Quand le genou fait mal, le premier réflexe est souvent de le ménager. En cas d’arthrose, c’est pourtant l’inverse qui protège le mieux l’articulation : le mouvement adapté et régulier reste le socle du traitement, rappellent ces jours-ci Sud Ouest et une médecin interrogée par ICI. Le sport n’est pas à bannir, à condition de bien choisir ses activités et de savoir lever le pied pendant les poussées douloureuses. [1, 2]
Au même moment, une piste venue de Grenoble refait surface : un gel injectable que l’on peut suivre à la radio, qui a freiné l’arthrose chez la souris. Certaines reprises parlent déjà d’un gel qui « guérit » l’arthrose. L’étude dit autre chose, et ce qu’elle montre réellement est intéressant pour la suite. [6, 7]
Une maladie très fréquente, qui touche le genou dans 3 cas sur 10
L’arthrose concerne environ 10 millions de Français, selon l’Inserm. Elle reste rare avant 45 ans (3 % des personnes), puis devient la règle avec l’âge : 65 % des plus de 65 ans et 80 % des plus de 80 ans sont touchés. Le genou est atteint dans environ 30 % des cas ; les médecins parlent alors de gonarthrose. [5]
La maladie ne se résume pas à un cartilage qui s’use. Elle touche toute l’articulation : le cartilage se dégrade, la membrane qui produit le liquide lubrifiant s’enflamme, et l’os situé juste sous le cartilage se remodèle. Cela se traduit par des douleurs, des raideurs et parfois un gonflement du genou. [5]
Les signes les plus évocateurs apparaissent dans les gestes du quotidien : une gêne en marchant, en montant ou en descendant les escaliers, en se relevant d’une chaise, ou une raideur au réveil qui cède au bout de quelques instants, parfois avec de petits craquements. Toutes les douleurs du genou ne viennent pas de l’arthrose pour autant : quand elle s’installe, une consultation permet d’en trouver la cause. [2]
Pourquoi le repos n’est pas la bonne réponse
L’idée reçue la plus tenace veut qu’un genou douloureux doive rester au repos. Pour la Dre Marie Perez-Siscar, médecin interrogée par ICI, c’est souvent l’inverse : dans la plupart des douleurs chroniques liées à l’arthrose, le mouvement reste essentiel. [2]
L’explication tient à la manière dont le cartilage se nourrit. Il n’est pas irrigué par des vaisseaux sanguins. Il puise ce dont il a besoin dans le liquide qui lubrifie l’articulation, grâce aux mouvements du genou. La médecin le compare à une éponge : comprimée puis relâchée, elle absorbe de nouveau ce qui l’entoure. L’immobilité prolongée, à l’inverse, favorise son appauvrissement. [2]
Les recommandations internationales vont dans le même sens. Celles de l’OARSI, la société savante internationale consacrée à l’arthrose, placent au cœur de la prise en charge du genou deux traitements de base : comprendre la maladie et suivre un programme d’exercices structuré, associés si besoin à une perte de poids par l’alimentation. Les médicaments et les injections viennent ensuite, en complément. [3]

Quels mouvements pour entretenir ses genoux
Inutile de se lancer dans un sport intensif. Des gestes simples, répétés chaque jour, sollicitent déjà les muscles qui stabilisent le genou : [2]
- Tendre les jambes en position assise fait travailler les quadriceps, les muscles de l’avant de la cuisse qui tiennent le genou.
- Se lever puis se rasseoir plusieurs fois de suite est un exercice de renforcement complet, faisable partout.
- Marcher dans l’eau est l’activité que la médecin recommande en priorité : la poussée de l’eau allège le poids que supportent les articulations, qui continuent de travailler sans être agressées.
Pour ceux qui veulent aller plus loin, l’aquagym prolonge cette logique de mouvement porté par l’eau ; nous avons détaillé des exercices d’aquagym adaptés aux seniors. Les mouvements plus exigeants, comme le squat en cas d’arthrose du genou, restent possibles avec une technique et une amplitude adaptées.
