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Le constat d’Éric Berton tient en une comparaison : un « effet qu’on a connu pendant le Covid ». Lundi 2 novembre, alors que le campus de lettres de son université était partiellement bloqué, le président d’Aix-Marseille Université a décrit sur franceinfo des étudiants qui se « font vraiment du souci pour leurs examens », et demandé au gouvernement de « réinvestir dans l’enseignement supérieur public ». [1] Il s’inquiète aussi des tensions entre les étudiants qui bloquent et les autres, qui « risquent de s’accentuer si le blocage continue ». [1]
Le mouvement lycéen et étudiant, né à la mi-septembre, ne faiblit pas. Malgré les mesures annoncées fin octobre, dont le remplacement progressif de Parcoursup d’ici 2028, les organisations de jeunesse ont appelé à bloquer facs et lycées ce mardi 3 novembre. [2] Pour l’étudiant qui n’a plus cours depuis des semaines, l’inquiétude a un objet très concret : rattraper le retard, passer ses partiels, valider son année. Elle tombe sur un terrain déjà fragile.
Santé mentale des étudiants : la détresse était déjà là avant les blocages
La dernière photographie nationale date de 2024. L’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), organisme public d’études créé par le ministère de l’Enseignement supérieur, a interrogé avec la Direction générale de l’enseignement supérieur près de 5 800 étudiants entre mai et juillet 2024. [3] Il mesure la détresse avec un questionnaire court, le MHI-5, qui demande à quelle fréquence on s’est senti très nerveux, triste et abattu, calme, heureux ou découragé au cours des quatre dernières semaines. Sous un certain score, on parle de signes de détresse psychologique : c’est le cas d’un tiers des étudiants. [3] Près d’un sur deux (48 %) s’est senti souvent ou en permanence très nerveux, et 30 % souvent ou en permanence tristes et abattus. [3]
Cette détresse ne frappe pas au hasard. Elle touche 38 % des étudiantes, 39 % des étudiants étrangers et 37 % des plus de 25 ans, et grimpe à 47 % chez les enfants d’employés ou d’ouvriers, jusqu’à 54 % quand les parents sont inactifs. [3] L’enquête Conditions de vie de 2023, menée sur près de 50 000 étudiants, donnait déjà un peu plus d’un tiers d’étudiants en détresse, avec un écart encore plus net entre étudiantes (44 %) et étudiants (26 %). [4]
Ramenée aux 3,05 millions d’inscrits de la rentrée 2025 [5], la part mesurée en 2024 représente environ un million d’étudiants, selon nos calculs. C’est un ordre de grandeur : l’enquête de 2024 ne comptait pas les étudiants de première année, et aucune mesure nationale ne porte encore sur l’automne des blocages. L’alerte d’Aix-Marseille repose sur ce que voient ses services, sans chiffre publié. Elle s’ajoute à une base déjà haute plutôt qu’elle ne révèle un problème nouveau.

Le signal le plus grave est ailleurs. 16 % des étudiants ont pensé à se suicider au cours de l’année, soit près de 490 000 jeunes à l’échelle des inscrits actuels, selon nos calculs. Interrogés sur les raisons, 57 % d’entre eux citent leurs études, devant les raisons sentimentales (39 %) et familiales (36 %). [3] Une année d’études compromise n’est donc pas un détail pour ces jeunes : c’est le motif le plus cité de leurs idées noires.
La moitié des étudiants en détresse ne consulte personne
Un tiers des étudiants ont consulté un professionnel pour un problème psychologique dans l’année, le plus souvent un psychologue (21 %) ou un médecin généraliste (19 %). Mais parmi ceux qui présentent des signes de détresse, la moitié n’a vu aucun professionnel, malgré ses difficultés. [3] Soit, à l’échelle actuelle, autour d’un demi-million d’étudiants qui traversent seuls une période difficile.
Des consultations gratuites existent pourtant. La difficulté tient souvent à trouver la bonne porte : 44 % des étudiants jugent difficile de savoir quoi faire en cas de problème psychologique, et 21 % ne savent pas où obtenir l’aide d’un professionnel quand ils sont malades. [3] Même le service de santé de leur propre campus reste méconnu : un tiers des étudiants d’université déclarent ne pas le connaître, comme 61 % des élèves d’école de commerce et 82 % de ceux de classe préparatoire. [3] Quand ces services saturent, comme le décrit Éric Berton, connaître les autres recours devient décisif.
Santé Psy Étudiant : 12 séances gratuites, mais il faut souvent appeler quatre psychologues
Le dispositif Santé Psy Étudiant, créé en 2021 au plus fort du Covid, donne droit à 12 séances gratuites par année universitaire chez un psychologue partenaire, du 1er septembre au 31 août, sans avance de frais : c’est l’université de rattachement qui paie le psychologue. [6, 9] Il concerne tout étudiant inscrit dans un établissement reconnu par le ministère, public ou privé, quelle que soit sa nationalité. Depuis juillet 2024, plus besoin de lettre d’un médecin : on vérifie son éligibilité sur le site avec son numéro INE, obligatoire depuis janvier 2025, puis on choisit un psychologue dans l’annuaire, y compris en visio ou dans une autre ville. [6, 7]
En 2025, le dispositif a accompagné 65 000 étudiants pour 325 000 séances, selon les chiffres présentés par son équipe en juillet 2026 ; 45 % des bénéficiaires consultaient un psychologue pour la première fois. [7] Face au million d’étudiants en détresse, cela fait moins d’un sur quinze, selon nos calculs. La comparaison reste grossière, car tous les bénéficiaires ne sont pas en détresse et d’autres étudiants consultent ailleurs, mais elle donne l’échelle de l’écart.

