Un geste fait depuis toujours devient soudain difficile. La personne a compris la consigne, mais la suite ne tient plus.
Ce trouble praxique chez la personne âgée a un nom. On fait le point sur ses signes, ses causes et ce qui aide.
Quand consulter face à des difficultés nouvelles pour faire des gestes ?

Une difficulté nouvelle pour boutonner une chemise, utiliser une fourchette ou ouvrir une serrure mérite un avis médical. C’est vrai surtout si elle gêne votre autonomie. Ce signal ne se prend pas à la légère.
Surprise, une apraxie ne signifie pas forcément un manque de force. La personne comprend la consigne, ses muscles fonctionnent et sa main est sensible. Elle n’arrive simplement plus à organiser un geste pourtant appris. Le problème se situe dans la planification du geste, pas dans le muscle.
Urgence : consultez rapidement si les difficultés apparaissent brutalement, surtout si l’un de ces signes s’y ajoute :
- un visage qui tombe
- un bras faible
- un trouble de la parole
- une perte d’équilibre ou une confusion
Dans ce cas, appelez le 15 ou le 112. Un accident vasculaire cérébral (AVC), lorsqu’un vaisseau bouche ou endommage une partie du cerveau, peut être en cause.
Lorsque le trouble s’installe progressivement, prenez rendez-vous avec le médecin traitant. Notez le premier geste devenu difficile, la date et la vitesse d’apparition, le côté du corps touché. Ajoutez les chutes, les oublis et les médicaments récents. Ces détails aident vraiment le médecin.
Qu’est-ce qu’un trouble praxique acquis ?
Un trouble praxique acquis, c’est l’apraxie. Après une atteinte du cerveau, la personne perd la capacité de faire un geste volontaire qu’elle savait faire. Le geste ne sort plus : elle n’arrive plus à organiser les mouvements ni à les enchaîner.
Et pourtant, ce n’est ni une paralysie, ni un trouble de la sensibilité, ni un manque de compréhension. Le problème est ailleurs, et c’est ce qui le rend si difficile à repérer.
Il faut aussi bien la distinguer d’autres difficultés, qui se ressemblent beaucoup vues de l’extérieur :
- Faiblesse musculaire : le geste échoue parce que le muscle manque de force.
- Ataxie (un défaut de coordination) : le geste devient imprécis.
- Agnosie (une difficulté à reconnaître) : la personne ne reconnaît pas correctement l’objet ou sa fonction.
- Aphasie (un trouble du langage) : elle comprend mal la consigne ou ne trouve plus ses mots.
Pourquoi un trouble praxique survient-il ?
Un trouble praxique apparaît quand une région du cerveau, ou les connexions qui organisent les gestes, est atteinte. La cause peut être brutale, comme un AVC. Elle peut aussi être progressive, comme dans une maladie neurodégénérative.
Les lésions cérébrales acquises
Un AVC survient quand un vaisseau bouche ou endommage une partie du cerveau. Une lésion de l’hémisphère gauche peut entraîner un syndrome apraxique. Il est parfois associé à des troubles du langage.
L’apraxie peut toucher plusieurs gestes du quotidien :
- l’habillage
- les repas
- l’écriture
- les déplacements
- l’usage des objets
Elle peut apparaître dès les premiers jours. Parfois, elle devient plus visible quand la personne reprend ses activités.
Les maladies neurodégénératives peuvent aussi provoquer une apraxie. Elle progresse avec le temps. On l’observe notamment dans la maladie d’Alzheimer, certaines dégénérescences frontotemporales et le syndrome corticobasal.
Dans la maladie d’Alzheimer, les gestes élaborés deviennent difficiles. Pourtant, des mouvements simples, comme mâcher ou avaler, restent longtemps préservés. La personne ne sait plus se servir d’une fourchette. Elle peut encore porter un aliment à sa bouche.
Facteurs qui ne se modifient pas
L’âge augmente le risque de maladies vasculaires et neurodégénératives. Mais il ne suffit pas à expliquer une apraxie. Une personne âgée qui devient soudainement maladroite mérite un examen. Le vieillissement ne suffit pas comme explication.