La nuance qui compte se situe pendant les poussées. Le sport garde sa place en cas de gonarthrose, mais il faut savoir s’arrêter lorsque la douleur flambe, puis reprendre ensuite. Bouger ne veut pas dire forcer coûte que coûte : l’objectif est un mouvement adapté et régulier. [1, 2]

Chaque kilo perdu allège le genou d’environ 4 kilos à chaque pas
Le poids est l’autre levier, et son effet est plus fort qu’on ne l’imagine. Une étude américaine a mesuré les forces exercées sur le genou pendant la marche chez 142 adultes âgés en surpoids ou obèses atteints d’arthrose du genou, suivis pendant 18 mois dans un programme associant régime et exercice. Résultat : chaque kilo perdu réduisait d’environ 4 kilos la charge supportée par le genou à chaque pas. [4]
Sur une journée de marche, des milliers de pas multiplient cet allègement. Le tissu graisseux participe en outre aux phénomènes inflammatoires de l’organisme : moins d’inflammation se traduit souvent par moins de douleurs articulaires, explique la Dre Perez-Siscar. [2]
Le gel visible aux rayons X : une piste prometteuse, encore testée chez la souris
Les injections d’acide hyaluronique dans le genou, appelées viscosupplémentation, font partie des traitements courants de l’arthrose. Leur bénéfice reste pourtant discuté : les études donnent des résultats contradictoires, et les médecins peinent à évaluer précisément l’efficacité de chaque injection. La durée pendant laquelle le produit reste dans l’articulation pourrait expliquer une partie des écarts entre produits. Nous avions expliqué récemment ce que le gel Arthrosamid change dans le choix des soins lorsque les infiltrations ne suffisent plus. [6]
L’équipe grenobloise du CNRS et de l’Université Grenoble-Alpes, pilotée par Rachel Auzély-Velty et Marlène Wiart, s’est attaquée à ce second problème. Elle a mis au point un gel d’acide hyaluronique marqué avec un produit de contraste iodé, celui qu’on utilise déjà en radiologie, pour le rendre visible aux rayons X. Le gel a aussi une propriété d’auto-réparation : injecté par une fine aiguille, il se reforme ensuite en un seul bloc dans l’articulation au lieu de se disperser. [6, 7]
Les résultats, publiés en mars 2025 dans la revue Theranostics, ont été obtenus chez des souris atteintes d’arthrose. Les chercheurs ont pu suivre le gel dans le genou des animaux jusqu’à 5 semaines après l’injection. Chez les souris traitées, la progression de l’arthrose a été freinée : le cartilage et l’os situé juste en dessous étaient mieux préservés que dans le groupe témoin. Il s’agit donc d’un ralentissement de la maladie chez l’animal, pas d’une guérison, et rien n’a encore été mesuré chez l’humain. [6, 7]
Le résultat le plus original est ailleurs. La vitesse à laquelle le gel disparaît de l’articulation semble prédire la réponse au traitement : une disparition rapide serait un signe indirect d’inflammation dans le genou. Si cela se confirmait chez l’humain, une simple radiographie pourrait aider le médecin à décider s’il faut renouveler l’injection ou changer de stratégie, sans attendre l’évolution lente des symptômes. C’est ce que les auteurs appellent un outil « théranostique », qui soigne et renseigne à la fois. [6, 7]
L’équipe envisage désormais des essais cliniques, dont le premier objectif sera de vérifier la tolérance et l’efficacité du gel chez des patients avant toute utilisation à l’hôpital. [7]
Sources et références
[1] Sud Ouest — « Arthrose du genou : pourquoi l’activité physique reste recommandée malgré la douleur », 23 octobre 2026
https://www.sudouest.fr/sante/bien-etre/bien-bouger/arthrose-du-genou-pourquoi-l-activite-physique-reste-recommandee-malgre-la-douleur-31171219.php
[2] ICI (Radio France), émission « En pleine forme » — « Arthrose, raideurs, douleurs en marchant : nos conseils pour soulager vos genoux », avec la Dre Marie Perez-Siscar, 17 octobre 2026
https://www.ici.fr/emissions/en-pleine-forme/arthrose-raideurs-douleurs-en-marchant-nos-conseils-pour-soulager-vos-genoux-4293933
[3] Bannuru R.R. et al. — OARSI guidelines for the non-surgical management of knee, hip, and polyarticular osteoarthritis, Osteoarthritis and Cartilage, 2019
https://doi.org/10.1016/j.joca.2019.06.011
[4] Messier S.P. et al. — Weight loss reduces knee-joint loads in overweight and obese older adults with knee osteoarthritis, Arthritis & Rheumatism, 2005
https://doi.org/10.1002/art.21139
[5] Inserm — Dossier « Arthrose : la maladie articulaire la plus répandue »
https://www.inserm.fr/dossier/arthrose/
[6] Said et al. — A self-healing radiopaque hyaluronic acid hydrogel as a new injectable biomaterial for precision medicine in osteoarthritis, Theranostics, mars 2025
https://doi.org/10.7150/thno.104551
[7] Science & Vie — article sur le gel injectable d’acide hyaluronique visible aux rayons X, 21 octobre 2026
https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/ce-gel-injectable-guerit-larthrose-et-permet-aux-medecins-de-suivre-le-traitement-en-continu-231722.html
LA SANTÉ À VOTRE PORTÉE




