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L’hypertension ne prévient pas. Elle ne fait pas mal et donne rarement le moindre signe, alors qu’elle abîme pendant des années les artères, le cœur, les reins et le cerveau, jusqu’à l’infarctus, l’accident vasculaire cérébral (AVC), l’insuffisance cardiaque ou rénale. [3] En 2021, Santé publique France lui attribuait plus de 55 000 décès et près de 400 000 hospitalisations. [2] C’est tout l’objet de la campagne « Votre tension mérite toute votre attention », lancée en septembre par l’Assurance maladie et prévue jusqu’en février 2027, qui invite chacun à connaître ses chiffres. [8]
Sur le terrain, les médecins mesurent le chemin à parcourir. Dans l’aire urbaine de Belfort-Montbéliard, le cardiologue Wassim Mouadji, qui organise une journée de dépistage à Trévenans le 17 novembre, raconte que « de nombreux patients sont notamment surpris lorsque je leur demande de réaliser des automesures tensionnelles à domicile », une démarche pourtant recommandée. [9]
Hypertension artérielle : pourquoi tant de malades ne savent pas qu’ils en ont une
Ces estimations viennent de l’étude Esteban, menée par Santé publique France en 2014-2016 auprès de 3 021 adultes de 18 à 74 ans dont la tension a été mesurée lors d’un examen de santé. [1] Une fois rapportés à l’ensemble de la population, ces résultats donnent environ 17 millions d’adultes hypertendus, soit près d’un sur trois, dont près de 6 millions qui l’ignorent et seulement un sur quatre dont la tension est contrôlée. [1]
On lit parfois qu’un hypertendu sur deux ne le sait pas. C’est le résultat brut de la même enquête : en 2015, 55 % des hypertendus connaissaient leur maladie. [2] Une tension mesurée lors d’une seule visite surestime pourtant le nombre de malades, car elle varie d’un jour à l’autre. Une fois cette variabilité corrigée, dans les travaux publiés en 2023, l’estimation donne six hypertendus sur dix qui connaissent leur diagnostic, et plus d’un sur trois qui l’ignore. [1] Dans les deux calculs, la France reste loin de l’Allemagne, du Canada ou des États-Unis, où plus de 80 % des hypertendus se savent malades. [1]
Le défaut de dépistage ne touche pas seulement des tensions à peine au-dessus du seuil. Parmi les adultes dont l’hypertension atteint un niveau modéré ou sévère (grades 2 et 3, soit au moins 160/100), 43 % et 35 % ne se savaient pas hypertendus. [1] Ces données datent de dix ans et ne couvrent que la métropole : l’enquête Albane, en cours, doit les actualiser avec de nouvelles mesures de la tension. [3] Les signaux récents ne vont pas dans le bon sens. En 2024, 74 % des adultes disaient avoir eu une prise de tension dans l’année, moins qu’en 2015, et 6,5 % n’en avaient jamais eu. [3]
Nos calculs : entre 65 et 74 ans, environ une personne sur quatre l’ignore
Santé publique France détaille, âge par âge, la part d’hypertendus et la part de ceux qui connaissent leur maladie. [1] En multipliant l’une par l’autre, on obtient ce qui parle à chacun : sur 100 personnes de son âge, combien ont une tension trop haute sans le savoir.
- Entre 45 et 54 ans, un hypertendu sur deux l’ignore, soit 13 personnes sur 100 de cet âge.
- Entre 55 et 64 ans, la moitié des adultes sont hypertendus et 16 sur 100 ne le savent pas, environ une personne sur six.
- Entre 65 et 74 ans, 68 sur 100 sont hypertendus et 26 sur 100 l’ignorent, environ une personne sur quatre.
- Avant 45 ans, l’hypertension est plus rare, avec 2 à 4 cas méconnus sur 100 adultes, mais près de la moitié des hypertendus de ces âges, ou davantage, ne sont pas au courant.
L’écart entre les sexes est net. Seize hommes sur 100 vivent avec une hypertension qu’ils ignorent, contre 7 femmes sur 100 : les hommes sont plus souvent hypertendus, et 45 % de ceux qui le sont ne le savent pas, contre 31 % des femmes. [1] Ces ordres de grandeur reposent sur un échantillon de quelques milliers de personnes, avec une marge d’incertitude importante, surtout chez les moins de 45 ans. [1] Ils dessinent pourtant une tendance claire : plus on avance en âge, plus la probabilité d’avoir une tension trop haute sans le savoir augmente.

La règle des 3 : mesurer sa tension chez soi sans se tromper
Au cabinet, une seule mesure ne suffit pas à poser le diagnostic. La Société française d’hypertension artérielle (SFHTA) recommande de vérifier la tension en dehors du milieu médical avant de commencer un traitement, et suggère de privilégier pour cela l’automesure à domicile. [4] La méthode porte un nom facile à retenir, la « règle des 3 » : [4, 6]
- 3 mesures le matin, avant le petit-déjeuner et avant de prendre ses médicaments ;
- 3 mesures le soir, avant de se coucher ;
- pendant 3 jours de suite, en laissant une à deux minutes entre deux mesures.
