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Ce frisson que presque tous les enfants recherchent dans une partie de cache-cache, un laboratoire danois l’a mesuré dans 1 600 familles : la peur récréative

Le week-end d’Halloween l’a encore montré : les enfants adorent avoir peur pour de faux. Selon le laboratoire de la peur récréative de l’Université d’Aarhus, 93 % d’entre eux aiment au moins une activité qui leur fait un peu peur. Ce goût est la norme, et la limite se joue ailleurs : quand la peur ne s’éteint plus avec le jeu.

Par Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Medilax (1 min 13) : pourquoi 93 % des enfants aiment avoir peur pour jouer, jusqu’où ce frisson reste un jeu, et quand des cauchemars ou des peurs qui durent justifient de consulter.
Sommaire

Le constat vient du Danemark, où le Recreational Fear Lab de l’Université d’Aarhus, le « laboratoire de la peur récréative », étudie depuis plusieurs années pourquoi les humains recherchent des frissons qu’ils pourraient éviter. Bien dosée, l’exposition à la peur aide les enfants à gérer cette émotion, expliquait l’un de ses chercheurs, Marc Malmdorf Andersen, au Temps le week-end d’Halloween. [2] Avec ses collègues, il a interrogé 1 600 parents sur un enfant de leur foyer âgé de 1 à 17 ans, en passant en revue 19 types d’activités : se faire courser par un parent, glisser à toute vitesse, écouter une histoire de fantômes, jouer à cache-cache dans le noir, regarder un film qui fait sursauter. [1] Une seule question comptait : l’enfant aime-t-il ces moments-là précisément parce qu’ils lui font un peu peur ?

Peur récréative : neuf enfants sur dix aiment avoir peur pour de faux

La réponse est oui pour 93 % des enfants, selon cette étude publiée dans Child Psychiatry & Human Development. [1] Ce goût apparaît très tôt : les trois quarts des enfants d’un an l’ont déjà, d’après leurs parents, et la proportion dépasse 90 % à chaque âge à partir de 3 ans. De 6 à 11 ans, elle atteint 95 % en moyenne selon nos calculs. Le nombre d’activités appréciées grimpe aussi, d’environ 4 à 1 an à près de 7 à 7 ans, puis baisse légèrement à l’adolescence. Pour les auteurs, ce goût n’a donc rien d’atypique ni d’inhabituel : il accompagne toute l’enfance.

Ce qui change avec l’âge, c’est la forme du frisson. Les jeux de faire-semblant ont leur période, dans la petite enfance, tandis que les films, les séries et les jeux vidéo effrayants gagnent du terrain à mesure que l’enfant grandit. Sur l’ensemble des âges, la vitesse, la hauteur ou la profondeur arrivent en tête (62 %), devant les films et séries (44 %), les histoires (41 %), les jeux à règles comme cache-cache (40 %) et les jeux vidéo (40 %). [1] Ce n’est pas une passion occasionnelle : parmi les enfants concernés, 70 % s’y adonnent au moins une fois par semaine.

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Un détail compte pour la suite : la peur pour jouer se vit rarement seul. L’enfant est seul dans 11 % des cas seulement, et partage le plus souvent ces moments avec un adulte de sa famille (43 %) ou avec d’autres enfants. [1] L’étude a ses limites, que ses auteurs reconnaissent : ce sont les parents qui répondent, pas les enfants, et l’enquête ne porte que sur des familles danoises. Elle mesure ce que les enfants aiment, pas ce que cela leur apporte.

Ce que la peur pour jouer apprendrait aux enfants, et ce qui reste à prouver

Sur les bienfaits, les chercheurs avancent avec prudence. Leur hypothèse : en se faisant peur dans un cadre sûr, l’enfant s’exercerait à supporter l’incertitude, à reconnaître un cœur qui s’emballe sans le prendre pour un danger, et à essayer des façons de se calmer. [1] Les auteurs qualifient eux-mêmes cette fonction d’apprentissage de « spéculative ». Les indices les plus solides viennent de travaux voisins, sur le jeu « aventureux » : dans deux enquêtes menées auprès de parents britanniques (417 puis 1 919) d’enfants de 5 à 11 ans, ceux qui jouaient le plus à ces jeux de frisson avaient un peu moins de symptômes anxieux ou dépressifs et une meilleure humeur pendant le premier confinement. [4] Le lien est faible, et l’étude, faite à un seul moment, ne dit pas ce qui entraîne quoi.

Le même laboratoire a mesuré, chez l’adulte, où se situe le plaisir. Dans une maison hantée, 110 visiteurs de 12 à 57 ans équipés de cardiofréquencemètres ont décrit leur expérience aux moments clés : le plaisir monte avec la peur, puis redescend quand elle devient trop forte. [3] Trop peu de frisson ennuie, trop submerge. Les chercheurs parlent d’une peur « juste comme il faut », et ce point d’équilibre varie d’une personne à l’autre.