Les antécédents d’AVC, de traumatisme crânien ou de maladie neurologique orientent le médecin. Une lésion de l’hémisphère gauche peut entraîner un syndrome apraxique, parfois associé à des troubles du langage. Son étendue et les régions touchées influencent aussi la forme du trouble.
Facteurs modifiables et cause
Un suivi régulier permet de contrôler la tension, la glycémie et le cholestérol. Il aide aussi à adapter les traitements et à arrêter le tabac. L’activité physique doit rester adaptée aux capacités de la personne et à son état médical.
Attention : une aggravation rapide n’est pas un simple facteur de risque à surveiller. Elle peut signaler un nouvel AVC, une infection, un effet médicamenteux ou une autre urgence. Dans ce cas, contactez rapidement un professionnel de santé.
Comment les difficultés gestuelles se manifestent-elles ?
Une personne âgée apraxique peut connaître le but d’une activité, mais perdre l’ordre des gestes qui permet de l’accomplir. Elle hésite, inverse les étapes, choisit un mauvais objet ou abandonne une tâche qu’elle maîtrisait auparavant.
Les principaux profils praxiques
L’apraxie idéomotrice touche la réalisation d’un geste sur commande ou par imitation. La personne ne parvient pas à faire un salut ou à mimer un coup de marteau. Pourtant, elle accomplit parfois ce même geste dans la vie courante.
L’apraxie idéatoire perturbe l’idée générale de l’action et l’enchaînement de ses étapes. La personne peut prendre une brosse à dents pour se peigner, mettre ses chaussettes avant ses chaussures, ou utiliser un objet inadapté pour ouvrir une serrure.
L’apraxie de l’habillage complique le choix des vêtements, leur ordre et leur enfilage. La personne peut hésiter entre plusieurs vêtements, les enfiler dans le désordre ou se tromper avec les boutons et les lacets.
Le retentissement dans la vie quotidienne

Les difficultés apparaissent surtout dans les activités qui demandent plusieurs objets ou plusieurs étapes :
- Toilette : la personne oublie l’ordre des gestes, ne sait plus utiliser le savon ou reste devant le lavabo sans commencer.
- Habillage : elle hésite entre les vêtements, les enfile dans le désordre ou ne comprend plus les boutons et les lacets.
- Repas : elle ne reconnaît plus l’usage de la fourchette, ne choisit pas le bon couvert ou ne sait plus enchaîner les gestes.
Le retentissement ne se limite pas à la lenteur. Une erreur avec un couteau, une plaque de cuisson, une serrure ou au volant peut créer un danger réel. Observez les activités réelles, sans mettre la personne en échec avec des tests improvisés.
Comment le diagnostic est-il établi ?
Le diagnostic repose sur un ensemble d’éléments, jamais sur une erreur isolée ou un test unique. Le médecin cherche à comprendre ce qui a changé, dans quelles situations, avec quelles conséquences et depuis quand.
L’évaluation des gestes
Le professionnel demande généralement de réaliser des gestes connus, de les imiter, de les montrer sans objet ou de les effectuer avec le véritable outil. Il peut proposer de saluer, de faire semblant d’utiliser une clé ou de se brosser les cheveux.
L’évaluation compare plusieurs conditions :
- geste réalisé sur commande verbale ;
- geste reproduit après démonstration ;
- geste réalisé avec un objet réel ;
- action simple, puis séquence de plusieurs étapes ;
- utilisation d’un objet seul, puis choix entre plusieurs objets ;
- activité simulée, puis activité quotidienne réelle.
Le bilan cognitif et les examens
Examen clinique : le médecin vérifie la force, la sensibilité, la coordination, la vision, le langage, l’attention et la mémoire. Il recherche aussi une confusion aiguë, une dépression ou un effet indésirable médicamenteux, qui peuvent eux aussi perturber les performances.
Bilan cognitif : il évalue la mémoire, le langage, les fonctions exécutives et les capacités visuospatiales. Les fonctions exécutives, c’est-à-dire la capacité à planifier, organiser et contrôler une action, expliquent souvent une bonne partie des erreurs observées.
