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Encéphalite japonaise : pour un voyage en Asie, qui doit vraiment se faire vacciner et pourquoi il faut parfois s’y prendre 5 semaines avant le départ

Pas de vaccin pour tous les voyages en Asie, mais pour des séjours précis, à la campagne ou en saison des pluies. Quand il est recommandé, la première dose se fait au moins 5 semaines avant le départ, 2 en schéma accéléré.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Une jeune voyageuse, sac à dos sur l’épaule, marche sur une digue de terre entre des rizières inondées au coucher du soleil, devant un village de maisons sur pilotis et des palmiers.
Rizières inondées au crépuscule dans une campagne d’Asie du Sud-Est : c’est dans ce type de paysage, à l’heure où les moustiques Culex piquent, que le risque d’encéphalite japonaise se concentre.

Sa famille l’a raconté ces derniers jours : Inès, une Française de 24 ans, est morte le 1er août au CHU de Nice d’une encéphalite japonaise contractée lors d’un voyage en Asie. [6] Derrière ce drame se pose une question très pratique pour tous ceux qui préparent un séjour en Thaïlande, au Viêt Nam ou à Bali pour les vacances de fin d’année : faut-il se faire vacciner, et surtout, combien de temps avant de partir ?

La réponse tient en deux temps. Le vaccin n’est pas recommandé pour tous les voyages en Asie, mais pour des séjours bien précis. Et quand il l’est, il ne se décide pas la veille du départ : avec le schéma classique, la première injection doit être faite au moins 5 semaines avant l’arrivée sur place. [1]

Un virus de moustique qui circule entre rizières, porcs et oiseaux

L’encéphalite japonaise est due à un virus de la même famille que ceux de la dengue, de la fièvre jaune ou du Nil occidental. Il est transmis par des moustiques du genre Culex, qui pondent dans les eaux stagnantes, en particulier les rizières. Le virus circule surtout entre ces moustiques, les porcs et les oiseaux aquatiques comme les hérons. L’être humain est une impasse : il ne transmet pas la maladie, ni aux moustiques ni à son entourage. C’est pour cette raison que le risque se concentre à la campagne et en périphérie des villes, là où l’on vit près des élevages et des cultures inondées. [2, 3]

Dans la grande majorité des cas, l’infection passe inaperçue ou se limite à de la fièvre et des maux de tête. Mais environ 1 infection sur 250 évolue vers une forme grave : forte fièvre brutale, raideur de la nuque, désorientation, convulsions, parfois coma. Chez les personnes qui ont des symptômes, la mortalité peut atteindre 30 %, et 20 à 30 % des survivants gardent des séquelles définitives (troubles de la mémoire, du langage, de l’audition, faiblesse des membres). Il n’existe aucun traitement antiviral : on soigne les symptômes et on soutient les fonctions vitales. [2]

L’Organisation mondiale de la santé estime à environ 100 000 le nombre de cas avec symptômes chaque année dans le monde, pour quelque 25 000 décès, surtout chez des enfants de moins de 15 ans. La plupart des adultes qui vivent dans les pays touchés ont été infectés pendant l’enfance et sont immunisés. Un voyageur européen, lui, arrive sans aucune défense. [2]

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Pour un voyageur, un risque faible qui dépend surtout de l’itinéraire

La maladie reste rare chez les voyageurs. Pour une personne non vaccinée qui séjourne en zone où le virus circule, le risque d’infection est estimé entre 1 sur 20 000 et 1 sur 5 000 par semaine, selon les circonstances : saison des pluies ou période d’irrigation des rizières notamment. [3] Sur un séjour de trois semaines, cela représente, selon notre calcul, entre 1 risque sur 6 700 et 1 sur 1 700 environ. Trente-quatre cas ont été recensés chez des voyageurs occidentaux entre 1978 et 2007. [3]

Ces chiffres expliquent la position des autorités sanitaires françaises. Le risque moyen est trop faible pour justifier un vaccin pour chaque touriste en Asie. Mais il se concentre sur des situations que l’on peut identifier à l’avance : c’est l’itinéraire, plus que le pays, qui fait la différence. Une semaine à Bangkok et un trek avec des nuits chez l’habitant dans les rizières du nord ne sont pas le même voyage.

