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Le constat vient de Montréal. La Direction régionale de santé publique, avec la Chaire de recherche sur l’étude du jeu de l’Université Concordia, a publié le 5 novembre un portrait tiré d’une enquête menée auprès de 8 500 adultes. Moins de Montréalais jouent qu’en 2018 (39 % contre 54,5 %), mais la part de ceux qui misent sur des sites et des applications est passée de 4,4 % à 13,3 %. Les hommes de 18 à 34 ans sont les plus nombreux sur les casinos en ligne, les paris sportifs et le poker, et les plus susceptibles de présenter un jeu problématique. [1]
La France n’a pas publié d’enquête équivalente cette semaine. Mais l’Autorité nationale des jeux (ANJ), qui régule le secteur, compte chaque année les joueurs des sites agréés, et l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) mesure leur risque d’addiction. Rapprochés, ces chiffres montrent que les jeunes hommes français sont déjà au cœur du phénomène.
Paris sportifs en ligne : 3 hommes de 18 à 24 ans sur 10 ont misé sur un site agréé
En 2024, 3,36 millions de personnes ont parié au moins une fois sur un site de paris sportifs agréé. Le parieur type est un homme (85 % des joueurs) de 32 ans en moyenne. Les 18-24 ans représentent 30,5 % de ces parieurs, et c’est la seule tranche d’âge dont le poids augmente : leur nombre a progressé de 12,5 % en un an, contre 9,5 % pour l’ensemble. [2]
La pyramide des âges publiée par l’ANJ compte 878 343 hommes de 18 à 24 ans parmi ces parieurs. L’Insee recense 2,89 millions d’hommes de cet âge au 1er janvier 2024. Selon nos calculs, 30,4 % des jeunes hommes, près d’un sur trois, ont donc parié en ligne en 2024, contre 5,2 % des jeunes femmes. [2, 3] C’est un minimum : ce décompte laisse de côté les paris et les grilles achetés au bureau de tabac, comme les casinos en ligne, interdits en France mais accessibles sur des sites illégaux. [2, 4]
La dynamique ne faiblit pas. Au premier semestre 2026, les sites ont compté 3,6 millions de parieurs sportifs, 21 % de plus qu’un an plus tôt. La hausse s’est concentrée en juin, au début de la Coupe du monde de football : ce mois-là, le nombre de comptes actifs a bondi de 69 % sur un an, et les bonus versés pour attirer de nouveaux joueurs ont été multipliés par près de quatre. [5]

Pourquoi les 18-24 ans perdent plus souvent le contrôle
Pour repérer une addiction, les enquêtes françaises utilisent l’indice canadien du jeu excessif : neuf questions sur les douze derniers mois, chacune notée de 0 à 3. À partir de 3 points, le joueur est dit « problématique » ; à partir de 8, il est « excessif », c’est-à-dire vraisemblablement en grande difficulté face au jeu. [4]
Dans l’enquête EROPP menée par l’OFDT en 2023, 4,9 % des joueurs de l’année ont un score problématique. Chez les 18-24 ans, c’est 12,3 %, soit un jeune joueur sur huit et 2,5 fois la moyenne. Dès 25-34 ans, la part retombe à 5,2 %. [4] L’écart tient quand on compare des joueurs de même sexe, qui jouent aux mêmes jeux au même rythme. L’OFDT l’exprime par une cote, qui vaut 1 quand il n’y a aucune différence : par rapport aux 18-24 ans, elle est divisée par deux entre 25 et 54 ans, et par cinq après 55 ans. Celle des hommes est deux fois plus élevée que celle des femmes. [4]
Le même modèle bouscule une idée reçue. Une fois la fréquence de jeu prise en compte, jouer sur Internet n’est pas en soi associé à davantage de jeu problématique. Ce qui pèse, c’est le rythme : 10,9 % de joueurs problématiques chez ceux qui misent d’une à cinq fois par semaine, 39,8 % chez ceux qui jouent presque tous les jours. [4] Le téléphone, lui, lève tous les obstacles à ce rythme. Le psychiatre addictologue Guillaume Davido, de l’hôpital Bichat, à Paris, le décrit dans le rapport annuel de l’ANJ : le jeu en ligne offre « une accessibilité permanente », des mises et des résultats immédiats qui favorisent un retour rapide au jeu, des notifications et des cotes en direct, et il se dissimule plus facilement à l’entourage. Il voit arriver des patients jeunes, souvent pour une première consultation en addictologie, surtout pour des paris sportifs, avec des « trajectoires d’endettement plus rapides ». [6]
Les paris sportifs ne sont pas un jeu anodin dans ce tableau. Parmi les joueurs qui y consacrent le plus de temps ou d’argent, 15,3 % ont un score problématique, contre 2,6 % chez ceux qui privilégient le Loto et les autres jeux de tirage. Les trois quarts des parieurs sportifs (74,9 %) passent par Internet. [4]
Les signes d’une addiction aux jeux d’argent : les neuf questions à se poser
Les questions de l’indice servent aussi de repères, pour soi ou pour un proche. Au cours des douze derniers mois : [4]
- avez-vous misé plus d’argent que vous ne pouviez vous permettre de perdre ?
- avez-vous eu besoin de miser de plus en plus pour ressentir la même excitation ?
- êtes-vous revenu jouer un autre jour pour récupérer l’argent perdu ?
