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Vous pensiez que le sport profitait surtout aux femmes ? Une étude belge relie au contraire le manque d’exercice à une santé plus abîmée chez les hommes

Une étude de l’Université catholique de Louvain sur des Européens de 50 ans et plus relie le manque de sport à une santé plus dégradée chez les hommes, le manque de fruits et légumes chez les femmes. Le sens exact du résultat, ce que font les Français de ces deux habitudes et les repères de l’OMS.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Medilax (1 min 14) : une étude belge relie le manque de sport à une santé plus abîmée chez les hommes, le manque de fruits et légumes chez les femmes.

Bouger plus ou manger plus de fruits et légumes : les deux habitudes vont de pair avec une meilleure santé, chez les femmes comme chez les hommes. Mais elles ne pèsent pas du même poids selon le sexe. C’est ce que montre une étude de l’Université catholique de Louvain (UCLouvain), en Belgique, publiée en octobre dans la revue Social Science & Medicine par la doctorante Alexia Bigorne et la professeure d’économie de la santé Sandy Tubeuf. [1] [2]

Leur résultat tient en une phrase, tirée du résumé de l’article : une activité physique insuffisante est plus fortement associée à une moins bonne santé chez les hommes que chez les femmes, tandis qu’une consommation peu fréquente de fruits et légumes est plus fortement associée à une moins bonne santé chez les femmes que chez les hommes. [1] Ce sens précis compte, car la formule qui a circulé depuis dit l’inverse pour le sport.

Étude de l’UCLouvain : le manque de sport pèse davantage sur la santé des hommes

Les chercheuses ont exploité l’enquête européenne SHARE, qui suit la santé et les conditions de vie des personnes de 50 ans et plus dans 12 pays européens. [2] Environ 25 000 personnes ont été retenues, 14 000 femmes et 11 000 hommes, selon les chiffres donnés par Alexia Bigorne. [3] Leur état de santé est résumé par un score qui combine trois mesures : la santé telle que la personne la juge elle-même, la présence de maladies chroniques et le fait de se sentir limité ou non dans les activités de la vie quotidienne. [1] [3]

Les hommes et les femmes sont comparés à situation comparable, notamment pour l’âge, le pays de résidence et la situation familiale pendant l’enfance. [2] Il s’agit d’une étude d’observation : elle relie des habitudes déclarées à un état de santé, sans prouver que l’une cause l’autre, et l’université qualifie elle-même les différences de « relativement modestes ». [2]

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L’autre volet de l’étude porte sur ce qui explique les écarts de santé à l’intérieur de chaque sexe. Chez les hommes, la fréquence de l’activité physique arrive en tête. Chez les femmes, c’est le milieu socio-économique de la famille dans laquelle elles ont grandi. [1] « Dans la santé des femmes, ce ne sont pas les comportements de santé qui vont expliquer le plus leur santé, c’est le contexte socio-économique familial », résume Alexia Bigorne. [3]

« Le sport profite plus aux femmes » : une formule qui renverse le résultat

Le communiqué de l’université décrit d’abord le résultat dans le bon sens, puis le reformule ainsi : « à effort égal, l’activité physique est plus bénéfique pour les femmes que pour les hommes, tandis que la consommation de fruits et légumes profite davantage aux hommes ». [2] Plusieurs reprises ont titré sur cette seconde phrase. Or elle ne découle pas de la première. Si rester inactif abîme davantage la santé des hommes, c’est chez eux que l’écart entre actifs et sédentaires est le plus grand, donc chez eux que l’exercice est associé au gain le plus net dans cette étude. Même raisonnement, en sens inverse, pour les fruits et légumes chez les femmes.

L’idée que les femmes tirent autant de bénéfices avec moins de sport existe bien, mais elle vient d’une autre étude, citée par l’UCLouvain en appui. Publiée en octobre 2025 dans Nature Cardiovascular Research, elle s’appuie sur plus de 85 000 Britanniques dont l’activité a été mesurée par un capteur porté au poignet. [4] Pour abaisser de 30 % le risque de maladie coronarienne, les femmes avaient besoin d’environ 250 minutes d’activité modérée à soutenue par semaine, les hommes de 530 minutes. Atteindre les 150 minutes recommandées allait de pair avec un risque réduit de 22 % chez les femmes et de 17 % chez les hommes. [4]

Les deux travaux ne mesurent pas la même chose. L’étude britannique suit le cœur, l’étude belge un état de santé global après 50 ans. Ils peuvent donc être vrais ensemble : un effet plus marqué de l’exercice sur les artères des femmes, et un état général des hommes plus dégradé quand ils restent sédentaires. Ce qu’on ne peut pas faire, c’est utiliser le second pour dire que le sport « profite plus aux femmes ».

