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Depuis le 1er novembre, les moustaches de Movember fleurissent pour la santé des hommes, et la plupart des campagnes parlent d’abord de la prostate, un cancer qui touche surtout après 50 ans. Celui du testicule raconte une autre histoire. Il frappe des hommes en pleine vie active, se révèle le plus souvent par une boule que l’on sent sous les doigts, et se guérit dans la grande majorité des cas, y compris quand il s’est étendu. [3, 5] Encore faut-il savoir ce que l’on cherche, et ne pas se croire à l’abri passé un âge qu’aucun chiffre ne justifie.
Cancer du testicule : 2 769 cas par an et un pic entre 30 et 34 ans
Les dernières estimations nationales de Santé publique France, de l’Institut national du cancer (INCa) et des registres du réseau Francim recensent 2 769 nouveaux cas de cancer du testicule en France métropolitaine en 2018, et 86 décès. [1] À l’échelle de tous les cancers masculins, c’est peu. Mais entre 15 et 35 ans, les autres cancers sont rares eux aussi, et celui-ci devient le plus fréquent de tous. [5] L’âge médian au diagnostic est de 35 ans : la moitié des hommes ont moins, l’autre moitié plus. [1]
La courbe par âge culmine entre 30 et 34 ans, avec 30,5 cas pour 100 000 hommes chaque année, soit environ un homme sur 3 300 de cet âge diagnostiqué chaque année, selon nos calculs. [1] Le repère « 15-35 ans » des campagnes désigne donc un rang, pas une frontière. En reprenant le décompte par tranche d’âge de 2018, nous arrivons à 43 % des diagnostics entre 15 et 34 ans, mais aussi 42 % entre 35 et 49 ans, presque autant. Au total, 56 % des cancers du testicule sont diagnostiqués à partir de 35 ans. [1] L’INCa retient que 85 % des hommes concernés ont entre 15 et 49 ans. [5]

Un cancer de plus en plus fréquent, dont la hausse marque le pas
Ce cancer progresse depuis des décennies. Le taux standardisé, qui neutralise l’effet du vieillissement de la population, est passé de 4,3 à 8,7 cas pour 100 000 hommes entre 1990 et 2018, une hausse de 2,6 % par an en moyenne que ni l’amélioration du diagnostic ni l’âge de la population ne suffisent à expliquer. [1, 2] Le risque d’en être atteint avant 75 ans est passé de 0,2 % pour les hommes nés en 1940 à 0,7 % pour ceux nés en 1980, environ un sur 140. [1]
Les registres, qui comptent chaque cas dans les départements qu’ils couvrent, permettent d’aller plus loin que 2018. Dans les huit départements métropolitains suivis sans interruption depuis 1988, le taux moyen est passé de 4,6 cas pour 100 000 hommes en 1988-1992 à 7,9 en 2013-2017, puis 7,7 en 2018-2022, selon nos calculs : 67 % de plus en trente ans, puis un palier. [4] Sur les dix-huit départements métropolitains présents sur les deux dernières périodes, le taux a monté dans neuf et baissé dans huit. Ce palier reste à confirmer : ces registres couvrent environ un cinquième de la population, la dernière période compte moins d’années dans certains départements et l’année 2020 a pu retarder des diagnostics. En 2018-2022, le taux va de 5,6 dans la métropole lilloise à 9,8 dans la Vienne, et descend à 1,1 en Guadeloupe et 2,2 en Martinique. [4]
Les causes de cette hausse restent mal connues. Deux facteurs de risque sont établis : une cryptorchidie, c’est-à-dire un testicule qui n’est pas descendu dans la bourse avant la naissance, et un précédent cancer du testicule ou un cas chez le père ou le frère. [2, 5, 8] L’exposition aux pesticides, aux perturbateurs endocriniens ou à certains produits chimiques au travail, et la consommation de cannabis, sont étudiées sans que le lien soit encore démontré, précise l’INCa. [2, 5] Avoir été opéré d’une cryptorchidie dans l’enfance n’impose pas de suivi particulier, mais mérite d’être signalé au médecin en cas de boule sur un testicule. [5]
L’autopalpation, une fois par mois après la douche
Il n’existe pas de dépistage organisé pour ce cancer, comme il en existe pour le sein, le côlon ou le col de l’utérus. Le diagnostic part le plus souvent d’une masse que l’homme a lui-même sentie ou que son médecin a trouvée en l’examinant. [7] D’où le geste que défendent les urologues : l’Association française d’urologie conseille l’autopalpation au moins une fois par mois entre 15 et 40 ans, et la Ligue contre le cancer la recommande dès 14 ans. [8, 9] Après une douche chaude, la peau des bourses est détendue et l’examen plus facile. [9]
- Regarder d’abord devant un miroir s’il existe un gonflement ou une bosse visible. [9]
- Faire rouler doucement chaque testicule entre le pouce, posé devant, et l’index et le majeur, placés derrière. [9]
- Connaître ce qui est normal : un testicule un peu plus gros que l’autre, et sur le dessus, un petit cordon allongé, l’épididyme, le canal qui recueille les spermatozoïdes. [9]
- Chercher ce qui change : une grosseur, une asymétrie nouvelle, une consistance différente. Un testicule lisse est rassurant. [8]
L’intérêt du geste tient moins à la technique qu’à l’habitude : à force de se palper, on sait à quoi ressemblent ses testicules et on remarque plus vite ce qui a changé.