- avez-vous vendu quelque chose ou emprunté pour jouer ?
- avez-vous senti que vous aviez peut-être un problème avec le jeu ?
- le jeu vous a-t-il causé des problèmes de santé, stress ou angoisse compris ?
- des proches ont-ils critiqué vos habitudes de jeu ou dit que vous aviez un problème ?
- le jeu vous a-t-il mis en difficulté financière, vous ou votre entourage ?
- vous êtes-vous senti coupable de vos habitudes de jeu ?
Le signe le plus répandu est le premier pas de la spirale : rejouer pour « se refaire » après une perte. 11,7 % des joueurs hommes l’ont fait dans l’année, contre 3,7 % des joueuses. Suivent le fait de miser plus que ce qu’on peut perdre (6,8 % des hommes) et la culpabilité (6,1 %). [4] Une réponse « parfois » isolée ne fait pas une addiction : c’est l’accumulation, à partir de 3 points, qui signale un jeu devenu problématique. Medilax détaille les critères médicaux de l’addiction au jeu dans notre article sur ses symptômes.
Joueurs Info Service, interdiction de jeu : l’aide gratuite en France
Le premier recours est gratuit et anonyme. Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13, 7 jours sur 7 de 8 h à 23 h, aux joueurs comme à leurs proches. Son site est temporairement fermé après une faille de sécurité ; en attendant, ses écoutants répondent aussi par chat, tous les jours de 12 h à 19 h, sur le site d’Alcool Info Service. [7] C’est ce même numéro qui doit figurer sur chaque publicité pour un jeu d’argent. [4]
Pour se protéger de soi-même, l’interdiction volontaire de jeux se demande en ligne auprès de l’ANJ, qui la traite en trois jours ouvrés. Pendant trois ans au minimum, elle ferme l’accès aux casinos et aux clubs de jeux, aux sites agréés de paris sportifs, de paris hippiques et de poker, et aux jeux de la FDJ et du PMU joués avec un compte. Fin 2025, 87 182 personnes y étaient inscrites, 19 % de plus qu’un an plus tôt, dont 77 % d’hommes. [6]

Mieux vaut ne pas attendre que l’application de paris donne l’alerte. Les opérateurs en ligne ont identifié 89 000 joueurs excessifs en 2025, près de trois fois plus qu’en 2024 (31 000). [8] Mais l’algorithme de l’ANJ en repère 300 000 « manifestement excessifs » dans leurs bases de clients, et le régulateur leur demande de tous les identifier : rapportés à ce total, moins d’un sur trois l’a été, selon nos calculs. [6, 8]
La loi du 3 août 2026 sur le sport professionnel ajoute un garde-fou propre aux jeunes : elle permet de limiter les pertes auxquelles les parieurs de 18 à 25 ans peuvent s’exposer, une mesure que l’ANJ réclamait. L’interdiction de la publicité pour les paris cinq minutes avant, pendant et cinq minutes après un match, autre demande du régulateur, a en revanche été retirée du texte final. [6, 9, 10]
Sources et références
[1] Direction régionale de santé publique de Montréal — Jeux de hasard et d’argent à Montréal : des pratiques qui se transforment, 5 novembre 2026
https://santepubliquemontreal.ca/actualite/jeux-de-hasard-et-dargent-montreal-des-pratiques-qui-se-transforment
[2] Autorité nationale des jeux — Bilan du marché des jeux d’argent et de hasard en France 2024 (profil des parieurs sportifs, pyramide des âges), calculs Medilax
https://anj.fr/sites/default/files/2025-05/Bilan%20du%20march%C3%A9%20des%20jeux%20d'argent%20et%20de%20hasard%20en%20France%20-%202024.pdf
[3] Insee — Démographie, France, portrait social, édition 2024 (pyramide des âges au 1er janvier 2024)
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8242323
[4] Spilka S., Le Nézet O., Janssen E., Philippon A., Eroukmanoff V. — La pratique des jeux d’argent et de hasard en France en 2023, OFDT, coll. Rapports, décembre 2024
https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2025-03/rapport_eropp_jah-2023.pdf
[5] Autorité nationale des jeux — Analyse semestrielle des jeux d’argent et de hasard en France, premier semestre 2026
https://anj.fr/sites/default/files/2026-10/Rapport%201er%20semestre%202026.pdf
[6] Autorité nationale des jeux — Rapport d’activité 2025 (avant-propos, entretien avec Guillaume Davido, interdiction volontaire de jeux)
https://anj.fr/sites/default/files/2026-06/Rapport%20annuel%202025%20web.pdf
[7] Joueurs Info Service — page d’accueil pendant la maintenance du site, consultée le 6 novembre 2026
https://www.joueurs-info-service.fr/
[8] Médiateur des jeux — Rapport d’activité 2025
https://anj.fr/sites/default/files/2026-04/Rapport%20annuel%20m%C3%A9diation%202025%20.pdf
[9] Assemblée nationale — Loi n° 2026-725 du 3 août 2026 relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel, dossier législatif et compte rendu de la séance du 20 juillet 2026
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/DLR5L17N51732
[10] Sénat — Rapport n° 885 (2025-2026) de la commission mixte paritaire sur la proposition de loi relative au sport professionnel, 8 juillet 2026
https://www.senat.fr/rap/l25-885/l25-885.html
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