En France, chacun coche plus souvent la case qui compte le plus pour lui

Que font les Français de ces deux habitudes ? Nous avons repris l’enquête européenne de santé EHIS de 2019, la plus récente publiée par Eurostat pour la France, qui mesure les portions de fruits et légumes mangées chaque jour et le temps consacré chaque semaine à une activité d’endurance en dehors du travail. [5] [6] Le croisement avec l’étude belge donne un résultat inattendu : chaque sexe atteint plus souvent le repère de l’habitude que l’étude relie le plus à sa propre santé.

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France, 2019HommesFemmes
5 portions de fruits et légumes par jour ou plus, 18 ans et plus15,7 %23,4 %
5 portions ou plus, 65 à 74 ans20,7 %30,9 %
Aucune portion quotidienne, 18 ans et plus30,4 %19,7 %
150 minutes d’activité d’endurance par semaine ou plus, 18 ans et plus32,2 %20,3 %
150 minutes ou plus, 65 à 74 ans28,8 %21,8 %
Part des adultes vivant en France qui atteignent chaque repère, selon le sexe. Activité d’endurance hors travail : vélo pour se déplacer, sport, fitness, loisirs actifs. Calcul Medilax d’après Eurostat, enquête EHIS 2019.

Les hommes sont plus nombreux à bouger au moins 150 minutes par semaine, 32,2 % contre 20,3 % des femmes. Les femmes sont plus nombreuses à manger cinq portions de fruits et légumes par jour, 23,4 % contre 15,7 % des hommes, et l’écart grimpe à 10,2 points entre 65 et 74 ans. [5] [6] Près d’un homme sur trois, 30,4 %, ne mange même pas une portion de fruits ou de légumes chaque jour. [5]

Ce léger avantage ne doit pas tromper : dans les deux cas, la case la plus utile reste vide pour la majorité. 67,8 % des hommes restent sous les 150 minutes d’activité par semaine, et 76,6 % des femmes sous les cinq portions quotidiennes. [5] [6] L’étude belge ne dit pas non plus que les hommes peuvent se passer de légumes ou les femmes de sport : les deux habitudes restent associées à une meilleure santé pour tous. [2] Elle désigne l’endroit où le manque se paie le plus cher.

Infographie Medilax. Part des Français qui mangent au moins 5 portions de fruits et légumes par jour : 15,7 % des hommes et 23,4 % des femmes de 18 ans et plus, 17,9 % contre 26,4 % à 55-64 ans, 20,7 % contre 30,9 % à 65-74 ans. Part qui pratique au moins 150 minutes d’activité d’endurance par semaine hors travail : 32,2 % des hommes et 20,3 % des femmes de 18 ans et plus, 26,7 % contre 23,6 % à 55-64 ans, 28,8 % contre 21,8 % à 65-74 ans. Encadré : selon l’étude de l’UCLouvain, le manque d’activité physique est plus fortement associé à une moins bonne santé chez les hommes, le manque de fruits et légumes chez les femmes ; en France, 67,8 % des hommes restent sous les 150 minutes et 76,6 % des femmes sous les 5 portions.
En France, les hommes atteignent plus souvent le repère des 150 minutes d’activité par semaine, les femmes celui des 5 portions de fruits et légumes par jour. Infographie : Medilax, d’après Eurostat, enquête EHIS 2019 (calcul Medilax), l’étude de l’UCLouvain publiée dans Social Science & Medicine et les repères de l’OMS.

Repères de l’OMS : au moins 150 minutes d’activité et 400 g de fruits et légumes

Les repères de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont les mêmes pour les deux sexes. Ils donnent la cible à viser, quelle que soit l’habitude qui vous fait le plus défaut.

