes ». La méthode de l’enquête a changé en 2024, avec notamment une collecte par internet, et une partie de cette évolution pourrait venir de ce changement. L’écart reste toutefois de près de 11 points.

Les jeunes adultes fument aujourd’hui un peu moins que leurs aînés : la part de fumeurs quotidiens atteint 20,5 % chez les 30-39 ans et 22,5 % chez les 40-49 ans. Chez les 18-29 ans, les hommes (21,0 %) restent plus nombreux que les femmes (15,9 %). [3]

Infographie : barres montrant les fumeurs quotidiens passés de 25,1 % à 15,6 % chez les jeunes de 17 ans et de 29,3 % à 18,4 % chez les 18-29 ans ; 5,6 % des lycéens fument chaque jour ; à 17 ans, 10,1 % en lycée général contre 43,5 % chez les jeunes sortis du système scolaire ; 49,9 % des jeunes fumeurs quotidiens veulent arrêter.
Le tabagisme quotidien a reculé de 38 % chez les jeunes de 17 ans entre 2017 et 2022 et de 37 % chez les 18-29 ans entre 2021 et 2024, mais il reste quatre fois plus fréquent chez les jeunes sortis de l’école que chez les lycéens des filières générales. Infographie : Medilax, d’après l’OFDT et Santé publique France.

Le vrai écart se joue entre l’école, l’apprentissage et la sortie du système scolaire

La moyenne masque pourtant des situations très différentes. À 17 ans, l’usage quotidien de tabac suit un gradient net selon le parcours, d’après ESCAPAD 2022 [2] :

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Situation à 17 ansFumeurs quotidiens
Lycée général ou technologique10,1 %
Lycée professionnel22,1 %
Apprentissage38,6 %
Sortis du système scolaire43,5 %

Un jeune sorti de l’école fume donc chaque jour plus de quatre fois plus souvent qu’un lycéen de filière générale. Et l’écart se creuse : entre 2017 et 2022, le tabagisme quotidien a baissé de 39 % chez les lycéens, mais seulement de 19 % chez les apprentis et de 24 % chez les jeunes sortis du système scolaire. [2] Le milieu compte aussi : les jeunes issus de foyers à dominante ouvrière fument plus souvent tous les jours, ceux des grandes agglomérations moins souvent.

Autrement dit, si la cigarette fait un « retour », ce n’est pas dans les chiffres d’ensemble. Elle résiste surtout là où les jeunes entrent tôt dans la vie active, loin des images de défilés et de tapis rouges.

Illustration d’un jeune apprenti boulanger en tablier fariné, assis seul sur la marche arrière d’une boulangerie, une cigarette entre les doigts, devant la lumière chaude des fours.
À 17 ans, près de quatre apprentis sur dix fument tous les jours, contre un lycéen de filière générale sur dix : c’est là que la cigarette résiste le mieux.

Une image banalisée, et la nicotine qui passe par la vape

Le risque tient moins au nombre de fumeurs qu’au regard porté sur la cigarette. Dans EnCLASS 2024, seuls 15,3 % des lycéens jugent risqué le fait de fumer « de temps en temps » : plus de 8 sur 10 n’y voient donc pas de danger important. [4] Or l’âge moyen du passage au tabac quotidien se situe à 15,3 ans, selon ESCAPAD. [2] Une cigarette présentée comme un accessoire de soirée ou de style peut faire paraître anodin un usage qui s’installe vite à cet âge.

La nicotine, elle, n’a pas disparu de cette génération : elle a changé de forme. Chez les lycéens, l’OFDT observe que ceux qui ne fument que du tabac chaque jour sont passés de 15,5 % à 2,9 % en dix ans, quand ceux qui ne font que vapoter quotidiennement sont passés de 0,8 % à 4,0 %. L’observatoire écrit que la cigarette électronique n’est « pas ici un substitut aux cigarettes de tabac, mais de plus en plus un produit complémentaire voire exclusif ». [5] Chez les 18-29 ans, 7,8 % vapotent chaque jour et plus d’un tiers ont déjà essayé la puff, la cigarette électronique jetable interdite à la vente depuis février 2025. [3]

La moitié des jeunes fumeurs voudraient arrêter

Derrière la pose, les jeunes qui fument tous les jours ne sont pas tous à l’aise avec leur consommation. En 2024, 49,9 % des fumeurs quotidiens de 18 à 29 ans déclaraient avoir envie d’arrêter, et 28,2 % avaient tenu au moins une semaine sans fumer au cours de l’année, contre moins de 18 % chez l’ensemble des fumeurs quotidiens adultes. [3]

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Le Mois sans tabac, organisé par Santé publique France et le ministère de la Santé avec l’Assurance maladie, revient le 1er novembre pour sa 11e édition. Le principe : arrêter 30 jours, une durée qui multiplie par cinq les chances d’arrêter durablement, selon l’agence. Une tentative menée dans ce cadre double les chances de succès à un an par rapport à une tentative sans aide. [6]

L’inscription se fait sur le site mois-sans-tabac.tabac-info-service.fr. Le 39 89, la ligne de Tabac info service, donne accès gratuitement à un tabacologue et à un suivi personnalisé, et l’application e-coaching de Tabac info service propose un programme gratuit. [6]

Sources et références

[1] Le Monde — Retour de flamme de la cigarette dans l’imaginaire de la « gen Z », 23 octobre 2026
https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/10/23/retour-de-flamme-de-la-cigarette-dans-l-imaginaire-de-la-gen-z_6798950_4497916.html

[2] Brissot A., Le Nézet O., Spilka S. (OFDT) — L’usage de tabac chez les jeunes de 17 ans : résultats de l’enquête Escapad, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 9-10, 2023, calculs de la rédaction
https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2023/9-10/2023_9-10_3.html

[3] Santé publique France — Baromètre de Santé publique France : résultats de l’édition 2024 (chapitres tabagisme et vapotage), décembre 2025, calculs de la rédaction
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/cadic_files/documents/spf00006371.pdf

[4] OFDT — Les usages de substances psychoactives chez les collégiens et les lycéens, résultats EnCLASS 2024, 2026
https://www.ofdt.fr/publication/2026/les-usages-de-substances-psychoactives-chez-les-collegiens-et-les-lyceens

[5] OFDT — Évolution du vapotage chez les collégiens et les lycéens entre 2014 et 2024, avril 2026
https://www.ofdt.fr/publication/2026/evolution-du-vapotage-chez-les-collegiens-et-les-lyceens-entre-2014-et-2024-2673

[6] Santé publique France — Mois sans tabac 2026 : ouverture des inscriptions, 1er octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/presse/mois-sans-tabac-2026-ouverture-des-inscriptions

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