L’obstacle suivant est la disponibilité. Selon la même présentation, un étudiant doit contacter en moyenne quatre psychologues avant d’obtenir un premier rendez-vous, et attend trois semaines et demie ; un quart n’a pas trouvé de psychologue disponible. [7] Mieux vaut donc écrire à plusieurs psychologues de l’annuaire d’un coup plutôt qu’attendre une réponse après l’autre. Une fois les 12 séances épuisées, le suivi peut se poursuivre avec un psychologue conventionné Mon Soutien Psy, les deux dispositifs se cumulant. [7] Le ministère a annoncé qu’à compter d’octobre 2026, avec la généralisation du tiers payant, les étudiants qui ont une complémentaire santé pourraient y bénéficier de douze séances sans avance de frais. [8]
Service de santé étudiante, BAPU, 3040, 3114 : à qui s’adresser
Santé Psy Étudiant n’est pas la seule porte. Les services de santé étudiante (SSE), longtemps appelés services de santé universitaires, ont reçu en 2023 une mission de santé mentale. Ils sont ouverts à tous les étudiants, y compris ceux d’un établissement privé lié par une convention. Les étudiants y viennent surtout pour un certificat, un conseil ou un aménagement d’examen, puis pour voir un psychologue ou un médecin généraliste. [9, 3] Près d’un étudiant sur dix y est déjà passé pour obtenir un aménagement d’examen lié à une situation de handicap. [3]
| Votre situation | Vers qui | Conditions |
|---|---|---|
| Parler à un psychologue plusieurs fois | Santé Psy Étudiant | 12 séances gratuites par an, sans avance de frais |
| Voir un médecin ou un psychologue sur le campus | Service de santé étudiante | Ouvert aux étudiants de l’établissement ou d’une école conventionnée |
| Besoin d’un suivi long | BAPU | Pris en charge à 100 %, sans limite de séances |
| Ne pas savoir par où commencer | 3040, puis Nightline le soir | Gratuit et confidentiel, en journée |
| Idées suicidaires, ou inquiétude pour un proche | 3114 | Gratuit, 24 h/24 et 7 j/7 |
Les bureaux d’aide psychologique universitaire (BAPU), présents dans la plupart des villes universitaires, réunissent psychiatres et psychologues ; leurs consultations sont prises en charge à 100 %, sans avance de frais ni limite du nombre de séances. [9] Pour qui ne sait pas par où commencer, le 3040, numéro unique ouvert le 1er juillet 2026, met en relation en journée avec une équipe de psychologues, d’éducateurs et de juristes qui oriente vers le bon dispositif ; le soir, la ligne Nightline, tenue par des étudiants formés à l’écoute, prend le relais. [8]
Enfin, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, partout en France, avec des professionnels du soin formés à la prévention du suicide. [10] Il s’adresse aussi à ceux qui s’inquiètent pour quelqu’un. Ce cas n’a rien de rare entre étudiants : parmi ceux qui ont pensé au suicide dans l’année, un peu plus de la moitié (53 %) en ont parlé à quelqu’un. [3] Celui qui reçoit la confidence peut appeler lui-même, pour savoir comment réagir. [10]
Sources et références
[1] franceinfo — Le président de l’université d’Aix-Marseille alerte sur la dégradation de la santé mentale des étudiants face aux blocages, 2 novembre 2026
https://www.franceinfo.fr/societe/education/blocage-des-lycees/le-president-de-l-universite-d-aix-marseille-alerte-sur-la-degradation-de-la-sante-mentale-des-etudiants-face-aux-blocages_8263853.html
[2] France 24 avec AFP — Des lycées bloqués dans plusieurs villes à l’aube d’une semaine de mobilisation, 2 novembre 2026
https://www.france24.com/fr/france/20261102-blocages-des-lyc%C3%A9es-et-manifestations-%C3%A9tudiantes-annonc%C3%A9s-d%C3%A8s-la-reprise-des-cours
[3] Observatoire national de la vie étudiante et DGESIP — Enquête Bien-être et santé des étudiant·es 2024, Repères
https://ove.etudiant.gouv.fr/wp-content/uploads/2024/05/OVE-Reperes-Bien-etre-Sante-2024.pdf
[4] Observatoire national de la vie étudiante — Repères 2023, enquête Conditions de vie des étudiants
https://ove.etudiant.gouv.fr/wp-content/uploads/2024/03/OVE-BROCHURE-REPERES-CDV2023-1.pdf
[5] SIES, ministère de l’Enseignement supérieur — Les effectifs étudiants dans l’enseignement supérieur en 2025-2026, Note flash n° 17, juillet 2026
https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/les-effectifs-etudiants-dans-l-enseignement-superieur-en-2025-2026-103242
[6] Santé Psy Étudiant — Foire aux questions
https://santepsy.etudiant.gouv.fr/faq
[7] AID-Psy-Co — Dispositif Santé Psy Étudiant : compte rendu du webinaire du 3 juillet 2026
https://www.conventionpsy.fr/2026/07/06/dispositif-sante-psy-etudiant/
[8] Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace — Santé mentale des étudiants : un accès simplifié à l’écoute, à l’information et à l’accompagnement, communiqué du 2 juillet 2026
https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/sante-mentale-des-etudiants-un-acces-simplifie-l-ecoute-l-information-et-l-accompagnement-103184
[9] Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche — Le ministère s’engage concrètement pour la santé mentale des étudiants
https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/le-ministere-s-engage-concretement-pour-la-sante-mentale-des-etudiants-94569
[10] 3114 — Numéro national de prévention du suicide
https://3114.fr/
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