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Lentilles, pois chiches, haricots : les Français n’en mangent que 1,6 kilo par an, 3 fois moins que conseillé, et la conserve en fait déjà la moitié

Les adultes français mangent en moyenne 1,6 kilo de légumineuses par an, moins d’un tiers de la quantité conseillée. Ce que révèlent les nouvelles données de Terres Univia, ce que les études permettent d’en attendre et les gestes pour mieux les digérer.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Une femme rince des pois chiches dans une passoire au-dessus de l’évier, à côté de bocaux de lentilles, de haricots rouges et de pois cassés.
Rincer les pois chiches en conserve fait partie des gestes simples qui rendent les légumineuses plus faciles à digérer ; la boîte représente déjà près de la moitié des quantités consommées.

Les Français mangent en moyenne 1,6 kilo de légumineuses par an et par adulte. Lentilles, pois chiches, haricots secs, pois cassés, fèves et soja compris, cela représente environ une assiette toutes les deux semaines. C’est ce que montre l’enquête alimentaire Nutrimétrie 2024, dont l’interprofession Terres Univia a publié les résultats. Le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande pourtant d’en manger au moins deux fois par semaine. [1]

Le 13 octobre 2026, la même interprofession a présenté son observatoire annuel du marché. Les ventes de légumes secs tiennent bon en 2025, mais la croissance se fait ailleurs : houmous, snacks, pâtes aux légumineuses et alternatives végétales. Les légumineuses entrent dans les placards par des formats prêts à manger, alors que la marche à franchir dans l’assiette reste importante. [2, 3]

1,6 kilo par an, moins d’un tiers de la quantité conseillée

Terres Univia a converti la recommandation officielle en kilos : deux portions de 50 grammes par semaine représentent environ 5 kilos par personne et par an. Le calcul exact donne 5,2 kilos. Avec 1,6 kilo, l’adulte moyen en mange donc 31 % de la quantité conseillée, soit environ 31 grammes par semaine au lieu de 100. [1]

L’enquête a suivi 2 200 adultes représentatifs, qui ont noté pendant trois jours tout ce qu’ils mangeaient. Sur cette période, seuls 13 % des participants ont consommé des légumineuses au moins une fois. La moyenne cache des écarts importants. [1]

  • Selon la profession : 2,4 kilos par an chez les cadres, 1,4 kilo chez les employés et 0,4 kilo chez les ouvriers, soit six fois moins que les cadres.
  • Selon le foyer : environ 1,2 kilo chez les adultes qui vivent avec des enfants, contre près de 2 kilos chez ceux qui vivent seuls ou en couple sans enfant.
  • Selon l’âge : 1,4 kilo chez les 18-34 ans et les 45-64 ans, 1,9 kilo chez les 35-44 ans et les 65-79 ans.
  • Selon la région : on en mange environ six fois plus dans l’Ouest que dans le Nord.

L’écart entre familles avec et sans enfants est le plus parlant pour le quotidien. Terres Univia y voit l’effet de l’organisation des repas, de la praticité et de l’accueil réservé à ces plats au sein du foyer. Autrement dit, ce n’est pas seulement une question de goût : c’est aussi une question de temps et d’habitudes en cuisine. [1]

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Infographie : 1,6 kg de légumineuses consommé par adulte et par an contre 5,2 kg conseillés, écarts selon la profession de 0,4 à 2,4 kg, progression en rayon des alternatives végétales et du houmous, et résultats de deux méta-analyses.
Les adultes mangent moins d’un tiers de la quantité de légumineuses conseillée, avec de forts écarts selon la profession. Infographie : notre rédaction, d’après Terres Univia et deux méta-analyses publiées en 2023.

