Une famille qui contacte aujourd’hui un centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) pour son enfant attend en moyenne 6,1 mois avant la première consultation, contre 2,6 mois en 2010. Ce n’est que le début : il faut ensuite compter en moyenne cinq mois de plus avant la consultation suivante, celle qui marque le vrai début de la prise en charge. [1] Additionnées, ces deux attentes approchent 11 mois entre le premier appel et le premier soin régulier.
Ces chiffres de la DREES, le service statistique du ministère de la Santé, décrivent la situation de 2022 : ce sont les plus récents publiés. Ils pèsent d’autant plus que la santé mentale des adolescents s’est imposée dans le débat de l’automne, jusqu’au mouvement lycéen. [9] En 2024, 19 % des lycéens présentaient un risque important de dépression et 15 % déclaraient avoir déjà fait une tentative de suicide, deux points de plus qu’en 2022, selon l’enquête EnCLASS de Santé publique France. [4]
Santé mentale des enfants : six mois d’attente en CMPP, plus encore en pédopsychiatrie publique
Les CMPP sont des structures médico-sociales où les familles peuvent s’adresser sans ordonnance. Ils reçoivent les enfants et les jeunes jusqu’à 20 ans qui ont des difficultés d’apprentissage, des troubles du langage, psychomoteurs ou du comportement : 158 600 enfants et adolescents y ont été vus au moins une fois en 2022, dont plus d’un sur trois envoyé par l’école. [1] Le nombre d’enfants suivis a baissé de 9 % depuis 2010 alors que les équipes ont grossi, mais les postes de psychiatres et de pédopsychiatres y ont reculé de 16 % en équivalent temps plein. [1]
La file d’attente se mesure aussi en enfants. Fin 2022, ceux qui attendaient un premier rendez-vous représentaient 17 % des enfants reçus dans l’année, et 21 % des enfants reçus attendaient le début de leur suivi après une première consultation. [1] Rapporté aux 158 600 enfants reçus, cela fait près de 27 000 enfants en attente d’un premier rendez-vous et environ 33 000 autres en attente du suivi, un ordre de grandeur calculé par Medilax sur une enquête à laquelle trois structures sur quatre ont répondu.
| Structure | Pour qui | Attente mesurée |
|---|---|---|
| CMPP | De 0 à 20 ans : apprentissages, langage, comportement | 6,1 mois avant la 1re consultation (2022), puis 5 mois avant le suivi |
| CMP infanto-juvénile | Pédopsychiatrie publique, consultations gratuites | 116 jours pour un rendez-vous non urgent (Rhône-Alpes, 2015) ; 8 mois pour un suivi en Seine-Saint-Denis |
| CAMSP | Enfants de moins de 6 ans | 2,9 mois avant la 1re consultation (2022) |
Les centres médico-psychologiques (CMP) infanto-juvéniles, la porte d’entrée de la psychiatrie publique de l’enfant, fonctionnent autrement. La Cour des comptes note que le premier entretien d’orientation y est obtenu « globalement dans des délais raisonnables », mais que commencer une prise en charge non urgente prend plus de deux mois en Nouvelle-Aquitaine, quatre mois en Rhône-Alpes et huit mois en Seine-Saint-Denis. [2] Dans une enquête de l’agence régionale de santé Rhône-Alpes, le délai moyen d’un rendez-vous hors urgence atteignait 116 jours pour les enfants et les adolescents, contre 21 jours pour les adultes : plus de cinq fois plus long. [2]
Le Défenseur des droits, cité par le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA), relevait des délais de six mois en moyenne, de 18 mois en Seine-Saint-Denis en novembre 2022 et jusqu’à deux ans par endroits. [3] Derrière ces chiffres, la Cour pointe une pénurie : le nombre de pédopsychiatres a chuté de 34 % entre 2010 et 2022, et les CMP sont « submergés » par des demandes allant des troubles légers aux plus sévères. [2]

Les signes qui ne doivent pas attendre la place en CMP
Ces délais ne disent pas qu’il faut patienter sans rien faire. Le médecin traitant ou le pédiatre reste le premier recours : la Haute Autorité de santé (HAS) rappelle que les adolescents en souffrance qui consultent privilégient en majorité leur généraliste, et lui a donné des repères pour faire la différence entre la déprime passagère, fréquente à cet âge, et une dépression. [5] La Cour des comptes recommande elle aussi de placer généralistes et pédiatres au cœur de l’accueil et de l’orientation. [2]
