À Vendôme, une journée régionale consacrée à la santé mentale des femmes a réuni une centaine de participants le 12 octobre. La Nouvelle République en rapporte l’enjeu : mieux entendre la douleur des patientes. Le 16 octobre, dans Le Monde, le comité d’experts des États généraux de la douleur des femmes dénonce à son tour sa banalisation, avant une présentation de recommandations annoncée pour le 19 octobre. Ces mobilisations posent une question concrète : comment prendre en compte la souffrance psychologique sans qu’elle serve à écarter la douleur physique ? [1][2]
Écouter la douleur, sans décider d’avance de son explication
Dans leur tribune, les experts décrivent une moindre reconnaissance de la douleur qui peut retarder le diagnostic et les soins, mais aussi entamer la confiance des patientes. Ils soulignent que le sujet dépasse les règles ou les douleurs pelviennes : il concerne également des douleurs neurologiques, inflammatoires ou liées aux traitements. L’enjeu n’est donc pas de réserver une écoute particulière à quelques symptômes considérés comme féminins. [2]
Pour une patiente, devoir choisir entre parler de son corps et raconter ce qu’elle traverse serait une impasse. Une inquiétude exprimée pendant la consultation ne donne pas, à elle seule, l’explication d’une douleur. Réciproquement, s’intéresser uniquement à la zone douloureuse laisse de côté ce que la souffrance change dans la vie. L’évaluation physique et l’attention portée à la santé mentale répondent à des questions différentes, qui ont leur place dans le même soin.
Trois dimensions à examiner, pas trois causes à départager
Ce rapprochement dispose déjà d’un cadre. Dans son parcours consacré à la douleur chronique, publié le 14 février 2023, la Haute Autorité de santé (HAS) décrit des retentissements physiques, psychologiques, sociaux, professionnels ou scolaires. Ce n’est pas une nouvelle recommandation née des mobilisations d’octobre 2026 : c’est une organisation préexistante qui permet d’en éclairer l’enjeu. [3]
La douleur chronique désigne une douleur persistante ou récurrente pendant plus de trois mois. Ce repère définit sa durée ; il n’impose pas d’attendre trois mois pour consulter. Dans ce cadre, plusieurs aspects méritent d’être distingués :
- La douleur elle-même : ce qui est ressenti dans le corps, son évolution et les difficultés physiques qu’elle entraîne.
- Le vécu psychologique : la souffrance ressentie, les inquiétudes et la manière dont la personne vit sa situation.
- La vie quotidienne : les activités, les relations, le travail ou la scolarité que la douleur perturbe.
Ces dimensions ne répartissent pas les patients entre une douleur « physique » et une douleur « psychologique ». Elles décrivent ce qu’il faut regarder chez une même personne. Constater un retentissement psychologique ne suffit pas à déterminer l’origine de sa douleur, pas plus qu’une difficulté au travail ne constitue un diagnostic.

Un soutien psychologique peut compléter les soins du corps
La place du psychologue est explicite dans le parcours de la HAS : il fait partie de l’équipe de soins primaires idéale, aux côtés du médecin traitant, d’un infirmier, d’un masseur-kinésithérapeute et d’un pharmacien. Il ne s’agit pas de remplacer ces professionnels par un interlocuteur unique, mais de rendre leurs contributions complémentaires selon les besoins. [3]
Proposer un soutien psychologique n’équivaut donc pas à déclarer que la douleur serait imaginaire. Mais cette complémentarité doit être expliquée : sur quel besoin porte l’accompagnement, et comment s’articule-t-il avec les autres soins ? Sans cette explication, une orientation peut être comprise comme un déplacement du problème plutôt que comme une aide supplémentaire.
La distinction vaut aussi pour la santé mentale. Décrire une détresse ou un changement dans sa façon de penser permet d’en parler à un professionnel ; cela ne revient pas à se diagnostiquer un trouble. L’article ci-dessous approfondit cette différence, sans faire des manifestations psychiques une explication automatique de la douleur.
Un parcours gradué, avec un médecin traitant qui reste présent
L’écoute a besoin d’une traduction dans l’organisation des soins. La HAS propose trois niveaux en fonction de la complexité de la situation, et non trois catégories de patients selon leur capacité à supporter la douleur. Chaque niveau repose sur un travail en équipe. [3]
- Les soins en ville : le médecin traitant coordonne le parcours, avec les autres professionnels de proximité et, si nécessaire, des spécialistes.
- Un recours spécialisé : pour des douleurs qui résistent aux traitements bien conduits au premier niveau, une consultation douleur ou un service hospitalier de spécialité peut intervenir.
- Un centre spécialisé : les situations trop complexes pour le deuxième niveau peuvent nécessiter une concertation, une évaluation complémentaire, un acte spécifique ou une hospitalisation.
Passer à un niveau spécialisé ne fait pas disparaître le suivi habituel. La HAS demande que le médecin traitant continue d’accompagner la personne et d’assurer la coordination, quel que soit le niveau. La continuité compte ici autant que l’orientation : multiplier les interlocuteurs n’a de sens que si leurs interventions restent reliées.

Les objectifs se discutent avec la personne concernée
Le cadre proposé ne vise pas seulement à décrire la douleur. La HAS retient aussi la réduction du handicap, la prévention de la désinsertion sociale, professionnelle ou scolaire et l’amélioration de la qualité de vie. Cela donne une place aux activités devenues difficiles, sans faire de leur reprise une épreuve de volonté. [3]
La prise en charge doit être élaborée et mise en œuvre avec l’accord et la participation du patient. Pour les personnes fragiles ou qui ont des difficultés à communiquer, la HAS prévoit aussi que le médecin s’appuie sur les aidants et les familles, notamment en cas de dépendance ou de handicap. Leur place sert à mieux comprendre les besoins et à soutenir l’accompagnement de la personne. [3]
Sources et références
[1] La Nouvelle République — Journée sur la santé mentale des femmes à Vendôme, 13 octobre 2026, actualisé le 14 octobre
https://www.lanouvellerepublique.fr/vendome/toute-douleur-devrait-etre-entendue-la-sante-mentale-des-femmes-au-coeur-des-debats-a-vendome-1791904609
[2] Le Monde — Tribune du comité d’experts des États généraux de la douleur des femmes, 16 octobre 2026
https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/10/16/etats-generaux-de-la-douleur-des-femmes-il-faut-mieux-ecouter-et-faire-de-cette-exigence-un-levier-d-amelioration-des-pratiques-de-soin_6795324_3232.html
[3] Haute Autorité de santé — Un nouveau parcours de santé pour la personne présentant une douleur chronique, 14 février 2023
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3412606/fr/un-nouveau-parcours-de-sante-pour-la-personne-presentant-une-douleur-chronique
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