Huit jeunes Grenoblois viennent de passer deux jours au Carré, dans le quartier de la Villeneuve, à apprendre « les mots pour aider » un proche qui va mal, rapporte Le Dauphiné. [9] Ces sessions de premiers secours en santé mentale (PSSM) se multiplient partout en France, dans les mairies, les entreprises ou les associations. Selon le compteur de PSSM Formation, filiale de l’association PSSM France qui détient la licence du programme, 334 601 personnes avaient suivi la formation au 29 octobre 2026, auprès de 1 875 formateurs accrédités. [1]
Rapporté aux 69 millions d’habitants recensés par l’Insee au 1er janvier 2026, cela fait environ 1 habitant sur 200, d’après notre calcul. [10] En Australie, où le programme Mental Health First Aid est né en 2001, 8 % de la population est déjà formée, selon la présidente de PSSM France. [3] Le décalage pèse, car le premier interlocuteur d’une personne en détresse n’est presque jamais un soignant : c’est un collègue, un parent ou un ami, qui ne sait souvent pas quoi dire.
Premiers secours en santé mentale : ce que l’on apprend en 14 heures
La formation ne fait pas des participants des thérapeutes. Comme les gestes qui sauvent face à un arrêt cardiaque, elle apprend à apporter une première aide en attendant qu’un professionnel prenne le relais, et à orienter vers lui. [2] Le cœur du programme est un plan d’action en cinq étapes, résumé par l’acronyme AERER, que décrit Muriel Vidalenc, présidente de PSSM France : [3]
- Approcher la personne sans crainte et évaluer la situation ;
- Écouter activement, sans jugement ;
- Réconforter ;
- Encourager à consulter ;
- Renseigner sur les ressources disponibles.
Les 14 heures alternent jeux de rôle, études de cas et vidéos. [3] On y acquiert des connaissances de base sur les troubles psychiques et les différents types de crise, et l’on s’exerce à écouter sans jugement, à rassurer, à donner une information adaptée et à garder une posture sûre, pour soi comme pour l’autre. [2] Sur ce dernier point, la consigne va à l’encontre d’une idée reçue tenace :
« Le fait de poser la question ne provoque pas le passage à l’acte et peut sauver une vie. »
Muriel Vidalenc, présidente de PSSM France [3]
Une confidence grave ne se garde pas pour soi : si la personne a des pensées suicidaires, le secouriste lui propose d’appeler ensemble le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24. [3]

Durée, prix, financement : ce que coûte la formation
La formation de secouriste dure 14 heures, sur deux jours ou quatre demi-journées, en groupe de 8 à 16 personnes. [2][3] Elle est ouverte à tout adulte résidant en France, sans diplôme ni connaissance médicale préalable. [2] Le module Standard existe en présentiel et à distance. [2]
| Module | Pour qui | Ce qui change |
|---|---|---|
| PSSM Standard | Adultes qui veulent aider d’autres adultes | Présentiel ou distanciel |
| PSSM Jeunes | Adultes qui vivent ou travaillent avec des adolescents et jeunes majeurs | Troubles fréquents chez les jeunes, dont la cyberdépendance |
| PSSM Standard certifiant | Adultes qui veulent une certification | Présentiel, mise en situation devant un jury |
Côté prix, PSSM France recommande à ses formateurs un tarif de 250 euros par personne, mais chaque formateur fixe le sien et établit un devis. [2][3] Plusieurs financements existent selon la situation : l’employeur, les opérateurs de compétences (Opco), le Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux (FIF PL) ou France Travail. [2] Les bénéficiaires des minima sociaux et les bénévoles actifs peuvent demander le fonds solidaire de PSSM France, qui prend en charge jusqu’à 235 euros : pour une formation au tarif recommandé, il ne reste alors que 15 euros à payer, la moitié du prix du manuel. [6] La demande doit être faite avant la formation, et les étudiants en sont exclus : ils sont renvoyés vers le service de santé étudiante de leur établissement. [6]
Le compte personnel de formation (CPF), lui, n’est pas encore mobilisable. PSSM France a obtenu en 2025 l’enregistrement de la version certifiante au Répertoire spécifique de France compétences, en annonçant un financement possible à partir de septembre 2026 [5] ; fin octobre, la page d’inscription de PSSM Formation indique toujours qu’il n’est « pas encore possible de mobiliser les heures de votre CPF » pour cette formation. [2]
Où s’inscrire à une formation de secouriste en santé mentale
Les sessions sont organisées directement par les formateurs accrédités, et seuls eux peuvent délivrer la formation officielle. [2] Deux outils de PSSM Formation, la filiale de l’association, permettent de trouver une place près de chez soi : le calendrier des sessions, qui donne pour chaque date la ville, le format et l’état des inscriptions, et l’annuaire des formateurs accrédités, à consulter par département. [2] Mieux vaut s’y prendre tôt : début novembre, sur les quatre premières sessions affichées, à Agen, Metz, Annecy et au Port, à La Réunion, deux étaient déjà complètes. [2]
Beaucoup de sessions ne passent pas par une inscription individuelle. Collectivités, caisses de sécurité sociale, entreprises ou associations organisent les leurs pour leurs agents, leurs salariés, leurs bénévoles ou les habitants d’un quartier, comme à Grenoble. [9] Se renseigner auprès de son employeur ou de sa mairie est souvent le chemin le plus court.