Chez l’adolescent, la dépression se reconnaît mal : elle s’exprime davantage par le comportement et par le corps que par les mots, et l’irritabilité ou l’agressivité peuvent la masquer. [5] Les repères de la HAS et les symptômes les plus souvent rapportés par les lycéens dans l’enquête EnCLASS (manque d’énergie, difficultés de concentration, découragement) dessinent les situations qui justifient un rendez-vous chez le médecin : [4] [5]
- une humeur triste ou irritable, ou une perte d’intérêt pour ce qu’il aimait, qui dure depuis au moins quinze jours ;
- un retentissement sur la vie de tous les jours : notes qui chutent, amis délaissés, repli sur soi, sommeil ou appétit bouleversés ;
- une fatigue qui ne passe pas, une concentration qui s’effondre, des plaintes physiques répétées sans cause retrouvée ;
- des propos sur la mort, des idées suicidaires ou des blessures qu’il se fait : là, il ne s’agit plus d’attendre un rendez-vous, mais d’appeler le 15 ou le 3114, le numéro national de prévention du suicide, joignable 24 heures sur 24. [4]
La déprime, à l’inverse, ne retentit pas nettement sur la vie scolaire, familiale ou amicale. La HAS demande pourtant de la surveiller, car elle peut évoluer vers une vraie dépression. [5]
Le courrier « coupe-file » de l’école : ce que prévoit la circulaire du 29 juin 2026
Pour les élèves repérés à l’école, une circulaire signée par les ministres de l’Éducation nationale et de la Santé organise depuis l’été une voie prioritaire. [6] Tous les adultes de l’établissement peuvent donner l’alerte, mais seuls le psychologue, l’infirmier, le médecin ou l’assistant de service social de l’Éducation nationale évaluent la situation et décident s’il faut orienter l’élève vers le soin.
- Besoin de soins sans danger immédiat : le psychologue, l’infirmier ou le médecin scolaire remet aux parents un courrier qui résume son évaluation et contient une demande « coupe-file » motivant le degré d’urgence, pour obtenir un rendez-vous « dans les délais les plus brefs ».
- Crainte d’un passage à l’acte ou risque vital : l’établissement appelle le 15. Le service d’accès aux soins mobilise sa filière psychiatrique quand elle existe, ou à défaut les urgences, pour une évaluation à la fois physique et psychologique.
- Accord des parents : ces orientations doivent être autorisées par les responsables légaux. S’ils ne répondent pas ou refusent alors que l’élève est en souffrance, l’établissement peut, en dernier ressort, faire un signalement au procureur. [6]

Le texte ne reprend pas le délai de « 24-48 heures » annoncé par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le 2 juin. [8] [6] Il précise au contraire que la prise en charge sera adaptée « à l’offre de soins disponible/existante ». Le coupe-file fait passer une demande devant les autres, il ne crée pas de place : c’est la critique qu’a faite le Collectif Santé mentale Grande cause, qui jugeait sa faisabilité « irréaliste ». [8] Les agences régionales de santé et les rectorats ont six mois après la parution du texte, soit jusqu’au début de janvier 2027, pour mettre à jour les conventions qui organisent ces circuits dans chaque territoire. [6]
Mon soutien psy : 12 séances remboursées dès 3 ans, sans passer par le médecin
Pour une souffrance légère à modérée (anxiété, stress, tristesse après un événement difficile, dépression légère), Mon soutien psy permet de consulter un psychologue partenaire de l’Assurance maladie dès l’âge de 3 ans, sans condition de revenus. On peut prendre rendez-vous directement ou passer par le médecin traitant, un médecin scolaire ou de PMI. Le parcours comprend un entretien d’évaluation puis onze séances de suivi au plus par an. [7]
Chaque séance est facturée 50 euros, sans dépassement, et remboursée à 60 % par l’Assurance maladie. Sur une année complète, les douze séances coûtent 600 euros, dont 360 euros remboursés ; les 240 euros restants sont souvent pris en charge par la complémentaire santé, et il n’y a aucun reste à charge pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire. Pour un mineur atteint d’une affection de longue durée (hors ALD psychiatrique, dite ALD 23), le nombre de séances n’est plus plafonné lorsqu’elles s’inscrivent dans un protocole de soins. [7] Les psychologues partenaires sont recensés dans l’annuaire officiel monsoutienpsy.ameli.fr.
