Une substance peut agir sur des cellules cancéreuses dans un puits de culture sans que l’on sache encore si elle pourrait soigner un cancer. Elle peut aussi ne provoquer aucun signe de toxicité aiguë dans un test animal sans que sa sécurité soit établie chez l’être humain. L’annonce sur le Zézépagnon, présenté le 14 octobre 2026 à Abidjan par Richard Sawadogo, rassemble justement ces deux types d’expériences. Les additionner ne produit pas une preuve de traitement à la fois efficace et sûr. [1]
Les résultats sont diffusés par la direction scientifique de MAPA, le promoteur du produit, dans un communiqué et une synthèse de l’intervention au congrès de pharmacologie. Ils doivent être lus comme des résultats précliniques rapportés par cette communication intéressée. Le point décisif est de regarder, pour chaque expérience, ce qui a été exposé, ce qui a été mesuré et pendant combien de temps. [1]
Sur les cellules, la question est celle d’une activité de l’extrait
Les tests cellulaires décrits concernent des lignées issues de cancers du côlon, du sein et de la prostate. Les cellules sont cultivées au laboratoire, puis exposées à des extraits. Selon la synthèse publiée par MAPA, la mesure est réalisée après 48 heures pour ces trois lignées. Les chercheurs observent une baisse de viabilité lorsque la concentration augmente : c’est une activité expérimentale à caractériser. [1]
Pour le côlon et le sein, le promoteur rapporte respectivement des CI50 de 56,11 et de 70,10 microgrammes par millilitre. La CI50 est la concentration qui réduit de moitié la viabilité mesurée dans les conditions du test. Pour la lignée de prostate, la communication indique une réduction supérieure à 50 % à une concentration testée de 50 microgrammes par millilitre. Cette dernière observation à une concentration donnée n’est pas la même description qu’une CI50 déterminée sur plusieurs concentrations. [1]
Une baisse de 50 % de viabilité cellulaire ne signifie pas une tumeur deux fois plus petite, encore moins un patient sur deux guéri. Le récipient contient des cellules directement exposées à l’extrait, pas un organisme qui absorbe, transforme et élimine des substances. Le résultat aide à choisir les expériences suivantes. Il ne mesure ni la réponse d’un cancer dans le corps ni la survie d’une personne.
Chez la souris, la question change : que se passe-t-il après une prise unique ?
Le test animal décrit par MAPA concerne la toxicité aiguë, c’est-à-dire les effets indésirables recherchés après une exposition ponctuelle. Une dose unique de 2 000 milligrammes par kilogramme a été administrée à des souris, suivies pendant 14 jours. Aucun signe de toxicité aiguë ni décès n’aurait été observé au cours de ce suivi. Il s’agit d’un résultat rapporté dans ces conditions précises. [1]
Ce test n’évalue pas l’action du produit sur une tumeur chez la souris. Son critère est la toxicité après une administration unique, pas la disparition de cellules cancéreuses dans l’animal. Il n’est donc pas une étape supplémentaire montrant le même effet anticancéreux que l’expérience en culture.