En rayon, la conserve et les produits prêts à manger tirent le marché

C’est précisément ce frein pratique que lève la conserve. Selon l’enquête Nutrimétrie, les légumineuses en boîte représentent déjà près de la moitié des quantités consommées, environ 0,7 kilo par an. Les légumineuses sèches et celles contenues dans des plats préparés pèsent chacune 0,2 kilo, les soupes 0,1 kilo. La lentille arrive en tête, devant le pois chiche. Et 89 % des volumes sont mangés à la maison. [1]

L’observatoire OléoProtéines 2026 confirme cette tendance côté magasins. En grande distribution, les ventes de légumes secs bruts restent stables autour de 23 000 tonnes par an depuis 2019. En 2025, les légumes secs progressent de 1 % et les produits au soja de 2 %, alors que les volumes alimentaires reculent globalement. Les hausses fortes concernent d’autres rayons : +20 % pour les alternatives végétales contenant des légumineuses, +16 % pour le houmous et les snacks apéritifs. Le marché des pâtes aux légumineuses a plus que doublé en un an, avec l’arrivée de références qui mettent en avant leur teneur en protéines. [2]

Ces chiffres viennent de l’interprofession de la filière, qui a intérêt à voir progresser ces ventes. Ils reposent toutefois sur des panels de distribution reconnus et sont présentés catégorie par catégorie, sans les additionner. L’innovation suit le même mouvement : en 2025, 11,4 % des nouveaux produits alimentaires lancés en France contenaient des légumineuses, avec toujours les trois mêmes graines en tête, le pois chiche, le soja et la lentille. [2]

Tous ces produits ne se valent pas. Une boîte de lentilles ou de pois chiches au naturel apporte la légumineuse presque telle quelle. Des chips ou un biscuit apéritif « aux légumineuses » en contiennent une part variable, à côté de matières grasses et de sel. La liste des ingrédients reste le meilleur repère.

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Ce que les études permettent vraiment d’attendre

L’intérêt nutritionnel des légumineuses tient à leur composition. Elles apportent des glucides complexes, comme les autres féculents, mais aussi des protéines végétales, environ 9 grammes pour 100 grammes de lentilles selon la nutritionniste Émilie Steinbach, ainsi que du fer, du magnésium, du potassium, des folates et des fibres. [4, 5] Ce dernier point compte : les adultes français consomment en moyenne à peine 20 grammes de fibres par jour, pour 30 grammes recommandés. [5]

Côté santé, les résultats souvent cités méritent d’être lus avec leur contexte. Trois méta-analyses publiées en 2023, qui regroupent de nombreuses études, donnent des réponses complémentaires.

TravailCe qui a été comparéRésultat
32 cohortes, 1,1 million de participants (Advances in Nutrition)Quantité de légumineuses consommée et décès, toutes causes confonduesChaque tranche de 50 g par jour en plus est associée à un risque de décès inférieur d’environ 6 % ; pas d’association nette avec la mortalité cardiovasculaire ou par cancer [6]
26 études d’observation (Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases)Plus gros contre plus petits consommateursRisque de maladie cardiovasculaire inférieur de 6 % et de maladie coronarienne inférieur de 10 %, sans différence pour l’AVC [7]
Revue des recommandations nordiques (Food & Nutrition Research)Cohortes d’adultes en bonne santé qui en mangent peu, et essais contrôlésPas d’association nette dans les cohortes ; dans les essais, baisse moyenne du « mauvais » cholestérol (LDL) de 0,19 mmol/L [8]

Ces travaux d’observation montrent des associations, pas une preuve que les légumineuses font vivre plus longtemps. Les gros consommateurs ont souvent d’autres habitudes favorables. Certaines reprises présentent d’ailleurs la baisse du risque cardiovasculaire comme un acquis, alors que la revue nordique, plus stricte, ne retrouve pas cet effet chez des adultes qui en mangent peu. Le résultat le plus solide vient des essais, où l’on compare des groupes tirés au sort : manger des légumineuses fait baisser un peu le cholestérol LDL, un facteur de risque cardiovasculaire bien établi. [7, 8]

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La comparaison avec la consommation française éclaire aussi l’enjeu. Les 50 grammes par jour de la première méta-analyse représentent environ 18 kilos par an, soit plus de dix fois ce que mange l’adulte moyen. Les deux portions par semaine du PNNS visent un objectif bien plus modeste. Elles s’inscrivent dans l’idée de remplacer une partie de la viande transformée ou des produits raffinés, plutôt que d’ajouter un aliment miracle. [5, 6]

