Comprendre sa santé.
Mieux vivre au quotidien.
MedilaxLA SANTÉ À VOTRE PORTÉE

Parmi les dix facteurs d’AVC qu’une étude menée dans 32 pays a classés selon leur poids, celui qui pèse le plus lourd ne fait pas mal : l’hypertension

Dix facteurs que l’on peut corriger sont associés à 90,7 % des accidents vasculaires cérébraux dans l’étude internationale Interstroke, publiée dans The Lancet. L’hypertension est associée à près de la moitié des AVC, loin devant la sédentarité, le cholestérol ou le tabac.

Par Relu par Antoine BOUQUET
L’hypertension arrive en tête des dix facteurs d’AVC que l’on peut corriger dans l’étude Interstroke : 47,9 % des AVC lui sont associés. Vidéo : Medilax, images d’illustration.
Sommaire

Sur la cinquantaine de passants dont ils ont pris la tension fin octobre, dans le hall de l’hôpital Pasteur de Dole, dans le Jura, deux étudiants infirmiers en ont trouvé dix avec une tension élevée. « Certaines le savaient et rencontraient régulièrement leurs médecins, d’autres ont découvert leur tension anormale », ont-ils raconté au Progrès. [1] L’association AVC 39, qui tenait le stand pour la Journée mondiale de l’AVC, avait choisi ce geste pour une raison simple : selon son président, Didier Petitjean, l’hypertension est le principal facteur de risque d’un accident que l’on peut, dans 90 % des cas, éviter. [1]

Ce pourcentage n’est pas un slogan d’association. Il sort d’une vaste étude internationale publiée dans The Lancet en 2016, qui donne surtout un ordre d’importance que la formule « 90 % évitables » laisse dans l’ombre. [2]

Accident vasculaire cérébral : d’où vient le chiffre de 90 % d’AVC évitables

L’étude Interstroke a recruté, entre 2007 et 2015, 13 447 personnes qui venaient de faire un premier AVC dans 32 pays d’Asie, d’Amérique, d’Europe, d’Australie, du Moyen-Orient et d’Afrique. [2] Chacune a été comparée à une personne du même âge et du même sexe qui n’en avait jamais fait, soit 13 472 témoins. Tous ont répondu au même questionnaire, passé un examen clinique et fourni des prises de sang. [2] Les chercheurs ont ensuite calculé, pour chaque facteur, sa part attribuable : la proportion des AVC qui disparaîtraient en théorie si ce facteur n’existait plus dans la population, à condition qu’il en soit bien la cause.

Pris ensemble, dix facteurs modifiables totalisent une part de 90,7 % des AVC. [2] Le résultat tient pour les infarctus cérébraux, provoqués par un caillot qui bouche une artère (91,5 %), comme pour les hémorragies cérébrales (87,1 %), chez les hommes comme chez les femmes, avant comme après 55 ans (92,2 % et 90,0 %), et d’une région du monde à l’autre, de 82,7 % en Afrique à 97,4 % en Asie du Sud-Est. [2] Ce n’est pas pour autant le nombre d’AVC que la prévention évitera réellement : il faudrait pour cela faire disparaître chaque facteur chez tout le monde, et une étude qui compare des malades à des témoins établit une association, pas la preuve que corriger le facteur supprime sa part.

La tension artérielle loin devant les neuf autres facteurs

Le classement des dix facteurs, par part des AVC qui leur est associée, place l’hypertension seule en tête, avec douze points d’avance sur le deuxième. [2]

  1. Hypertension : 47,9 %. L’étude comptait les personnes déjà connues comme hypertendues et celles dont la tension mesurée atteignait 140/90 ou plus. [2]
  2. Manque d’activité physique régulière : 35,8 %. [2]
  3. Cholestérol : 26,8 %, mesuré par le rapport entre l’apolipoprotéine B, qui transporte le « mauvais » cholestérol, et l’apolipoprotéine A1, celle du « bon ». [2]
  4. Alimentation de moindre qualité : 23,2 %, évaluée par un score de qualité du régime alimentaire. [2]
  5. Graisse abdominale : 18,6 %, mesurée par le rapport entre le tour de taille et le tour de hanches. [2]
  6. Stress, déprime et autres facteurs psychosociaux : 17,4 %. [2]
  7. Tabac : 12,4 % chez les fumeurs actuels. [2]
  8. Causes cardiaques : 9,1 %. [2]
  9. Alcool : 5,8 %, en comparant les buveurs actuels aux abstinents et anciens buveurs. [2]
  10. Diabète : 3,9 %. [2]