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), qui publie chaque année les recommandations sanitaires aux voyageurs, note aussi que la zone où le virus circule s’est étendue ces dernières années, en partie sous l’effet du changement climatique. [1]

25 pays concernés, et l’hiver n’est pas une saison sans risque

Les recommandations 2026 du HCSP listent 25 pays et territoires où le virus est présent, de l’Inde au Japon et jusqu’au nord de l’Australie. Dans les régions tropicales, il peut circuler toute l’année, avec un pic pendant la saison des pluies et avant les récoltes de riz. Dans les régions tempérées d’Asie, il circule surtout pendant la saison chaude. [1, 2]

Pour un départ en novembre, en décembre ou en février, le calendrier change d’une destination à l’autre :

DestinationPic de transmissionHors pic
Thaïlande, Viêt Nam, CambodgeMai à octobreTransmission possible toute l’année
Indonésie (dont Bali)Variable selon les îlesTransmission possible toute l’année
Sri LankaNovembre à févrierToute l’année, hors montagnes
PhilippinesAvril à aoûtTransmission possible toute l’année
JaponJuin à octobreSaison limitée à ces mois ; rares cas, aucun à Hokkaido

Source : HCSP, recommandations sanitaires aux voyageurs 2026, tableau 2. [1]

Deux enseignements ressortent de ce tableau. D’abord, une partie des voyages d’hiver tombe en pleine saison de transmission, au Sri Lanka par exemple. Ensuite, la plage n’est pas toujours un abri : le HCSP signale plusieurs cas de voyageurs ces dernières années à Bali et dans les zones côtières du sud de la Thaïlande. [1]

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À l’inverse, un séjour qui reste dans les grandes villes expose à un risque très faible. Pour la Chine (Pékin, Shanghai, Hong Kong, Macao), la Corée du Sud (Séoul), le Japon (Tokyo), la Malaisie (Kuala Lumpur) ou Taïwan (Taipei), le HCSP juge la vaccination généralement non recommandée si le voyage se limite à ces villes. Même chose pour la randonnée en haute altitude au Népal. [1]

Infographie : schéma classique du vaccin contre l’encéphalite japonaise avec une 1re dose à J0, une 2e dose à J28 et un départ au plus tôt à J35 ; schéma accéléré pour les 18-65 ans avec une 2e dose à J7 et un départ à J14 ; mois de pic de transmission pour la Thaïlande, le Viêt Nam, le Cambodge, le Laos, les Philippines, le Sri Lanka, le nord de l’Inde et le Japon ; quatre situations où le vaccin est recommandé.
Pour un départ le 19 décembre, la première dose doit être faite au plus tard le 14 novembre avec le schéma classique, ou le 5 décembre avec le schéma accéléré réservé aux 18-65 ans. Infographie : notre rédaction, d’après le HCSP (recommandations sanitaires aux voyageurs 2026) et l’OMS.

Qui doit se faire vacciner selon les recommandations 2026

Le HCSP ne recommande pas le vaccin à tous les voyageurs en Asie. En plus des protections contre les moustiques, il le recommande, dès l’âge de 2 mois, dans trois cas : [1]

  • Un séjour exposé, quelle qu’en soit la durée : dans une zone de rizières irriguées par inondation, à proximité d’élevages de porcs, pendant une épidémie ou pendant la saison des pluies.
  • Une expatriation ou des séjours répétés dans un pays où le virus circule.
  • Toute autre situation jugée à risque par le médecin. L’édition 2026 précise que la vaccination est d’autant plus justifiée que le séjour est long, à la campagne, en saison des pluies, et que le voyageur est un enfant, plus exposé aux formes graves.

Dans la pratique, la décision se prend en consultation, l’itinéraire en main : villes et villages traversés, nombre de nuits hors des zones urbaines, activités en plein air le soir (camping, vélo, randonnée). Côté démarches, depuis juillet 2014, le vaccin Ixiaro, le seul disponible en France, peut être prescrit par un médecin et délivré en pharmacie de ville, sans passer obligatoirement par un centre de vaccinations internationales. Il n’est pas remboursé par l’Assurance maladie, mais certaines mutuelles prennent en charge les vaccins du voyageur. [3, 4]

Le bon délai : 5 semaines avant le départ, 2 semaines en schéma accéléré

C’est le point le plus souvent oublié. Le vaccin se fait en deux injections, et la protection n’est pas immédiate. Le HCSP fixe une règle simple : la deuxième dose doit être faite au moins 7 jours avant l’arrivée en zone à risque. [1]

