Pourquoi un laboratoire peut-il fabriquer un médicament avec du dioxyde de titane et une autre présentation sans ce composant ? C’est la question posée par 60 Millions de consommateurs dans une enquête publiée le 15 octobre. Les réponses recueillies montrent que l’argument souvent avancé de la stabilité ne décrit pas tous les usages. Le pigment peut aussi servir à reconnaître une présentation et à éviter une confusion de dosage. [1]
L’enrobage n’est pas toujours là pour la même raison
Le dioxyde de titane est un pigment blanc qui rend les matériaux plus opaques. Dans un comprimé ou une gélule, il peut être utilisé dans l’enrobage, l’enveloppe ou une inscription. Il appartient aux excipients, distincts de la substance active. Cette séparation ne veut pas dire que l’on puisse enlever n’importe quel composant sans examiner ce qui change dans le produit fini. [2]
Distinguer deux dosages, jusqu’à l’encre de la capsule
Le premier exemple de l’enquête concerne deux dosages de comprimés gastrorésistants d’acide acétylsalicylique commercialisés par Biogaran Conseil. Le laboratoire explique au magazine que les comprimés de 75 mg et de 100 mg ont la même forme et les mêmes dimensions. La coloration rose du 75 mg provient d’un pelliculage additionnel contenant du TiO₂. Le rôle décrit est donc de les différencier. [1]
Autre cas rapporté : des capsules molles d’ibuprofène commercialisées par Haleon. Selon les réponses obtenues par 60 Millions, l’inscription blanche des capsules de 200 mg contient du dioxyde de titane, contrairement à l’inscription noire de celles de 400 mg. Le laboratoire invoque le contraste sur la capsule verte et la prévention des confusions. Ces exemples expliquent une différence de composition ; ils ne rendent pas les dosages interchangeables. [1]
Ils permettent surtout de poser une question plus précise que « cet excipient est-il utile ? » : utile pour quelle fonction, dans quelle présentation, et avec quelles autres solutions possibles ? La lisibilité d’un dosage est un sujet de sécurité d’utilisation, différent de la protection chimique du principe actif.

La protection contre la lumière reste une vraie fonction dans certains produits
Le rapport de l’EMA daté du 1er avril 2024 décrit les difficultés du remplacement à l’échelle pharmaceutique. Une enveloppe moins opaque peut moins bien protéger une substance sensible à la lumière. Les alternatives peuvent aussi demander un enrobage plus épais ou une adaptation du procédé de fabrication. La reformulation doit être étudiée dans le médicament final, pas seulement sur un matériau isolé. [2]
Les fonctions à distinguer sont ainsi :
- L’aspect : obtenir une couleur et une couverture uniformes.
- L’identification : rendre certaines présentations ou inscriptions plus reconnaissables.
- La photoprotection : limiter l’effet de la lumière sur certains principes actifs.
Le fait qu’une alternative convienne à un produit ne prouve pas qu’elle puisse remplacer le TiO₂ dans tous les autres. À l’inverse, une difficulté réelle de photoprotection ne justifie pas automatiquement chaque usage de coloration. Le document européen de 2025 maintient l’usage dans les médicaments tout en demandant des justifications solides pour le choix des excipients des nouveaux produits. [3]

Comparer des compositions n’est pas recomposer son traitement
Le débat ne se règle pas en choisissant la capsule dont le dosage est différent parce que sa formule ne mentionne pas de TiO₂. La quantité de substance active, la forme et les modalités de prise appartiennent à la prescription. La recherche d’une autre composition doit rester compatible avec le traitement prévu, à discuter avec le pharmacien et, si nécessaire, le prescripteur.
Pour préparer cet échange, la Base de données publique des médicaments permet de retrouver les documents de référence à partir du médicament exact. Le nom du laboratoire, le dosage et la forme servent à sélectionner la bonne fiche : une réponse obtenue pour une autre version ne décrit pas automatiquement celle contenue dans votre boîte. [4]
Sources et références
[1] 60 Millions de consommateurs — Enquête d’Adélaïde Robert, 15 octobre 2026. https://www.60millions-mag.com/sante-bien-etre/article/medicaments-pourquoi-cet-additif-suspect-se-trouve-dans-certaines-boites-et-pas-dautres-20261015/
[2] Agence européenne des médicaments — Rapport EMA/94330/2024, 1er avril 2024. https://www.ema.europa.eu/system/files/documents/report/final-feedback-impact-removal-tio2-en.pdf
[3] Commission européenne — SWD(2025) 244 final, 4 août 2025. https://health.ec.europa.eu/document/download/34542b69-8507-4fc2-b106-bd15b481e40d_en
[4] Ministère de la Santé / ANSM — Base de données publique des médicaments. https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/
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