Votre proche se lève et son corps part en arrière, sans qu’il le veuille. Ce trouble s’appelle la rétropulsion personne âgée, et il peut être lié à une chute ou à un problème neurologique.
Je vous explique ce que ça révèle et comment le repérer.
Quand faut-il consulter après une chute ou l’apparition d’une rétropulsion ?
Consulter après une chute ou un changement
Une rétropulsion qui apparaît d’un coup, qui s’aggrave ou qui suit une chute mérite un avis médical. Ce trouble peut venir d’un syndrome post-chute, d’un problème neurologique, d’une douleur ou d’une perte de force. Vous ne devez pas attendre pour en parler.
Consultez rapidement si la personne :
- ne tient plus debout alors qu’elle marchait encore récemment
- tombe plusieurs fois, surtout sur un délai court
- présente une faiblesse d’un côté du corps, un trouble de la parole, une confusion ou une perte de connaissance
- ressent une douleur importante à la hanche, au dos, au cou ou à un membre
- prend un traitement anticoagulant après un choc à la tête
- reste très anxieuse ou refuse de se remettre debout
- n’arrive plus à faire seule des gestes du quotidien, comme se lever, aller aux toilettes ou marcher quelques mètres
En cas de douleur intense, de membre déformé, de saignement important, de malaise ou de perte de connaissance, appelez le 15 ou le 112. Même chose pour une difficulté à respirer ou un trouble neurologique brutal.
Si vous soupçonnez une fracture ou un traumatisme sérieux, ne forcez pas la personne à se relever. Attendez les secours.
Si la personne reste au sol
Une personne qui ne peut pas se relever doit être prise au sérieux. Même si elle dit ne pas avoir mal, ne minimisez pas la situation.
Rester au sol plus d’une heure est dangereux. Le corps se déshydrate et refroidit vite. La peau peut s’abîmer. Les muscles aussi souffrent : c’est la rhabdomyolyse, une atteinte due à l’immobilisation prolongée.
Pendant l’attente, plusieurs gestes permettent de signaler sa présence :
- appeler avec un téléphone, un médaillon de téléassistance ou une commande à portée de main
- crier ou frapper contre un mur si quelqu’un risque de l’entendre
- bouger doucement bras et jambes, si aucune douleur ne l’en empêche
- se couvrir avec un vêtement ou une couverture
- attendre les secours plutôt que de tirer sur un meuble instable
Pour se relever, vérifiez d’abord que vous pouvez bouger sans douleur forte. Assurez-vous aussi qu’il n’y a pas de choc sérieux à la tête.

Le geste se déroule en plusieurs temps. Tournez-vous sur le côté, puis passez sur le ventre. Avancez à quatre pattes jusqu’à un appui solide. Posez un pied à plat devant vous. Poussez sur les bras et la jambe pour vous asseoir, puis vous redresser.
Ce geste s’apprend avec un professionnel. Ne l’improvisez jamais après une blessure.
Qu’est-ce que la rétropulsion chez une personne âgée ?
Définition et termes proches
La rétropulsion, c’est une tendance involontaire à partir vers l’arrière. Le tronc bascule et le centre de gravité passe derrière les pieds. Résultat : la personne peut tomber en arrière, sans l’avoir voulu.
Le phénomène peut survenir :
- en position assise, quand le dos quitte le dossier ou que le bassin glisse vers l’avant
- debout, avec une tendance à reculer ou à faire plusieurs pas en arrière
- au démarrage de la marche, quand le premier pas part en arrière
- pendant la marche, avec des chutes arrière ou une difficulté à rattraper un déséquilibre
Un signe, pas un diagnostic
Après une chute, la personne perd souvent confiance dans ses appuis. Elle n’ose plus se pencher vers l’avant, garde les pieds loin du siège et repousse le sol avec les talons. Cette peur entretient le risque de tomber en arrière.
Le syndrome post-chute associe souvent baisse d’activité, anxiété, peur de la station debout, raideur, rétropulsion et perte des automatismes de marche. Sans prise en charge précoce, il peut s’installer en quelques jours.
Comment ça se manifeste sur la posture, l’équilibre et la marche ?
Observez la personne sans la pousser ni la faire marcher seule. Assise, repérez un tronc rejeté en arrière. Les épaules n’avancent pas. Une raideur apparaît quand on lui demande de se pencher légèrement.