  • Schéma classique (dès 2 mois) : une dose au jour 0, une seconde 28 jours plus tard. En ajoutant les 7 jours de marge, il faut donc commencer au moins 5 semaines avant le départ. Entre 2 mois et 3 ans, chaque injection correspond à une demi-dose.
  • Schéma accéléré, uniquement entre 18 et 65 ans : deux doses à 7 jours d’intervalle. Le délai minimal tombe alors à 2 semaines avant le départ.
  • Un rappel (troisième dose) est prévu au moins 12 mois plus tard en cas d’exposition continue ou de nouveau voyage à risque. Après 65 ans, la protection dure moins longtemps : le rappel est à envisager avant toute nouvelle exposition.
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Appliqué aux vacances de Noël, qui commencent le samedi 19 décembre [5], ce calendrier donne des dates précises. Pour un départ ce jour-là, la première injection doit être faite au plus tard le 14 novembre avec le schéma classique, la seconde le 12 décembre. Avec le schéma accéléré, il est encore possible de commencer jusqu’au 5 décembre. Il reste donc environ trois semaines pour consulter si l’on veut le schéma classique, qui est aussi le seul possible pour les enfants et les plus de 65 ans.

Le HCSP recommande enfin de terminer les deux doses avec le même vaccin. Si la seconde ne peut pas être faite avant le départ, il faut vérifier que le même vaccin est disponible dans le pays de destination. Pendant la grossesse et l’allaitement, ce vaccin figure parmi ceux que le HCSP classe comme « possibles », après avis médical. [1]

Illustration d’une table en bois avec un calendrier aux deux dates entourées, un flacon de vaccin et une seringue sur un plateau, un spray anti-moustiques, une moustiquaire roulée, une chemise pliée et un sac à dos.
Vaccin, répulsif, moustiquaire et vêtements longs : contre l’encéphalite japonaise, la préparation commence plusieurs semaines avant le départ, avec deux injections espacées de 28 jours dans le schéma classique.

Vacciné ou non, les moustiques du soir restent l’ennemi

Le moustique qui transmet l’encéphalite japonaise n’est pas celui qui pique en plein jour en ville. Les Culex sont surtout actifs au crépuscule et à l’aube, et restent actifs toute la nuit, plutôt à l’extérieur des habitations. [3] Les recommandations de protection valent pour tous les voyageurs, y compris ceux à qui le vaccin n’est pas proposé : [1, 2, 3]

  • un répulsif cutané adapté à l’âge, appliqué en fin de journée sur la peau découverte ;
  • des vêtements longs, si possible imprégnés d’insecticide, pour les soirées dehors ;
  • une moustiquaire imprégnée pour dormir.

Ces gestes protègent aussi contre la dengue ou le chikungunya, transmis par d’autres moustiques qui piquent, eux, surtout le jour. Ils réduisent le risque sans le supprimer, ce qui explique pourquoi le vaccin garde sa place pour les séjours les plus exposés.

Au retour, la vigilance compte aussi. Les premiers signes apparaissent 4 à 14 jours après la piqûre infectante. Une fièvre forte avec maux de tête, raideur de la nuque, confusion ou convulsions après un séjour en Asie est une urgence médicale : il faut appeler le 15 et signaler le voyage, car seul un test de laboratoire permet de confirmer le diagnostic. [2]

Sources et références

[1] Haut Conseil de la santé publique — Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026 (rapport du 28 mai 2026)
https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/Telecharger?NomFichier=hcspr20260528_recommasanitaiauxvoyageudition.pdf

[2] Organisation mondiale de la santé — Encéphalite japonaise, aide-mémoire
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/japanese-encephalitis

[3] Vaccination Info Service (professionnels) — Encéphalite japonaise, mis à jour le 5 août 2026
https://professionnels.vaccination-info-service.fr/Maladies-et-leurs-vaccins/Encephalite-japonaise

[4] MesVaccins.net — Encéphalite japonaise
https://www.mesvaccins.net/web/diseases/28-encephalite-japonaise

[5] Ministère de l’Éducation nationale — Calendrier scolaire 2026-2027
https://www.education.gouv.fr/calendrier-scolaire-toutes-les-dates-des-cours-et-des-vacances-100148

[6] Le Dauphiné libéré — « Son histoire doit servir » : partie en Asie, Inès, 24 ans, est morte après une piqûre de moustique, 21 octobre 2026
https://www.ledauphine.com/societe/2026/10/21/son-histoire-doit-servir-partie-en-asie-ines-24-ans-est-morte-apres-une-piqure-de-moustique

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