| Expérience rapportée | Ce qu’elle examine | Ce qui reste une autre question |
|---|---|---|
| Cellules cancéreuses en culture | Viabilité après exposition à des extraits | Effet sur une tumeur chez un malade |
| Souris, administration unique | Signes de toxicité aiguë et décès sur 14 jours | Risques d’une prise répétée et sécurité humaine |
La durée et le rythme d’exposition comptent autant que le chiffre de la dose. Un produit pris régulièrement pose des questions que la prise unique ne peut pas explorer. La communication annonce d’ailleurs une étude de toxicité à doses répétées pendant 28 jours ou davantage. Ce projet ne fournit pas encore un résultat sur l’exposition prolongée. Et le chiffre utilisé chez la souris ne permet pas de conseiller une dose à l’être humain. [1]
Les cellules sanguines normales ne représentent pas tous les organes
MAPA rapporte aussi une viabilité d’environ 95 % pour des cellules sanguines normales appelées PBMC, testées à 50 microgrammes par millilitre. Ces cellules servent à explorer une question importante : l’extrait affecte-t-il différemment les cellules cancéreuses et des cellules non cancéreuses ? Une activité qui épargnerait davantage certaines cellules saines serait une propriété à étudier. [1]
Mais ici, l’observation concerne un type de cellules normales, à une concentration testée. La synthèse précise en outre que la méthode de mesure utilisée pour ces cellules sanguines diffère de celle employée pour les lignées cancéreuses. On ne peut pas transformer cette comparaison limitée en garantie que le foie, les reins ou les autres tissus seraient préservés dans toutes les conditions d’utilisation. [1]
Des cellules d’origine humaine placées en culture restent un modèle de laboratoire. Elles ne constituent pas une étude clinique menée chez des volontaires ou des malades. Pour comprendre un risque pour l’organisme, il faut aussi examiner ce qui se passe lorsque plusieurs tissus sont exposés ensemble, pendant une durée pertinente et à une exposition réellement atteinte.
La préparation expérimentale compte autant que le nom du produit
Un autre raccourci serait de passer des « extraits de Zézépagnon » à « la tisane que l’on boit ». La synthèse publiée par le promoteur décrit une décoction et une extraction par macération méthanolique, puis précise que les résultats présentés sont ceux de la macération méthanolique. L’objet actif dans ces expériences est donc un extrait de laboratoire. [1]
Cette distinction change la question suivante : quelles substances sont présentes dans cet extrait, lesquelles expliquent l’effet et en quelles quantités ? Le seul nom de la préparation ne suffit pas à établir qu’une tisane ingérée produirait la même exposition au niveau d’une tumeur. Clarifier la composition et les concentrations est nécessaire pour relier une observation cellulaire à un éventuel candidat thérapeutique, sans confondre ce travail avec une recette de consommation.

Le format de la communication invite également à garder les résultats à leur juste place. Le site de MAPA présente sa synthèse comme une transcription automatique corrigée de la séance. Il ne s’agit pas d’un article scientifique évalué par les pairs. Les détails de méthode et les chiffres rapportés peuvent orienter la recherche, mais leur publication par le promoteur ne vaut pas expertise indépendante du produit. [1]
L’autorisation répond encore à une autre exigence
Avant cette présentation, l’AIRP avait publié une note datée du 14 septembre 2026 signalant l’absence d’autorisation de mise sur le marché des produits Zézépagnon. Elle interdit leur fabrication, leur importation, leur distribution, leur vente et leur promotion, et recommande au public de s’abstenir de les acheter et de les consommer. Cette alerte réglementaire n’est pas un test de laboratoire : elle fixe le cadre dans lequel le produit peut, ou non, être commercialisé. [2]
La prise de parole au congrès du 14 octobre ne constitue pas une levée de cette interdiction ni une AMM. Dans le compte rendu des échanges publié par MAPA, le produit est encore décrit comme non enregistré, avec une demande d’autorisation restant à déposer. Un contrôle de qualité d’échantillon, une expérience de toxicité et une présentation publique ne se substituent pas à cette procédure. [1]
Parmi les travaux annoncés, MAPA prévoit de tester plusieurs concentrations sur les cellules de prostate et sur les PBMC. Cela permettrait de rechercher à partir de quelles expositions la viabilité diminue dans chacun de ces modèles, plutôt que de comparer seulement deux observations isolées à une même concentration. Cette comparaison plus complète aiderait à examiner l’hypothèse d’une activité préférentielle sur certaines cellules, avant de chercher si une exposition utile peut être obtenue dans un organisme. [1]
Sources et références
[1] MAPA — communiqué de la direction scientifique et synthèse éditée de l’intervention du 14 octobre 2026
https://zezepagnon.com/index.php?page=recherche
[2] AIRP — note d’information n° 2906, datée du 14 septembre 2026
https://api.airpdigital.com/storage/documents/Note%20d%27Information%20AIRP%20N%C2%B0%202906_ZEZEPAGNON%20%20a%CC%80%20diffuser.pdf
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