Lors du passage assis-debout, plusieurs signes doivent attirer votre attention :
- Les pieds restent en avant, loin de la chaise.
- Le nez et les épaules n’avancent pas suffisamment au-dessus des pieds.
- Les talons restent chargés alors que les orteils se soulèvent.
- Le bassin part vers l’arrière au moment où le corps se redresse.
Ne reproduisez pas vous-même le test de poussée des examens neurologiques. Une personne en rétropulsion peut tomber sans pouvoir se protéger. Ce test relève d’un professionnel, dans un cadre sécurisé.
La marche commence parfois par une hésitation, un pas en arrière ou l’impression que les pieds collent au sol. Les premiers pas sont souvent les plus difficiles, notamment après un lever de chaise ou un demi-tour.
Quand la personne avance, observez :
- Des pas courts et lents.
- Une marche talonnante, sans déroulement fluide du pied.
- Des arrêts lors d’un demi-tour, d’un passage de porte ou devant un obstacle.
- Une tendance à reculer dès que son attention se porte ailleurs.
La rétropulsion complique aussi les transferts. Il s’agit des passages d’une position à une autre : se lever, s’asseoir, entrer dans un lit ou aller aux toilettes. Peu à peu, la personne ne peut plus s’y rendre seule.
Pourquoi survient-elle et que peut révéler une chute ?
Causes possibles
Souvent, la rétropulsion arrive quand plusieurs fragilités se cumulent. Vous pouvez avoir moins de force, des douleurs, une vue moins bonne, ou prendre un médicament sédatif. Chacun de ces points peut suffire à faire perdre l’équilibre. Or, un équilibre déjà fragile tient mal.
Les causes possibles comprennent :
- une chute récente, la peur de se remettre debout ou un alitement prolongé
- une faiblesse des muscles des jambes
- une douleur de la hanche, du genou, du dos ou du pied
- un trouble de la sensibilité des pieds, une baisse de la vision ou de l’audition
- une hypotension orthostatique, c’est-à-dire une chute de tension au passage debout
- la prise de plusieurs médicaments, notamment psychotropes ou hypotenseurs
- un syndrome parkinsonien, une atteinte frontale, un accident vasculaire cérébral ou une autre affection neurologique

L’environnement peut aussi provoquer la chute. Un tapis qui glisse, un sol mouillé, un éclairage faible, un meuble trop bas ou des chaussures instables suffisent parfois. Le médecin distingue deux choses : ce qui prépare le terrain, et ce qui a déclenché la chute.
Ce qu’une chute peut révéler
Après l’événement, notez précisément :
- ce que faisait la personne juste avant de tomber
- si elle s’est sentie étourdie, faible ou confuse
- si elle a perdu connaissance ou heurté sa tête
- si une douleur est apparue avant ou après la chute
- si elle a pu se relever seule
- quels médicaments elle avait pris ce jour-là
On parle de chutes répétées à partir de deux chutes en douze mois. Dans ce cas, un bilan organisé s’impose, même sans fracture visible et même si la personne minimise. Parlez-en au médecin rapidement.
Comment le médecin évalue-t-il la marche et l’équilibre ?
Entretien et examen clinique
Le médecin examine ensuite :
- la vigilance et les fonctions cognitives ;
- la force des membres inférieurs ;
- la sensibilité des pieds et des jambes ;
- les réflexes et les signes neurologiques ;
- le cœur et le rythme cardiaque ;
- les pieds et les chaussures.
Vous voyez l’examen se dérouler dans un espace dégagé, bien éclairé et assez long. Le professionnel observe la personne avec son aide habituelle. Il ne retire cette aide que si la situation reste sûre.
Tests et examens complémentaires

Le Timed Up and Go mesure le temps pour vous lever d’une chaise, marcher trois mètres, faire demi-tour, revenir et vous rasseoir. Au-delà de 15 secondes, le test signale un trouble de la marche ou de l’équilibre. Certaines recommandations retiennent 20 secondes pour une fragilité plus marquée.
On mesure aussi la vitesse de marche sur quatre mètres. Une vitesse inférieure à 0,8 mètre par seconde, soit plus de cinq secondes pour parcourir cette distance, indique un risque accru. Ces tests ne remplacent pas l’examen médical. Ne les faites pas seul si la personne est instable.