Imagerie : une IRM cérébrale, ou à défaut un scanner, recherche une séquelle d’AVC, une hémorragie, une tumeur, une atrophie ou une autre lésion. Le choix dépend de l’urgence, de l’état de la personne et des possibilités médicales.
Bilan sanguin : il peut rechercher certaines causes associées aux troubles cognitifs, comme un problème thyroïdien ou une carence. Selon le tableau, le médecin peut demander un avis neurologique, gériatrique ou une consultation mémoire.
Quels soins et quelle rééducation peuvent aider ?
La prise en charge dépend de la cause, de l’évolution et des activités qui posent problème. Elle vise à récupérer certains gestes et à garder une autonomie sûre, même si le trouble persiste.
Rééduquer les gestes utiles
L’ergothérapie travaille les activités qui comptent pour la personne : s’habiller, préparer un repas, utiliser le téléphone, se laver ou organiser ses médicaments. Le professionnel simplifie la tâche, répète les étapes et teste les adaptations utiles.
La rééducation peut s’appuyer sur plusieurs principes :
- Répétition guidée : refaire une activité dans le même ordre, avec des consignes courtes.
- Démonstration : montrer le geste plutôt que d’en donner une longue explication.
- Découpage : traiter une étape à la fois, puis réunir progressivement la séquence.
L’orthophonie intervient si l’apraxie touche la parole ou les mouvements de la bouche. Elle peut aussi aider si un trouble du langage accompagne l’atteinte. La kinésithérapie travaille plutôt les déplacements, l’équilibre, la force et les transferts, quand ces fonctions sont touchées.
Les médicaments ne réparent pas directement un geste praxique perdu. Le traitement vise surtout la cause, par exemple la prévention d’un nouvel AVC ou la prise en charge d’une maladie neurodégénérative. Un suivi médical adapté reste indispensable.
Sécuriser le domicile

Pour les repas, posez uniquement les couverts nécessaires et donnez des consignes simples. Si les couverts deviennent dangereux, des bouchées faciles à saisir peuvent préserver l’autonomie. Demandez l’avis des professionnels si une fausse route est possible.
Dans la cuisine et dans la maison, pensez à :
- sécuriser les plaques de cuisson,
- ranger les objets coupants hors de portée,
- privilégier les appareils à arrêt automatique.
- La conduite, les escaliers et les sorties seules doivent être réévalués si les erreurs concernent l’orientation, les réactions ou l’usage des objets.
Demandez avant d’aider, laissez un temps de réponse et guidez sans tirer brusquement le bras. Faire à la place de la personne va plus vite, mais l’objectif reste de conserver les gestes qu’elle peut encore réaliser.
En quoi l’apraxie acquise diffère-t-elle de la dyspraxie développementale ?
Un point à retenir d’emblée : l’apraxie acquise survient après une période où les gestes étaient maîtrisés. La dyspraxie développementale, aujourd’hui appelée trouble développemental de la coordination, commence pendant l’enfance. Elle accompagne la personne tout au long de sa vie.
Un trouble présent au cours du développement
Dans la dyspraxie développementale, l’acquisition des compétences motrices est plus lente ou moins précise. L’enfant peut :
- être maladroit et faire tomber les objets
- avoir du mal avec les ciseaux, l’écriture ou l’habillage
- rencontrer des difficultés avec le vélo ou un sport
Le trouble peut se prolonger à l’âge adulte. Une personne âgée peut donc avoir une dyspraxie ancienne, puis développer une apraxie après un AVC ou dans le cadre d’une maladie neurodégénérative. Les deux situations ne s’excluent pas.
Distinguer les deux situations
Le premier repère, c’est l’évolution. La dyspraxie reste en général stable ou s’adapte grâce à des stratégies. L’apraxie, elle, peut apparaître brutalement ou progresser avec une maladie.
Le bilan repose aussi sur l’histoire médicale et développementale. Ce passé compte autant que l’examen du geste lui-même.
Une maladresse qui persiste ne se règle pas toute seule, et c’est justement pour cela qu’il faut en parler. Prenez rendez-vous avec le médecin traitant dès que le trouble s’installe, et appelez le 15 ou le 112 sans attendre si un signe d’AVC apparaît.
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