Le dispositif n’est pas fait pour les urgences psychiatriques ni pour les troubles graves, qui relèvent des structures spécialisées. [7] En attendant une place, d’autres portes restent ouvertes : les maisons des adolescents accueillent et orientent les 11-25 ans, et le Fil Santé Jeunes répond aux 12-25 ans au 0 800 235 236, tous les jours de 9 heures à 23 heures, de façon anonyme et gratuite. [4] [7]
Pour raccourcir l’attente en CMP infanto-juvénile, le ministère avait débloqué 8 millions d’euros par an de 2022 à 2024 afin de créer 400 postes non médicaux chargés des premiers rendez-vous. La Cour des comptes demandait que cette mesure profite d’abord aux territoires les moins dotés et que les CMP se recentrent sur les troubles modérés à sévères, une fois l’accueil de première ligne mieux organisé. [2]
Sources et références
[1] DREES, Études et Résultats n° 1333 — Les centres d’action médico-sociale précoce et les centres médico-psycho-pédagogiques ont accompagné 232 000 enfants en 2022, mars 2025
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-03/ER1333_MEL.pdf
[2] Cour des comptes — La pédopsychiatrie, un accès et une offre de soins à réorganiser, communication à la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, mars 2023
https://www.ccomptes.fr/system/files/2023-03/20230321-pedopsychiatrie.pdf
[3] Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge — Quand les enfants vont mal : comment les aider ?, rapport adopté le 7 mars 2023
https://hcfea.gouv.fr/sites/hcfea/files/2026-01/hcfea_sme_rapport_13032023.pdf
[4] Santé publique France — Santé mentale des enfants et des adolescents : Santé publique France publie de nouveaux travaux (Enabee, EnCLASS), 2 juin 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/presse/sante-mentale-des-enfants-et-des-adolescents-sante-publique-france-publie-de-nouveaux
[5] Haute Autorité de santé — Dépression de l’adolescent : comment repérer et prendre en charge ?, décembre 2014
https://www.has-sante.fr/jcms/c_1795182/fr/depression-de-l-adolescent-comment-reperer-et-prendre-en-charge
[6] Bulletin officiel de l’Éducation nationale n° 27 du 2 juillet 2026 — Circulaire du 29 juin 2026, Amélioration de l’orientation et la prise en charge des élèves présentant des signes de souffrance psychique (NOR SFHH2611590C)
https://www.education.gouv.fr/bo/2026/Hebdo26/SFHH2611590C
[7] info.gouv.fr — Mon soutien psy : 12 séances remboursées, conditions et accès, mis à jour le 23 octobre 2026
https://www.info.gouv.fr/actualite/mon-soutien-psy-12-seances-remboursees-par-an
[8] Psycom — Santé mentale des jeunes : un coupe-file pour réduire les délais de prise en charge ?, revue de presse, juin 2026
https://www.psycom.org/actualites/revue-de-presse/sante-mentale-des-jeunes-un-coupe-file-pour-reduire-les-delais-de-prise-en-charge/
[9] Le Nouvel Obs — « Ce mouvement lycéen ne parle pas de psychiatrie, mais il dit l’essentiel sur la santé mentale des adolescents », 26 octobre 2026
https://www.nouvelobs.com/opinions/20261026.OBS119547/ce-mouvement-lyceen-ne-parle-pas-de-psychiatrie-mais-il-dit-l-essentiel-sur-la-sante-mentale-des-adolescents.html
LA SANTÉ À VOTRE PORTÉE