Le médecin peut compléter l’évaluation par :
- une observation de la marche en double tâche, par exemple en parlant ;
- un électrocardiogramme en cas de malaise ou de suspicion cardiaque ;
- une radiographie en cas de douleur ou d’impotence.
Comment se prend en charge la rétropulsion et le syndrome post-chute ?
Agir sur les causes et les capacités
La prise en charge commence par la cause identifiée. Le médecin peut traiter une infection ou corriger une déshydratation. Il peut aussi adapter un médicament, rechercher une hypotension ou vous orienter vers un neurologue, un gériatre ou un spécialiste de la réadaptation.
La kinésithérapie travaille notamment :
- le déplacement du poids vers l’avant
- le contrôle du tronc et du bassin
- le passage assis-debout
- les transferts et les demi-tours
- les réactions de protection en cas de déséquilibre
- l’apprentissage du relevé du sol
Le travail reste régulier et progressif, adapté à la fatigue. Il ne s’agit pas de faire marcher la personne seule à tout prix. Le but est de restaurer des gestes sûrs et une confiance réaliste.
Sécuriser les déplacements
Une canne ou un déambulateur ne se choisit pas seulement parce qu’il rassure. Faites vérifier sa hauteur, son type et son côté d’utilisation par un professionnel. Un déambulateur protège mal des chutes arrière, ce qui compte en cas de rétropulsion.
Après une chute, évitez de garder la personne au fauteuil ou au lit plusieurs jours sans raison médicale. L’immobilité accélère la perte de force. Reprenez transferts et marche dès que possible, une fois écartées une fracture ou une contre-indication.
L’accompagnement doit rester cohérent :
- expliquer le mouvement avant de le commencer
- se placer près de la personne, sans tirer sur ses bras
- chausser correctement les pieds et les poser au sol
- laisser la personne réaliser la part du mouvement qu’elle contrôle encore
Comment réduire le risque de chute et préserver l’autonomie ?
Prévention au quotidien
Pour savoir si vous êtes concerné, posez-vous trois questions :
- Êtes-vous tombé au cours des douze derniers mois ?
- Vous sentez-vous instable en vous levant ou en marchant ?
- Avez-vous peur de tomber ?
Une seule réponse positive suffit. Parlez-en alors avec un professionnel de santé.
Plusieurs leviers préservent les capacités de marche et d’équilibre :
- Marche régulière, selon ses possibilités.
- Renforcement des jambes avec un programme encadré.
- Travail de l’équilibre dans un environnement sécurisé.
- Contrôle de la vue et de l’audition.
- Surveillance de l’alimentation et de toute perte de poids.
- Chaussures fermées, stables et adaptées.
- Réévaluation des médicaments qui provoquent somnolence ou baisse de tension.
Adapter l’environnement

À domicile, commencez par les endroits où la personne se lève la nuit. Retirez les petits tapis, rangez les fils, améliorez l’éclairage. Dégagez aussi les passages entre le lit, les toilettes et les pièces principales.
Vérifiez aussi :
- La présence d’une veilleuse ou d’un éclairage automatique.
- La stabilité des chaises et des fauteuils.
- La possibilité d’appeler sans se déplacer en cas d’urgence, grâce à un dispositif d’alerte facilement accessible.
Après une chute
Dans les jours suivants, surveillez :
- Une douleur ou un hématome.
- Une difficulté nouvelle à marcher.
- Une somnolence ou une confusion.
- Une baisse des repas et des boissons.
- Une peur de se lever ou une réduction des sorties.
- Une demande d’aide inhabituelle.
- Une nouvelle chute ou un déséquilibre plus fréquent.
Ne banalisez pas une personne qui dit « je vais bien » alors qu’elle ne se lève plus seule. Repérée tôt, la perte d’autonomie après une chute peut être progressive et réversible.
Prenez rendez-vous avec le médecin traitant. Il organisera l’évaluation et la rééducation.
Sources
Si votre proche ne tient plus debout, tombe à répétition ou reste au sol, n’attendez pas que cela passe : appelez son médecin traitant pour une évaluation de la marche et de l’équilibre. En cas de douleur intense ou de malaise, composez le 15 ou le 112.
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