8 848 suicides en 2023 : les chiffres derrière l’objectif de 750 000 secouristes
Le besoin se lit dans les chiffres de Santé publique France. 8 848 personnes sont mortes par suicide en 2023, soit 24 par jour, avec un taux de 13 décès pour 100 000 habitants. [7] Les plus touchés sont les hommes de 65 ans et plus, avec 37 décès pour 100 000, et ceux de 45 à 64 ans, avec 29 pour 100 000. [7] En 2024, 97 302 hospitalisations pour un geste auto-infligé ont été recensées, en hausse de 6 %, et les taux continuent d’augmenter chez les filles et les jeunes femmes : 674 hospitalisations pour 100 000 chez les 11-17 ans. [7]
La détresse reste souvent invisible pour l’entourage. En 2024, 5,2 % des 18-79 ans déclaraient avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. [7] De juin à décembre 2024, le 3114 a reçu 215 093 appels, soit environ 1 000 par jour, et 41 777 personnes sont entrées dans VigilanS, le dispositif qui recontacte les patients après une tentative de suicide. [7] Plus largement, une personne sur quatre sera touchée par un trouble psychique au cours de sa vie, rappelle PSSM France. [4]

Le rythme actuel ne suffit pas pour atteindre l’objectif de 2030
Le nombre de secouristes a vite grimpé : 100 000 en février 2024, 200 000 en mai 2025, plus de 300 000 en avril 2026. [11][4] Au 31 décembre 2025, l’association en comptait 277 305. [5] Elle vise 750 000 secouristes en 2030, un cap réaffirmé lors de son assemblée générale de juin, alors que la santé mentale reste Grande cause nationale pour la deuxième année. [5][4]
D’après notre calcul, environ 34 600 personnes ont été formées entre la mi-avril et le 29 octobre, soit près de 175 par jour, une période qui inclut la pause de l’été. Pour atteindre 750 000 au 31 décembre 2030, il faudrait en former environ 270 par jour. [1][4] Et même atteint, l’objectif ne couvrirait qu’environ 1 % de la population, très loin des 8 % australiens et des 10 % visés là-bas pour une bonne couverture. [3][10]
Reste une question que la France n’a pas encore tranchée avec ses propres données : ce que les secouristes font vraiment de leurs 14 heures. Les études menées à l’étranger, à l’origine du programme, montrent qu’elle renforce les connaissances en santé mentale et la confiance pour aider, rappelle PSSM Formation. [1][2] Une première étude française, menée par une équipe universitaire indépendante après validation d’un comité d’éthique, recueille depuis le printemps, et pendant un an, les témoignages de secouristes formés au module Standard, pour mesurer l’effet de la formation sur leurs pratiques. [8] Ces confidences d’un proche, beaucoup les reçoivent aussi désormais par écrit, parfois d’une intelligence artificielle, une évolution que nous avons abordée dans notre article sur les chatbots devenus confidents.
Sources et références
[1] PSSM Formation — Tout le monde peut devenir secouriste en santé mentale (compteur des secouristes formés et des formateurs accrédités, 29 octobre 2026)
https://www.pssmformation.fr/
[2] PSSM Formation — Devenir secouriste : parcours, organisation, tarif et financements
https://www.pssmformation.fr/devenir-secouriste/
[3] info.gouv.fr — Premiers secours en santé mentale : pour apprendre les bons réflexes, entretien avec Muriel Vidalenc, présidente de PSSM France, 28 novembre 2025
https://www.info.gouv.fr/actualite/premiers-secours-en-sante-mentale-apprendre-les-bons-reflexes
[4] PSSM France — 300 000 Français formés au secourisme en santé mentale, communiqué de presse, avril 2026
https://www.pssmfrance.fr/wp-content/uploads/202604_CP300K-secouristes.pdf
[5] PSSM France — Retour sur l’assemblée générale de PSSM France 2026, 8 juillet 2026
https://www.pssmfrance.fr/actualites/assemblee-generale-pssm-france-2026
[6] PSSM France — Fonds solidaire
https://www.pssmfrance.fr/fonds-solidaire/
[7] Santé publique France — Conduites suicidaires en France. Bilan 2024, bulletin national
https://www.santepubliquefrance.fr/sante-mentale/suicides-et-tentatives-de-suicide/bulletin-national/conduites-suicidaires-en-france-bilan-2024
[8] PSSM France — Participez à la première grande étude scientifique sur l’impact des PSSM en France, 29 avril 2026
https://www.pssmfrance.fr/actualites/etude-impact/
[9] Le Dauphiné — Grenoble. « Avoir les mots pour aider » : des jeunes se forment aux secours en santé mentale, 27 octobre 2026
https://www.ledauphine.com/education/2026/10/27/avoir-les-mots-pour-aider-des-jeunes-se-forment-aux-secours-en-sante-mentale
[10] Insee — Population au 1er janvier 2026
https://www.insee.fr/fr/statistiques/5225246
[11] PSSM France — Espace presse (caps de 100 000 secouristes en février 2024 et de 200 000 en mai 2025)
https://www.pssmfrance.fr/espace-presse/
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