Chez l’enfant, ce réglage passe par le contrôle. « La peur récréative doit rester modérée, réversible, volontaire », résume la psychologue Stéphanie Khalfa, docteure en neurosciences, interrogée par 20 Minutes. [5] Un enfant qui choisit de jouer et qui peut s’arrêter quand il le veut n’est pas dans la même situation qu’un enfant poussé dans une attraction ou laissé seul devant un film. Pour le pédopsychiatre Stéphane Clerget, le rôle des parents n’est d’ailleurs pas de faire peur mais d’être une « personne refuge ». [5]

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Jusqu’où aller : l’âge, l’écran et l’heure du coucher changent tout

Avant 6 ans, la frontière entre fiction et réalité reste floue : les 3-5 ans ont du mal à faire la différence, d’après les deux spécialistes interrogés par 20 Minutes, qui déconseillent d’emmener les enfants dans une maison hantée. Ce n’est que vers 8-10 ans que les enfants recherchent des sensations plus fortes. [5] L’étude danoise décrit le même mouvement : en grandissant, l’enfant apprend à se cacher les yeux, à se dire que le monstre n’existe pas, et peut alors aborder des peurs plus intenses. [1]

L’écran pose un problème particulier. Devant un film, l’enfant subit sans pouvoir fuir ni arrêter le jeu. Stéphanie Khalfa rappelle qu’un film d’horreur peut provoquer un stress aigu, même chez des enfants de 10 à 12 ans, et les deux spécialistes recommandent de ne jamais laisser un enfant seul face à une fiction effrayante. [5] Quelques repères permettent de vérifier que la peur reste un jeu :

  • l’enfant a choisi l’activité et peut dire stop, s’éloigner ou fermer les yeux sans qu’on se moque de lui ;
  • il rit ou en redemande une fois l’émotion retombée, au lieu de rester tendu ;
  • un adulte est là pour mettre des mots sur les images ou éteindre l’écran ;
  • un temps calme sépare l’émotion du lit : un jeu, une histoire douce, et une question comme « quel est le moment où tu as eu vraiment peur ? ». [5]
Illustration à la gouache : dans une chambre bleu nuit, une fillette assise dans son lit serre un lapin en peluche, le regard inquiet ; son père, assis au bord du lit dans la lumière jaune d’une lampe de chevet, se penche vers elle, une main dans son dos ; sur la table de nuit, un verre d’eau et un carnet ouvert ; par la fenêtre, un ciel étoilé.
La nuit, un père s’assoit au bord du lit de sa fille réveillée par un mauvais rêve, son lapin en peluche serré contre elle. Les cauchemars, qui réveillent complètement l’enfant, sont les plus fréquents entre 3 et 6 ans, selon l’Assurance maladie.

Cauchemars et peurs qui s’installent : les signes qui justifient de consulter

Un cauchemar après une soirée de frissons n’a rien d’inquiétant en soi. Selon l’Assurance maladie, ces rêves qui font peur surviennent pendant le sommeil paradoxal, réveillent complètement l’enfant, qui s’en souvient le lendemain, et peuvent être déclenchés par un stress ponctuel ; ils sont les plus fréquents entre 3 et 6 ans. [6] Il ne faut pas les confondre avec les terreurs nocturnes, qui touchent environ 40 % des moins de 6 ans : l’enfant crie et semble inconsolable en début de nuit, mais ne se souvient de rien au réveil. [6]

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La limite, pour l’Assurance maladie, tient à la durée et au retentissement. Un avis médical se justifie quand les troubles du sommeil s’installent malgré des mesures simples, quand ils perturbent durablement les nuits de l’enfant et de la famille, ou quand ils pèsent sur la journée : un enfant fatigué qui somnole en classe, très agité, agressif ou au contraire replié sur lui-même. [7] Pour préparer la consultation, elle conseille de tenir un calendrier du sommeil pendant une dizaine de jours, avec les heures de coucher, les réveils et les épisodes nocturnes. [7]

Au-delà du sommeil, une peur qui ne s’éteint plus avec le jeu peut relever d’un trouble anxieux. En France, l’étude Enabee de Santé publique France estime que 5,6 % des enfants de 6 à 11 ans ont probablement un trouble émotionnel : anxiété de séparation, anxiété généralisée, phobie spécifique ou dépression, plus fréquents chez les filles. [8, 9] Rapporté à une classe de 25 élèves, cela représente un ou deux enfants selon nos calculs, quand presque tous les autres aiment se faire peur pour jouer. Chez les 3-6 ans, 1,8 % présentent des difficultés émotionnelles qui retentissent sur leur vie quotidienne. [8]