Les signes qui doivent faire consulter
Dans la grande majorité des cas, le cancer est suspecté devant une masse dure, le plus souvent indolore, qui ne régresse pas avec le temps. [6] D’autres signes doivent alerter quand ils durent :
- une sensation de lourdeur dans les bourses ;
- une gêne ou une douleur qui persiste ;
- un testicule qui gonfle et augmente de volume, parfois brutalement. [6]
Quel que soit le signe, l’INCa conseille d’en parler à son médecin traitant s’il persiste plusieurs jours. [6] Plus rarement, la tumeur se manifeste ailleurs : des seins qui se développent rapidement, parce qu’elle sécrète une hormone, l’hCG, ou bien des douleurs du dos ou du flanc, un amaigrissement, une gêne pour respirer. [6] Une boule n’est pas toujours un cancer, et seuls des examens permettent de le dire. [7]
De l’échographie à la guérison
Le médecin palpe les deux testicules, puis prescrit une échographie, indolore, qui précise la taille et l’aspect de la masse. Une prise de sang mesure trois marqueurs du cancer du testicule, l’AFP, l’hCG et la LDH, avant l’avis d’un urologue. [7] Si le cancer est probable, le testicule atteint est retiré : cette opération, l’orchidectomie, confirme le diagnostic et constitue aussi la première étape du traitement. [5, 7] Selon le type de tumeur et son extension, une chimiothérapie, une radiothérapie ou l’ablation de ganglions peuvent suivre, ou une simple surveillance. [5]
Le pronostic est l’un des meilleurs de tous les cancers. Pour les hommes diagnostiqués entre 2010 et 2015, la survie nette à cinq ans atteint 97 %, c’est-à-dire la survie si le cancer était la seule cause de décès possible ; elle est de 98 % pour un diagnostic à 20 ans et de 94 % à 60 ans. [3] Ce chiffre vaut pour tous les stades confondus, et non pour les seuls cancers repérés tôt, comme on le lit parfois : il tient aux traitements, dont la chimiothérapie à base de sels de platine utilisée depuis les années 1970. [3] La mortalité a d’ailleurs été divisée par deux depuis 1990. [1]
Avant tout traitement, l’équipe propose systématiquement un recueil de sperme, pour préserver la possibilité d’avoir des enfants. [5] Vivre avec un seul testicule ne change rien aux capacités sexuelles, mais l’image du corps peut en être bousculée, avec des doutes et une perte d’estime de soi qui méritent d’être abordés, et l’ablation des ganglions peut avoir des conséquences sur l’éjaculation. [5]
Sources et références
[1] Defossez G. et al. — Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018. Volume 1 : tumeurs solides, chapitre Testicule, Santé publique France, juillet 2019
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/192747_spf00001170.pdf
[2] Santé publique France, INCa, Francim, HCL — Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 : synthèse, juillet 2019
https://invs.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/192747_synthese-estimations-nationales-incidence-mortalite-cancer-france-1990-2018.pdf
[3] Coureau G. et al. — Survie des personnes atteintes de cancer en France métropolitaine 1989-2018 : testicule, INCa et Santé publique France, mars 2021
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/399567_spf00002879.pdf
[4] Réseau Francim, HCL, Santé publique France, INCa — Incidence observée des tumeurs invasives dans les départements couverts par les registres Francim entre 1988-1992 et 2018-2022, data.gouv.fr, mars 2026, calculs Medilax
https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/67471ec9ef258604e8dd3e86/
[5] Institut national du cancer — Cancers du testicule : l’essentiel, mis à jour le 2 juin 2022
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/testicule/comprendre-les-cancers-du-testicule/l-essentiel
[6] Institut national du cancer — Cancers du testicule : symptômes, mis à jour le 2 juin 2022
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/testicule/comprendre-les-cancers-du-testicule/symptomes
[7] Institut national du cancer — Cancers du testicule : comment s’effectue le diagnostic ?, mis à jour le 2 juin 2022
https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/testicule/comprendre-les-cancers-du-testicule/diagnostic
[8] Association française d’urologie — Fiche prévention : le cancer du testicule, octobre 2025
https://www.urofrance.org/wp-content/uploads/2025/10/Fiche-prevention-Cancer-testicule_v2_141025.pdf
[9] Ligue contre le cancer, comité de Moselle — Auto-examen des testicules, dépliant
https://www.ligue-cancer.net/sites/default/files/media/downloadable-files/2026-01/LigueContreLeCancer%20-%20autoexamen%20des%20testicules.pdf
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