  • Activité physique, adultes : 150 à 300 minutes par semaine d’activité d’intensité modérée, comme la marche rapide ou le vélo, ou 75 à 150 minutes d’intensité soutenue, avec des exercices de renforcement musculaire au moins deux jours par semaine. [7]
  • À partir de 65 ans : les mêmes repères, complétés par des activités variées qui travaillent l’équilibre et la force au moins trois jours par semaine, pour prévenir les chutes. [7]
  • Fruits et légumes : au moins 400 g par jour pour toute personne de plus de 10 ans, soit cinq portions de 80 g. Surgelés et conserves comptent, s’ils ne contiennent pas trop de sucres ajoutés ou de sel ; les jus de fruits restent à limiter, car ils apportent beaucoup de sucres libres. [8]
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L’OMS insiste sur un point qui vaut pour les 67,8 % d’hommes sous les 150 minutes : toute quantité d’activité physique vaut mieux qu’aucune, et les personnes insuffisamment actives ont un risque de décès supérieur de 20 à 30 % à celles qui le sont assez. [7] Pour les femmes, l’étude de l’UCLouvain ajoute une autre piste que l’assiette : le poids du milieu dans lequel elles ont grandi. [1]

Illustration à la gouache d’une femme d’une soixantaine d’années aux cheveux gris courts, cabas en toile à l’épaule, qui soulève une botte de carottes devant des cagettes de poireaux, de tomates et de pommes sur un marché de plein air ensoleillé à l’automne.
Au marché, une femme choisit une botte de carottes. En France, 23,4 % des femmes mangent au moins cinq portions de fruits et légumes par jour, contre 15,7 % des hommes, selon l’enquête européenne EHIS 2019.

Les chercheuses en tirent une conclusion de santé publique : leurs résultats plaident pour des politiques de prévention propres à chaque sexe, plutôt qu’un message unique. [1] Le constat sur le milieu d’origine va plus loin que le conseil de manger mieux ou de bouger plus.

Alexia Bigorne le dit sans détour : « Certaines mutuelles interviennent dans les abonnements sportifs, dans le but de stimuler l’effort. Or, ce serait essentiel d’essayer de compenser davantage le contexte socio-économique que l’on n’a pas choisi. » [3]

Sources et références

[1] Bigorne A., Tubeuf S. — Unequal returns to effort? Gender differences in health status and lifestyle, Social Science & Medicine, vol. 410, 119874, en ligne le 7 octobre 2026 (résumé sur PubMed)
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42854268/

[2] UCLouvain — Mode de vie sain : les femmes et les hommes ne sont pas égaux face à leurs efforts, communiqué de presse, 30 octobre 2026
https://uclouvain.be/fr/presse/news/mode-de-vie-sain-les-femmes-et-les-hommes-ne-sont-pas-egaux-face-a-leurs-efforts

[3] L’Avenir — Les femmes et les hommes ne sont pas égaux face à la bonne santé : « Il faut davantage différencier l’approche des soins », entretien avec Alexia Bigorne, 30 octobre 2026
https://www.lavenir.net/actu/societe/sante/2026/10/30/mode-de-vie-sain-les-femmes-et-les-hommes-ne-sont-pas-egaux-il-faut-davantage-differencier-lapproche-des-soins-MHVZ563H4BCAVEW26OPQX3HRX4/

[4] Chen J. et al. — Sex differences in the association of wearable accelerometer-derived physical activity with coronary heart disease incidence and mortality, Nature Cardiovascular Research, 27 octobre 2025
https://www.nature.com/articles/s44161-025-00732-z

[5] Eurostat — Consommation quotidienne de fruits et légumes par sexe, âge et niveau d’études, enquête EHIS 2019 (table hlth_ehis_fv3e, calcul Medilax)
https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/hlth_ehis_fv3e/default/table?lang=fr

[6] Eurostat — Temps consacré à une activité physique aérobie bénéfique pour la santé, hors travail, par sexe, âge et niveau d’études, enquête EHIS 2019 (table hlth_ehis_pe2e, calcul Medilax)
https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/hlth_ehis_pe2e/default/table?lang=fr

[7] Organisation mondiale de la santé — Activité physique, principaux faits, et Lignes directrices de l’OMS sur l’activité physique et la sédentarité, 2020
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/physical-activity

[8] Organisation mondiale de la santé — Alimentation saine, aide-mémoire
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/healthy-diet

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