Infographie Medilax. Part des enfants qui aiment au moins une activité à la fois effrayante et plaisante, selon l’âge, d’après 1 600 parents danois : 75 % à 1 an, 87 % à 2 ans, 96 % à 3 ans, 93 % à 4 ans, 96 % à 5 ans, 98 % à 6 ans, 93 % à 7 ans, 98 % à 8 ans, 92 % à 9 ans, 92 % à 10 ans, 98 % à 11 ans, 95 % à 12 ans, 98 % à 13 ans, 92 % à 14 ans, 96 % à 15 ans, 95 % à 16 ans, 93 % à 17 ans ; 95 % en moyenne de 6 à 11 ans. Activités préférées quand elles font peur : vitesse, hauteur et profondeur 62 %, films et séries 44 %, histoires 41 %, jeux à règles comme cache-cache 40 %, jeux vidéo 40 %, chahut et bagarres pour rire 37 %. L’enfant est seul dans 11 % des cas, avec un adulte de sa famille dans 43 %. En France, selon l’étude Enabee 2022, 5,6 % des 6-11 ans ont un trouble émotionnel probable, soit 1 à 2 élèves par classe de 25, et 1,8 % des 3-6 ans des difficultés émotionnelles qui pèsent sur la vie quotidienne ; la séance Mon soutien psy coûte 50 euros, dès 3 ans, remboursée à 60 %.
Part des enfants qui aiment au moins une activité effrayante et plaisante selon l’âge, activités préférées, et place des troubles émotionnels chez les enfants en France. Infographie : notre rédaction, d’après Taranu et al. (Child Psychiatry & Human Development, 2025), l’étude Enabee de Santé publique France et l’Assurance maladie ; calculs Medilax.

Les signaux qui doivent alerter dépassent la peur elle-même. L’Assurance maladie cite des pensées négatives, des difficultés quotidiennes à l’école ou à la maison, un changement d’humeur, des maux de tête ou de ventre. [10] L’inquiétude peut venir des parents, mais aussi de l’école ou du médecin de l’enfant.

Le dispositif Mon soutien psy est ouvert dès 3 ans aux enfants en souffrance psychique légère à modérée. Les parents peuvent prendre rendez-vous directement avec un psychologue partenaire, en cochant « Pour les enfants » dans l’annuaire, ou passer d’abord par le médecin qui suit l’enfant. Le parcours comprend un entretien d’évaluation puis jusqu’à 11 séances par an. Chaque séance coûte 50 € et l’Assurance maladie en rembourse 60 %, soit 30 € ; il reste 20 € par séance avant la mutuelle, selon nos calculs. [10] L’accord des titulaires de l’autorité parentale est indispensable pour que l’enfant commence ce suivi. [10]

Sources et références

[1] Taranu M., Clasen M., Rosas F. E., Dodd H., Andersen M. M. — Recreational Fear Across Childhood. A Cross-Sectional Study of Scary Activities that Children Enjoy, Child Psychiatry & Human Development, 16 juin 2025
https://link.springer.com/article/10.1007/s10578-025-01850-2

[2] Le Temps — Et si on laissait les enfants jouer à se faire peur?, 31 octobre 2026
https://www.letemps.ch/societe/et-si-on-laissait-les-enfants-jouer-a-se-faire-peur

[3] Andersen M. M. et al. — Playing With Fear: A Field Study in Recreational Horror, Psychological Science, décembre 2020
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33137263

[4] Dodd H. F., Nesbit R. J., FitzGibbon L. — Child’s Play: Examining the Association Between Time Spent Playing and Child Mental Health, Child Psychiatry & Human Development, décembre 2023
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35562504

[5] 20 Minutes — Faire un peu peur à vos enfants à Halloween peut être bon pour leur santé, 30 octobre 2026
https://www.20minutes.fr/sante/4257942-20261030-halloween-pourquoi-peur-peut-etre-benefique-enfants

[6] Assurance maladie (ameli.fr) — Cauchemars, terreurs, somnambulisme, pipi au lit, grincements de dents chez l’enfant, 8 avril 2025
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/troubles-sommeil-enfant/cauchemars-terreurs-somnanbulisme-pipi-au-lit-grincements-de-dents-chez-l-enfant

[7] Assurance maladie (ameli.fr) — Troubles du sommeil de l’enfant : quand consulter ?, 8 avril 2025
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/troubles-sommeil-enfant/troubles-sommeil-enfant-consultation

[8] Santé publique France — Santé mentale, données : étude Enabee 2022 chez les enfants de 3 à 11 ans, 18 septembre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/sante-mentale/donnees

[9] Santé publique France — Santé mentale : premiers résultats de l’étude Enabee, chez les enfants de 6 à 11 ans scolarisés du CP au CM2, communiqué de presse, 20 juin 2023
https://invs.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/cp_enabee_190623.pdf

[10] Assurance maladie (ameli.fr) — Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy, 16 septembre 2026
https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/remboursement-seance-psychologue-mon-soutien-psy

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