L’écart avec la tension se lit aussi dans la cote, la mesure qu’utilisent ces études pour comparer malades et témoins : 1 signifie qu’il n’y a aucune différence avec le groupe de comparaison. Pour l’hypertension, la cote est de 2,98. [2] Son lien est même plus marqué avec les hémorragies cérébrales qu’avec les infarctus cérébraux, alors que le tabac, le diabète, le cholestérol et les causes cardiaques sont davantage associés aux seconds. [2] Une hypertension ne fait pas mal, et beaucoup l’ignorent : c’est ce que les étudiants de Dole ont constaté sur leur stand, et ce qu’une automesure bien conduite à la maison permet de vérifier, comme nous l’expliquions dans notre article sur l’hypertension méconnue.

À lire aussi :  Quel est le nombre de ganglions sentinelles retirés ?
Infographie Medilax sur les facteurs de risque d’AVC. À gauche, la part des AVC associée à chacun des 10 facteurs modifiables de l’étude Interstroke, menée dans 32 pays auprès de 26 919 participants : hypertension 47,9 %, manque d’activité physique régulière 35,8 %, cholestérol (rapport ApoB/ApoA1 élevé) 26,8 %, alimentation de moindre qualité 23,2 %, graisse au ventre 18,6 %, stress et déprime 17,4 %, tabac 12,4 %, causes cardiaques 9,1 %, alcool 5,8 %, diabète 3,9 %. Les parts se recoupent. À droite, les 10 facteurs ensemble sont associés à 90,7 % des AVC, alors que leurs parts additionnées font 201 %. En France, 122 574 patients sont hospitalisés pour un AVC chaque année (moyenne 2021-2023), soit un toutes les 4 minutes 17 secondes, et 30 789 personnes en meurent chaque année (moyenne 2020-2022).
L’hypertension arrive en tête des dix facteurs modifiables de l’étude Interstroke, et les parts de chaque facteur se chevauchent : additionnées, elles dépassent 200 %. Infographie : Medilax, d’après O’Donnell et al., The Lancet (2016), et Santé publique France (2025), calculs Medilax.

Le lien le plus fort n’est pas le facteur le plus lourd

Le classement par part attribuable ne dit pas quel facteur est le plus dangereux pour une personne donnée. Les causes cardiaques, c’est-à-dire certaines maladies du cœur, ont la cote la plus élevée de toute l’étude, à 3,17, mais elles ne pèsent que 9,1 % des AVC, parce qu’elles touchent beaucoup moins de monde. [2] À l’inverse, la cote de l’activité physique régulière est de 0,60 : elle est associée à moins d’AVC. [2] Le manque d’activité, très répandu, arrive pourtant au deuxième rang, avec 35,8 %. La tension cumule les deux : un lien fort et un problème fréquent.

Autre piège de lecture, les dix parts ne s’additionnent pas. Mises bout à bout, elles font 201 %, selon nos calculs, alors que l’ensemble plafonne à 90,7 %. [2] Une même personne peut être hypertendue, sédentaire et avoir du ventre, et son AVC compte alors dans trois lignes du classement. C’est aussi ce qui donne un sens concret au chiffre global : chez quelqu’un qui cumule plusieurs facteurs, chacun d’eux reste un levier distinct, et la tension n’est que le premier.

Illustration à la gouache dans des tons bleu pétrole et jaune : tôt le matin, sur une promenade arborée au bord d’une rivière, une femme aux cheveux gris en veste bleue marche d’un bon pas ; sur le banc qu’elle vient de dépasser traîne un paquet de cigarettes vide et froissé.
Marche rapide au lever du jour, paquet de cigarettes abandonné sur un banc : dans l’étude Interstroke, le manque d’activité physique régulière arrive au deuxième rang des facteurs associés aux AVC, avec 35,8 %, et le tabac au septième, avec 12,4 %.