Le détail des conditions compte autant que le nombre. L’Assurance maladie conseille de ne pas fumer, manger, boire de café ni faire d’effort dans les 30 minutes qui précèdent, puis de rester assis au calme trois à cinq minutes dans une pièce à température agréable. [6, 7] Le dos s’appuie contre le dossier, les jambes ne sont pas croisées, les pieds reposent à plat. Le bras nu est posé sur la table, le brassard placé à hauteur du cœur, à environ 2 cm au-dessus du pli du coude. [6, 7] Pendant la mesure, on ne parle pas, on ne bouge pas, on ne regarde pas d’écran, et on utilise toujours le même bras. [6, 7]
Chaque valeur se note sur un relevé, comme celui que propose l’Assurance maladie. Ce sont les 18 mesures des trois jours, et non la plus haute ou la plus rassurante, que le médecin utilise pour calculer une moyenne. [6] Selon les cas, il peut demander de prolonger le relevé jusqu’à sept jours. [6] La SFHTA demande qu’un soignant explique d’abord le geste au patient, et le pharmacien peut répondre aux questions sur l’automesure ou repérer un appareil et un brassard défaillants. [4, 6]

Le choix de l’appareil n’est pas un détail. Les recommandations françaises demandent un tensiomètre électronique validé, avec un brassard au bras adapté à sa circonférence, car les modèles au poignet exposent à davantage d’erreurs de positionnement. [4, 6] La Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle juge que les bracelets et les montres connectées ne sont pas encore assez fiables pour qu’un non-spécialiste s’y fie. [10]
135/85 à la maison, 140/90 au cabinet : lire ses chiffres
Le premier nombre affiché, la pression systolique, correspond au moment où le cœur se contracte ; le second, la diastolique, au moment où il se relâche entre deux battements. [8] Au cabinet, l’hypertension se définit par une tension qui atteint ou dépasse 140/90 de façon répétée. [8] À la maison, le seuil est plus bas : la moyenne doit rester sous 135/85. [5, 6] Le corps est au repos, sans la hausse passagère que provoque parfois la prise de tension par un médecin : c’est l’effet « blouse blanche ». [5, 6] L’inverse existe aussi, avec une tension normale chez le médecin mais trop haute au quotidien, l’hypertension dite masquée, que seule une mesure à domicile ou sur 24 heures peut révéler. [5]
Une moyenne qui dépasse ces repères n’est pas un diagnostic posé seul chez soi, mais une raison d’en parler sans tarder à son médecin, relevé en main. Beaucoup de foyers ont déjà l’outil. En 2015, un Français sur cinq possédait un tensiomètre et 54 % des hypertendus connus, mais seul un hypertendu équipé sur deux transmettait ses résultats à son médecin traitant en 2019. [1] Le jeu en vaut la peine : selon l’Assurance maladie, une prise en charge adaptée de l’hypertension fait baisser d’environ 40 % le risque d’AVC et de 25 % celui d’infarctus. [8]
Le dépistage pourrait aussi passer davantage par l’officine. Santé publique France prévoit, dans le cadre du projet européen JACARDI, une expérimentation de dépistage de l’hypertension en pharmacie dans les Hauts-de-France et le Grand Est, les deux régions de l’Hexagone où la part d’adultes se déclarant hypertendus dépasse la moyenne nationale. [3]
Sources et références
[1] Santé publique France — Olié V. et al., « Épidémiologie de l’hypertension artérielle en France : prévalence élevée et manque de sensibilisation de la population », Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 8, 16 mai 2023 (étude Esteban, estimations corrigées), calculs Medilax
https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2023/8/2023_8_1.html
[2] Santé publique France — Hypertension artérielle : données, mis à jour le 26 janvier 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/hypertension-arterielle/donnees
[3] Santé publique France — Hypertension artérielle : prévalence déclarée, dépistage et traitement, Baromètre de Santé publique France, résultats de l’édition 2024, décembre 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/907074_spf00006357.pdf
[4] Société française d’hypertension artérielle (SFHTA) — Recommandation « Mesure de la pression artérielle », décembre 2018
https://www.sfhta.eu/wp-content/uploads/2018/12/Recommandation_Mesure_de_la_PA_VF.pdf
[5] Société française d’hypertension artérielle (SFHTA) — Mesures de la pression artérielle pour le diagnostic et le suivi du patient hypertendu, novembre 2011
https://sfhta.eu/wp-content/uploads/2012/08/SFHTA_Recommandations_Mesure-nov2011.pdf
[6] Assurance maladie (ameli.fr) — Comment prendre sa tension artérielle à domicile ?, 11 mai 2026
https://www.ameli.fr/assure/sante/bons-gestes/soins/prendre-tension-arterielle-domicile
[7] Assurance maladie — Automesure tensionnelle : guide pratique et fiche de relevé
https://www.ameli.fr/sites/default/files/Documents/guide-releve-automesure-tensionnelle.pdf
[8] Assurance maladie — Hypertension artérielle : une menace méconnue pour près de neuf Français sur dix, communiqué de presse du 8 septembre 2026
https://www.assurance-maladie.ameli.fr/sites/default/files/20260908%20CP%20Campagne%20HTA_VDEF.pdf
[9] L’Est Républicain — Trévenans. Journée de dépistage de l’hypertension artérielle : « Un tiers des patients ne savent pas qu’ils en ont », 4 novembre 2026
https://www.estrepublicain.fr/sante/2026/11/04/journee-de-depistage-de-l-hypertension-arterielle-un-tiers-des-patients-ne-savent-pas-qu-ils-en-ont
[10] Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle — Tensiomètres automatiques : quel tensiomètre choisir ?
https://frhta.org/hypertension-arterielle/choisir-un-tensiometre/
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