Trempage, rinçage, cuisson : les gestes qui rendent les légumineuses plus digestes

Reste le frein le plus fréquent : les ballonnements. Interrogée dans Bonjour ! La Matinale TF1 le 21 octobre, Émilie Steinbach, neuroscientifique et nutritionniste, rappelle quelques gestes simples. [4]

  • Rincer les légumineuses en conserve ou précuites avant de les utiliser.
  • Faire tremper les légumineuses sèches avant la cuisson.
  • Les cuire suffisamment pour limiter la fermentation dans l’intestin, à l’origine des gaz.
  • Les introduire petit à petit si l’on n’en mange pas d’habitude, pour laisser au système digestif le temps de s’adapter.

Cette progression vaut pour toutes les sources de fibres, comme le montre notre article sur le passage au pain complet et l’augmentation progressive des fibres. Les légumineuses ralentissent aussi la digestion et l’absorption de certains glucides, ce qui participe à la satiété. [4]

Illustration d’un repas de famille avec un plat de lentilles mijotées aux légumes, un bol de riz, du pain et une salade.
Associer légumineuses et céréales, comme des lentilles avec du riz ou du pain, complète l’apport en protéines végétales au cours de la journée.

Dernier repère, utile pour les personnes qui mangent moins de viande ou qui ont moins d’appétit avec l’âge : les protéines des légumineuses sont mieux utilisées par l’organisme quand elles sont associées à des céréales, comme le blé, le riz, les pâtes ou la semoule. Cette association n’a pas besoin d’avoir lieu dans le même plat. Il suffit qu’elle se fasse au cours de la même journée, selon le diététicien Raphaël Gruman. Un houmous au déjeuner et du pain au dîner, ou une salade de lentilles avec du boulgour, remplissent ce rôle. [5]

Sources et références

[1] Terres Univia — « Une consommation de légumineuses encore trop modeste pour atteindre les recommandations de santé » (étude Nutrimétrie 2024), 27 mai 2026
https://www.terresunivia.fr/fichiers/cp/2026-05-27-CP-etude-nutrimetrie.pdf

[2] Terres Univia — « Les légumineuses s’installent durablement dans les rayons et les assiettes » (Observatoire OléoProtéines 2026), 13 octobre 2026
https://www.terresunivia.fr/fichiers/cp/2026-10-13-CP-Observatoire-oleoproteines-2026.pdf

[3] La France Agricole — « Installation durable » des légumineuses dans les achats alimentaires, octobre 2026
https://www.lafranceagricole.fr/conjoncture-cultures/article/904920/installation-durable-des-legumineuses-dans-les-achats-alimentaires

[4] TF1 Info — « Beaucoup de fibres essentielles pour la santé du microbiote intestinal » : les bienfaits des céréales et des légumineuses, 21 octobre 2026
https://www.tf1info.fr/sante/beaucoup-de-fibres-essentielles-pour-la-sante-du-microbiote-intestinal-quels-sont-les-bienfaits-des-cereales-et-des-legumineuses-dans-l-alimentation-et-comment-les-preparer-correctement-2471164.html

[5] Santé Magazine — « Longévité : manger des légumineuses pour vivre longtemps ? », 20 octobre 2026
https://www.santemagazine.fr/alimentation/aliments-et-sante/legumineuses/longevite-manger-des-legumineuses-pour-vivre-longtemps-1158386

[6] Zargarzadeh N. et al. — Legume Consumption and Risk of All-Cause and Cause-Specific Mortality, Advances in Nutrition, 2023
https://doi.org/10.1016/j.advnut.2022.10.009

[7] Mendes V. et al. — Intake of legumes and cardiovascular disease: a systematic review and dose-response meta-analysis, Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 2023
https://doi.org/10.1016/j.numecd.2022.10.006

[8] Thorisdottir B. et al. — Legume consumption in adults and risk of cardiovascular disease and type 2 diabetes, Food & Nutrition Research, 2023
https://doi.org/10.29219/fnr.v67.9541

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