Les conseils donnés sur le stand du Jura suivent ce classement : contrôler sa tension en priorité, puis son cholestérol et sa glycémie, limiter l’alcool, manger des aliments peu salés et cinq fruits et légumes par jour, arrêter de fumer et marcher au moins 30 minutes par jour. [1] Interstroke montre aussi que le poids de chaque facteur change d’une région à l’autre, et ses auteurs plaident pour des programmes de prévention à la fois mondiaux et adaptés à chaque région. [2]

En France, 122 574 patients hospitalisés pour un AVC chaque année

Santé publique France compte en moyenne 122 574 patients hospitalisés pour un AVC chaque année entre 2021 et 2023, soit 231 pour 100 000 habitants. [3] Rapporté aux minutes d’une année, cela fait un patient hospitalisé toutes les 4 minutes et 17 secondes, selon nos calculs. Le taux est plus élevé chez les hommes (257 pour 100 000) que chez les femmes (207) et augmente avec l’âge. [3]

L’accident laisse une trace durable dans la population : en 2022, l’agence a identifié 1 086 075 personnes hospitalisées pour un AVC ou ayant des antécédents d’AVC, soit 2 % des habitants. [3] Environ un adulte sur 50 en a fait un au cours des dix dernières années. [4] Entre 2020 et 2022, l’AVC a causé en moyenne 30 789 décès par an, 4,6 % de l’ensemble des décès, et 5,3 % chez les femmes. [3]

Une fois l’accident survenu, la prévention cède la place à l’urgence. Un visage qui se déforme, un bras qui ne répond plus, une parole soudain confuse : l’agence régionale de santé d’Occitanie rappelait encore, pour la Journée mondiale du 29 octobre, qu’un seul de ces signes suffit pour appeler le 15, parce que chaque minute compte pour limiter les séquelles. [5]

Sources et références

[1] Le Progrès — Jura. « 90 % des accidents vasculaires cérébraux sont évitables » : des conseils pour limiter les risques, 2 novembre 2026
https://www.leprogres.fr/sante/2026/11/02/90-des-accidents-vasculaires-cerebraux-sont-evitables-leurs-bons-conseils-pour-limiter-les-risques

[2] O’Donnell M. J. et al. — Global and regional effects of potentially modifiable risk factors associated with acute stroke in 32 countries (INTERSTROKE): a case-control study, The Lancet, 2016, vol. 388, p. 761-775
https://doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30506-2

[3] Santé publique France — Bulletin maladies cardio-neuro-vasculaires, édition Hauts-de-France (situation en France), 30 juin 2025, calculs Medilax
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/bullreg_mcnv_hdf_20250630.pdf

[4] Santé publique France — Accident vasculaire cérébral, dossier thématique, mis à jour le 8 juillet 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-cardiovasculaires-et-accident-vasculaire-cerebral/accident-vasculaire-cerebral

[5] La Dépêche du Midi — 650 habitants du Tarn-et-Garonne ont été victimes d’un accident vasculaire cérébral en 2025 : comment le repérer et que faire en cas d’urgence ?, 5 novembre 2026
https://www.ladepeche.fr/2026/11/05/650-habitants-du-tarn-et-garonne-ont-ete-victimes-dun-accident-vasculaire-cerebral-en-2025-comment-le-reperer-et-que-faire-en-cas-durgence-13637466.php

La newsletter Medilax

La santé, en toute clarté.

Retrouvez nos nouveaux articles santé et bien-être dans votre boîte mail.

Recevoir la newsletter

Inscription gratuite, avec confirmation par email.

La parole aux lecteurs

Commentaires

Chaque commentaire est relu par la rédaction avant publication.

Aucun commentaire publié pour l’instant. Votre expérience ou votre question peut être la première.

Réagir à cet article

Votre expérience, une question, une précision : la rédaction lit tout.

Règles de publication
  • Chaque commentaire est lu par la rédaction avant d’être publié, parfois quelques heures après l’envoi.
  • Sont refusés : publicité, liens, propos injurieux ou discriminatoires, accusations visant une personne ou un établissement nommés, informations de santé sur une autre personne, coordonnées personnelles.
  • Un nom de famille ou un détail qui permettrait de vous reconnaître peut être retiré avant publication.
  • Les liens et la mise en forme sont supprimés automatiquement.

Dans la même rubrique

Maladies